‹ Le livre (volume 3)Chapitre 62 sur 163 · Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 138 et · texte numérisé non relu

Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 138 et

2. Édit du i?' juin 1464. Cf. Lequien de la Neufville, Usage des postes chez les anciens et les modernes, pp. 56 et s. (Paris^ Délateur, 1750); et Alexis Belloc, les Postes franraises, pp. 16-25 (Paris, Didot, 1886).

l'amour des livres et de la lecture. 113

goûts, toutes mes pensées, tous mes soins n'oni eu d'autre but que de me procurer des livres pour en former une bibliothèque assortie. Aussi, dès mon jeune ^ge, non seulement j'en copiais beaucoup, mais toutes les petites épargnes que je pouvais mettre de côté par une grande économie, je les employais sur-le-champ à acheter des livres; et, en effet, je croyais ne pouvoir ac(|uérir ni d'ameublement plus beau, plus digne de moi, ni de trésor plus utile et plus précieux. Ces livres, dépositaires des langues, pleins des modèles de l'antiquité, consacrés aux mœurs, aux lois, à la religion, sont toujours avec nous, nous entretiennent et nous parlent; ils nous instruisent, nous forment, nous consolent; ils nous rappellent les choses les plus éloignées de notre mémoire, nous les rendent présentes, les mettent sous nos yeux. En un mol, telle est leur puissance, telle est leur dignité, leur majesté, leur iiîtluence, que, s'il n'y avait pas de livres, nous serions tous ignorants et grossiers; nous n'aurions ni la moindre trace des choses passées, ni aucun exemple, ni la moindre notion des choses divines et humaines. Le même tombeau qui couvre les corps aurait englouti les noms célèbres '.

1. FoRMEY, dans ses Conseil.^ pour former iinebihIioUiègue..., p. 101 (Berlin, Haude et Spener, 1756), compare avec raison cette éloquente apothéose des livres à la célèbre apologie des Lettres, placée par Cicéron dans son plaidoyer pour

l.K LIYRK. — T, I. 8

« Cependant, quoique j'eusse déjà fait tout ce quil m'était possible de faire pour ma bibliothèque, je sentis tout à coup mon zèle se ranimer à la funeste nouvelle de la perte de la Grèce et de la prise de Constantinople (le 29 mai 1455), et je n'épargnai rien pour obtenir, par des recherches multipliées, tous les livres grecs que Ton pouvait découvrir; car je craignais beaucoup que tant de grands hommes, que le fruit précieux des veilles et des sueurs de tant d'illustres écrivains, que tant de flambeaux du monde, se trouvant dans un aussi grand danger, ne vinssent à périr avec tout le reste. D'ailleurs, dans les temps anciens, les lettres grecques ont déjà fait une telle perte, que de deux cent vingt mille ouvrages qui, au rapport de Plutarque, existaient dans la bibliothèque d'Apamée, à peine il nous en reste mille. J'ai tâché, autant qu'il m'a été possible, de réunir moins un grand nombre de livres que des ouvrages excellents, et surtout de les avoir complets. Ainsi j'ai rassemblé, parmi les productions des sages de la Grèce, tout ce qu'il y avait de plus rare et de plus difficile à trouver.

« Mais, réfléchissant souvent sur cet objet, il m'a semblé que mon but ne serait pas entièrement atteint, si je ne prenais des précautions pour qu'un

Archias : <■ Hiec studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant.... ». Cf. supra, p. 15. note 1.

livsor amasse avec lant de soins ot à si grands frais ne fût ni vendu ni dispersé après ma mort, mais qu'il fût placé, pendant que j'existe encore, dans quelque lieu sûr et commode, et conservé précieusement pour l'utilité commune des amis des lettres «grecques et latines'.... »

Le roi de Hongrie Malhias Corvin (1445-1490), très versé dans les lettres et les sciences, avait rassemblé à Bude, sa capitale, une superbe bibliothèque, qui «ontenait une grande quantité de manuscrits provenant de Gonstantinople. Cette bibliothèque, riche de 50000 volumes, fut saccagée, en 1520, après la bataille de Mohacz, lorsque les Turcs, sous la conduite de Soliman, entrèrent à Bude. Les somptueuses reliures, garnies de pierreries et de fermoirs d'argent, furent arrachées par les soldats, les plus belles miniatures déchirées et enlevées; le feu fut mis ensuite à ce qui restait, et peu de volumes échappèrent au désastre. Quelques-uns, oubliés dans une tour, y furent retrouvés un siècle plus lard, et ils font aujourd'hui partie de la bibliothèque de Vienne; quatre autres figurent dans les collections de notre Bibliothèque nationale; « mais on peut affirmer, dit M. Van Praet, qu'ils sont des plus beaux que renfermait celle de Bude^ ».

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