‹ Le livre (volume 3)Chapitre 82 sur 163 · Op. cit., t, XII, p. 15'i · texte numérisé non relu

Op. cit., t, XII, p. 15'i

l'amour des livres et de la lecture. 163

passion clernello ; toutes les autres nous quittent, à mesure que cette misérable machine qui nous les donne s'approche de sa ruine.... Il faut se faire un ])onheur qui nous suive dans tous les âges : la vie esl si courle que Ton doit compter pour rien une félicité qui ne dure pas autant que nous*. » « L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé, » nous dit encore Montesquieu-. El, dans ses admirables Pensées^ il noteavec mélancolie, mais non sans une communicative émolion et sans grandeur : « Mes lectures m'ont affaibli les yeux; et il me semble que ce qu'il me reste encore de lumière n'est que l'aurore du jour où ils se fermeront pour jamais'' ».

« Quelque chose qu'il arrive, aimez toujours les lettres, écrivait Voltaire au cardinal de Bernis^ J'ai soixanté-dix ans, et j'éprouve que ce sont de bonnes

1. Montesquieu, Discours sur les motifs qui doivent nous enœurager aux sciences. {Œuvres complètes, t. II, p. 402. Paris. Hachetle, 1866.)

'2. Pensées diverses, Portrait (t. II, pp. iIO-420). Voir, comme rorrectif de cet aveu, supra, p. 2, n. 2.

7). Pensées diverses. Portrait (t. II, p. 424).

4. Lettre du 18 janvier 1764. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VIII, p. 552. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867-1870.) Presque à la même époque, le cardinal de Bernis, archevéiiue d'Albi (1715-1794), écrivait de son côté : « J'aime toujours les lettres : elles m'ont fait plus de bien que je ne leur ai fait d'honneur. » (Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VIII, p. 47.)

amies ; elles sont comme l'argent comptant, elles ne manquent jamais au besoin. »

Et au mai^quis de Villette * :

tt Je vous invite plus que jamais à vous livrer à Tétude. L'homme studieux se revêt à la longue d'une considération personnelle que ne donnent ni les titres ni la fortune. Celui qui travaille n'a pas le temps de faire mal parler de soi. »

Sur l'influence de l'étude et la puissance des livres, Voltaire, dans son incomparable Correspondance, comme dans son Dictionnaire philosop/uqiœ et ailleurs, ne tarit pas. « Songez que tout l'univers connu nest gouverné que pai* des livres, excepté les nations sauvages. Toute l'Afrique, jusqu'à l'Ethiopie et la Nigritie, obéit au livre de l'Alcoran, après avoir fléchi sous le livre de l'Evangile. La Chine est régie par le livre moral de Confucius ; une gtande partie de llnde, par le livre du Veidam. La Perse fut gouvernée pendant des siècles par les livres d'un des Zoroastres. Si vous avez un procès, votre bien, votre honneur, votre vie même dépend de l'interprétation d'un livre que vous ne lisez jamais.... Oui mène le genre humain dans les pays policés? ceux qui savent lire et écrire. Vous ne connaissez ni Hippocrate, ni Boerhaave, ni Sydenham ; mais vous mettez votre corps entre les mains de ceux qui les

1. Lettre du 20 septembre 1707. (Voltaire. op,cit., t. Mil, p. 010.)

r/AMOUR DES r.IVRES ET DE LA LECTUnE. 165 uni lus. Vous abandonnez volro Ame à ceux (lui P sont payés pour lire la Bible'.

« Plusieurs bons bourgeois, plusieurs grosses lèles, qui se croient de bonnes lêtes, vous disent avec un air d'importance que les livres ne sont bons à rien. Mais, messieurs les Welches, savez-vous que l'ordonnance civile, le code militaire et T Évangile sont des livres dont vous dépendez continuellement«?

« Puissent les Belles-Lettres vous consoler! Elles sonl, en effet, le charme de la vie. quand on les cultive pour elles-mêmes, comme elles le méritent; mais quand on s'en sert comme d'un organe de la renommée, elles se vengent bien de ce qu'on ne leur a pas offert un culte assez pur". »

C'est à Vauvenargues, « homme trop peu connu

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