‹ Le livre (volume 3)Chapitre 47 sur 163 · MOYEN AGE · texte numérisé non relu

MOYEN AGE

Arrivent les Barbares, Huns, (Jolhs, Visigolhs, Vandales, et l'empire romain s'écroule.

« Malheur à nos jours, parce que l'étude des Lettres périt au milieu de nous! » s'écrie l'historien des Francs, Grégoire de Tours (559-595) •. « Et cependant, remarque, à propos de cette période de l'histoire, le savant helléniste et bibliographe Egger^ on ne voit pas que l'amour des livres ait jamais disparu, même au milieu des plus terribles convulsions sociales et politiques. »

Les détails que nous donne, sur les bibliothèques de son pays et de son temps, un écrivain quelque peu antérieur à Grégoire de Tours, l'évéque de Clermont SmoiNE ApoLLiNAmE (450-488), prouvent, en etîet, qu'il y avait encore chez nous, à cette époque, et malgré ces agitations et ces troubles, des amis des livres et de l'étude. A en juger par les citations

1. « Vœ diebus nostri^j, quia periit ^^tudium litterarum a nobis! » {Hifitoire ecrh'sùtfitiqtie dett Francs, pi^'éface. Paris, Renouard, 185G. In-8.)

'2. H'isloire du liove, p. tîGS.

qu'on rencontre dans ses ouvrages, le savant évêque devait posséder une bibliothèque bien fournie en auteurs classiques. Il devait en être plus ou moins de même des bibliothèques qu'il mentionne, de celle de Loup, professeur à Agen et à Périgueux; celle de Philagre, autre professeur; celle de l'évêque de Limoges Rurice, pour qui Sidoine faisait copier des manuscrits de sa propre bibliothèque. Il nous parle surtout de la collection de livres que le préfet Tonance Ferréol avait rassemblée dans sa magnifique demeure de Prusiane, sur les bords de la rivière du Gardon, entre Nîmes et Glermont-de-Lodève. Cette collection, relativement très nombreuse, et que Sidoine, par une poétique et hyperbolique évocation, va jusqu'à comparer à la bibliothèque d'Alexandrie, se divisait en trois classes : la première à l'usage des femmes, la seconde destinée aux littérateurs de profession, et la troisième, composée d'ouvrages d'un intérêt plus général, au commun des lecteurs'.

D'ailleurs, à ces Barbares devenus maîtres de l'Occident, il fallait des ministres pour les aider à gouverner, à établir et débrouiller leurs comptes ;

i. Cf. Diderot, Encyclopédie, arL Bibliothèque (Œuvres complèles, t. XIII, p. 461); Petit-Radel, Recherches sur les hibliothèfjues anciennes et modernes, pp. 59-40; Peignot, Manuel bibliographique, p. 50. Je relève dans Sainte-Beuve {Portraits contemporains, t. III, p. 581) un beau mot de Sidoine Apollinaire : « Legebat cum reverentia antiquos et sine invidia récentes >-.

I.AMOUH DKS [JVRI'JS KT DE LA LECTUUI-:. 79 tl CCS ministres, ils les clioisirenl forcement parmi les plus instruits do leurs nouveaux sujets. Ainsi h; roi des Ostrogoths Théodoric (457-525), qui ne savait pas écrire ^ attira autour de lui les plus savants hommes de son temps, lévtVpie de Pavie Eunodius, Boèce, l'auteur du traité De fa Cojtso/fc lion, traducteur et commentateur (PAristote, (;t riiistorieu philosophe Cassiodork (it)8-502), dont il lit son secrétaire et l'un de ses principaux dignitaires. Gassiodore finit par se retirer dans le monastère de Viviers, qu'il avait fondé près de sa ville natale Squillace, en Galabre ; il y organisa un vaste atelier de copistes pour la transcription des ouvrages anciens, et mérita le surnom de « Conservateur des livres de l'antiquité latine » -.

A peu près dans ce même temps, le pape HiLAmE (mort en 467) établit, à la basilique de Saint-Jeande-Latran, deux bibliothèques, dont l'une devait être

1. « Théodoric n'ayant jamais pu apprendre à ôcrire son nom avait fait percer à jour, dans une mince lame d'or, les initiales Théod. ; lorsqu'il voulait signer, il posait sur le papier cette lame, promenait la plume dans les contours des lettres, et les traçait ainsi à travers la plaque métallique, au bas de l'acte où il devait apposer son nom. > (Écrivain anonyme du v^ siècle, publié à la suite de l'Ammien Marcellin de Wagner, ap. Gkrald, op. cit., p. 42.) •■ L'empereur Justin l'Ancien (450-527) signait de la même manière les quatre premières lettres de son nom; mais il se servait d'une plaque en bois et d'un roseau, et il fallait encore que sa main fût conduite. • (Procope, ap. Géraud, ibid.)

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