Confessions, L VI; t. V, p. 477. Malgré ces assertions
Dans V Emile ^, Rousseau ne met entre les mains de son élève qu"un seul livre, le Robinson Crusoé, de Daniel de Foë : « Puisqu'il nous faut absolument des livres, il en existe un qui i'ournit, à mon gré, le plus heureux traité d'éducation naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Emile; seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque, et il y tiendra toujours une place distinguée. Il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de commentaire. Il servira d'épreuve durant nos progrès à l'état de notre jugement; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plçiira toujours. Quel est donc ce merveilleux livre? Est-ce Aristote? est-ce Pline? est-ce Buffon? Non : c'est Robinson Cnisoé.
(? Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l'assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un objet intéressant pour tout âge, et qu'on a mille moyens de rendre agréable aux enfants....
« Ce roman, débarrassé de tout son fatras, commençant au naufrage de Robinson près de son île,
Jean-Jacques, comme nous le verrons plus loin (t. IL chap. IV et xi), n'a jamais été grand liseur. « Je hais les livres, ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas. - {Emile, livre III; t. L p. 56.3.) 1. Livre III; t. I, pp. 565 et suiv.
l'RKDU-Er.TTONS PATITinuIJKHES. Sf.l
cl liiiissanl à larriviM' du vaisseau qui sicnl l'en liror, sera loul à la lois ramusement et l'instruction trÉmile durant l'épocjue dont il est ici question. 0
LonI CuATUAM (17()<S-I77S) se délassait de la polili(iue en lisant Virgile, dont il « sVnchantail ' ».
« Si tous les livres politiques devaient périr, el que je fusse le maître d'en conserver un sent, je ne demanderais grâce (n'en déplaise à M. de Voltaire) «pie pour r Esprit f/<?s /ois de Montesquieu, » a dit, dans ses Amusements des yens d'esprit', le littérateur Gain de Montaignac (HT)!- vers 1780).
A Horace Walpoi,e (1717-1797), (jui ne pouvait soutï'rir Montaigne, au point de dire des Essais : « C'est un vrai radotage de pédani, une rapsodie de lieux communs, même sans liaison; son Sénèque et lui se tuent à apprendre à mourir, — la chose i\\\ monde qu'on est le plus sûr de faire sans l'avoir apprise"', » Mme di; Deffand (1697-1780) ripostait '• : « Je suis bien sûre que vous vous accoutumerez à Montaigne: on y trouve tout ce qu'on a jamais pensé, et nul style n'est aussi énergique : il nVn-
1. Doudan, Lettres, t.. IV, p. loi. (Paris, C.Lévy, 187!». In-18.)
L>. Page 9. Berlin, 1702. In-12. La seconde édition de cet ouvrage porte le titre de Amusements philosop/iiqucs. (Cf. Peignot, op. cit., t. I, p.ri78; Larousse, Grand Dictionnaire : et HoEFER, Nouvelle Biograplùe.)
r>. Marquise du Deffand, Correspondance, t. I, p. 581, n. 1. t^Paris, Pion, 1865.)
i. Lor. cit., t. I, p. ."tS.'). Lettre du 27 octobre 17GG.
seigne rien, parce qu'il ne décide de rien; c'est l'opposé du dogmatisme.... Allez, allez, c'est le seul bon philosophe et le seul bon métaphysicien qu'il y ait jamais eu. »
Mme du Deffand affectionnait aussi tout particulièrement Cicéron, dont le style 1' « enchante* » : « après -César, c'est l'homme que j'aime le mieux- ». Elle était grande admiratrice à'Athalie^ « l'ouvrage que je voudrais avoir fait, s'il avait fallu n'en faire qu'un seul, parce qu'il me paraît à tous égards avoir atteint la perfection^, » et ne se lassait pas de lire Gil Blas^, qui « est écrit à merveille; il me fait des plaisirs indicibles^ ». Mais elle se plaît surtout avec les Mémoires, les Biographies et les Correspondances : c ... J'aime surtout les détails des intrigues, et c'est ce qui fait que je préfère infiniment les Mémoires et les Vies particulières aux histoires générales ^... J'ai commencé la lecture de votre Histoire d'Amérique^ mais je ne puis m'intéresser à tous ces événements; les seules lectures qui m'amusent, ce sont les Mémoires, les Vies particulières, les lettres et les romans : tout ce qui est histoire d'une
1. Loc. cit., t. II, p. 56^2. Lettre du 18 juin 1776. 1. Loc. cit., t. II, p. 563. Lettre du 7 juillet 1776. .5. Loc. cit., t. II, p. 713. Lettre du 5 février 1780.