La BnuYÈRE, Caractères., De la mode. p. 540. (Paris
l'amour des livres et de la lecture. 155
Il est de La I5ruyère encore ce principe tant de Ibis cité : « Quand une lecture vous élève l'esprit,
Dczobry, 1849.) Ce vigoureux Ijurin n'a pas manqué de mettre aux champs plus d'un bibliographe. L'un d'eux, L. Dcrome, a riposté de cette sorte : « ... On n'a rien écrit à cet ("gard de plus brutal et de plus grossier que ces paroles de La hruyère : « Je vais, dit-il, trouver cet homme, — le biblio- <• pliile, — qui me recjoit dans une maison où, dès l'esca- « lier^ » etc. (Encore une fois rai)pelons bien qu'il ne s'agit pas d'un bibliophile, d'un ami des livres, mais d'un maniaque, qui ne lit jamais.) « La Bruyère, continue rageusement L. Derome, était un parasite, habitué à vivre dans la domesticité des grands; il leur rendait en dédain et en mauvais propos l'hospitalité qu'ils lui accordaient. Campé derrière Sénèque et Diogène, sur les hauteurs de la philosophie stoïcienne, il faisait profession de médire de beaucoup de choses qui lui manquaient. D'abord des femmes, parce qu'il avait une figure de soldat, selon l'expression d'un auteur contemporain, et n'avait point le don de leur être agréable; du pouvoir, qui n'était pointa sa portée; des richesses, qm lui faisaient aussi défaut; de la noblesse, parce qu'il n'avait pas de naissance; du luxe des vêtements, j)arce que le prince de (^onti lui laissait porter des habits râpés; des palais et de ce qu'ils contiennent, y compris les livres, n'ayant de quoi loger ni des livres, ni un mobilier, ni sa personne. C'est l'éternelle fable du renard et des raisins qui sont trop verts. Vivant d'ailleurs dans les coulisses du grand théâtre de la cour, il n'avait qu'à se pencher pour voir défiler une à une les vanités du xvir siècle, et il était merveilleusement doué pour en saisir à première vue les côtés grotesques. Aucun détail de mœurs ne lui échappe : son œil pénétrant ne laisse passer aucune misère sans la noter d'un mot <iui est un stigmate. Dans le musée qu'il nomme Caractères, la vérité coule à flots pressés; mais regardez à celui qui la dit, et mesurez, si vous pouvez, l'amertume de son fiel; nulle part l'éloge ne tempère l'animosité chagrine; la religion elle-même n'est qu'un sauf-conduit qui sert d'enseigne à son humeur, et l'austérité un manteau qui le
et quelle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de Touvrage, il est bon, et fait de main d'ouvrier' ».
Fénelon (1651-1715), si épris de l'antiquité et si nourri de la lecture des anciens, fait dire à Télémaque : « Pour mieux supporter l'ennui de la captivité et de la solitude, je cherchai d^s livres.... Heureux, disais-je, ceux qui... se divertissent en s'instruisant, et qui se plaisent à cultiver leur esprit par les sciences! En quelque endroit que la fortune ennemie les jette, ils portent toujours avec eux de quoi s'entretenir; et l'ennui, qui dévore les autres hommes, au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s'occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire, et qui ne sont point, comme moi, privés de la lecture^ î »
défend. II parle des livres du ton d'un homme en colère: on dirait qu'ils l'ont mordu à la jambe. Ce n'est pas à eux qu'il en veut, mais à ceux qui les possèdent, qui les couvrent de leurs armoiries. Or, ce ne sont pas des manants. Ce sont les grands du royaume, les hommes d'État, les gens d'Église, l'aristocratie mondaine et lettrée, quiconque a, en France une place considérable au soleil. Le coup de poing du sombre janséniste tombe sur eux comme une lettre de cachet. Leur effarement est inutile et leurs menaces vaines : le roi n'entend pas qu'on touche à ce bouledogue; il lui accorde la protection dont jadis il a honoré Molière. » (L. Derome, le Luxe des livres, pp. 29-32.)