‹ Le livre (volume 3)Chapitre 80 sur 163 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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l'AxMour des livres et de la lecture. 159

lilos, ou ne sont pas du moins aussi utiles qu'elles le devraient être, parce que, Taule de notions suffisantes, on ignore ce qu'il faut remarquer, et qu'on ne sent pas la conséquence d'une partie des choses (pion lil. » De là, la nécessité de relire tous ces chefs-d'œuvre qu'on n'a fait qu'entrevoir, ou plutôt que méconnaître, duranl les années scolaires.

C'est Daguesseau qui, lisant je ne sais quel poème grec avec le savant Boivin, eut ce mot charmant, pour exprimer le plaisir qu'il éprouvait : « Hâtons-

1, Thomas, Ëlogc de Daguesseau, ap. Daguesseau, Œuvres i(,mplètes, t. I, p. xcn, notes (Paris, Fanlin. 1810). Je trouve dans les mêmes notes (pp. xci et suiv.) les renseignements suivants relatifs au chancelier Daguesseau : •< Il savait la langue française par principes, le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe et d'autres langues orientales, l'ilalien, l'espagnol, l'anglais et le portugais. On pouvait dire de lui qu'il était contemporain de tous les Ages, et citoyen de tous les lieux; il n'était étranger dans aucun pays ni dans aucun siècle.... 11 avait une mémoire prodigieuse; il lui suffisait, pour retenir, d'avoir lu une seule fois avec ai)plication. Il n'avait point appris autrement les poètes grecs, dont il récitait souvent des vers et des morceaux entiers. A l'âge de quatre-vingt-un ans, un homme de lettres ayant cité peu exactement devant lui une épigramme de Martial, il lui en récita les propres termes, en avouant qu'il n'avait pas vu cet auteur depuis l'âge de douze ans. II retenait (juelquefois ce qu'il avait seulement entendu lire. Boileau lui ayant un jour récité une de ses pièces qu'il venait de composer, M. Daguesseau lui dit tranquillement qu'il la connaissait, et sur-lechamp la lui répéta tout entière. Le satirique, comme on s'en doute bien, commença par entrer en fureur, et finit par admirer.... M. Daguesseau ne connut jamais les plaisirs et ce qu'on appelle amusements; son principe était qu'il n'est

Le fabuliste Lamotte-Houdard (1672-1751) nous

dif :

C'est par l'étude que nous sommes Contemporains de tous les hommes Et citoyens de tous les lieux....

De la marquise DE Lambert (1647-1735), Tauleur des Avis d'une mère à son fds, Avis à ma fille, etc., cette noble pensée : « Faites que vos idées descendent dans votre conduite, et que tout le profit de vos lectures se tourne en vertus- ».

permis de se délasser qu'en changeant d'occupations. Il ne faisait aucun voyage, même à Versailles, sans lire ou se faire lire en chemin quelque ouvrage.... Il ne demanda, ne désira jamais aucune charge; les honneurs vinrent le chercher. Au commencement de la Régence, lorsqu'il n'était encore que procureur général, il refusa de faire des démarches pour son élévation, quoiqu'il fût presque assuré du succès : « A Dieu ne plaise, dit-il, que j'occupe jamais la place d'un ■■ homme vivant! » " Il n'aspirait qu'à être utile; et, pendant soixante ans passés dans les premières charges de l'État, il n'eut pas même la pensée qu'il pouvait s'enrichir; il aurait cru que c'était vendre ses services.... Il n'a laissé d'autres fruits de ses épargnes que sa bibliothèque, encore n'y mettait-il qu'une certaine somme par an. Son esprit, solide dans tous les goûts, n'aimait que les livres utiles; il méprisait ceux qui n'étaient que rares.... M. Daguesseau mourut le 9 février 1751. Il porta, même au delà du tombeau, l'horreur du luxe, et la simplicité qui fît son caractère. Il voulut que ses cendres fussent mêlées et confondues parmi celles des pauvres, dans le cimetière de la paroisse d'Auteuil, où son épouse était enterrée. »

\..Ap. Voltaire, Conseils à un journaliste.... t. IV, p. 617 (édit. du journal le Siècle). Nous venons de voir (p. 159. n. 1) cette même sentence appliquée au chancelier Daguesseau, polyglotte.

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