‹ Le livreChapitre 111 sur 152 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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d. Dans son Voyage bibliographique... en France. Dibdin, dont il vient détre question, reproche à beaucoup de livres rares (manuscrits et incunables) de la Bibliothèque Royale (aujourd'hui Nationale) d'avoir été trop rosmés par les re-

Autres biblioclastes : les épiciers et les marchands de tabac, qui, pour confectionner leurs sacs et leurs cornets, massacrent sans pitié les livres les plus rares.

a De tout temps il a fallu des cornets à l'épicier, de tout temps il a fallu des livres à rouler en cornets; qui sait si les Histoires de Tite-Live' et de Tacite, les 0/"««.so«.sdeGicéron, les Tragédies d'Ovide et tous les ouvrages dont nous déplorons la perte, n'onl

lieurs (Deronie et autresi. Ce lejjroclie, celle remarque, dil G. -A. Crapelel, dans une note de sa traduction de cet ouvrage (t. III, p. 265), ■• ne paraîtra peul-ètre pas aussi désintéressée qu'elle le semble d'abord, si l'on considère que M. Dibdin est bibliothécaire de lord Spencer, qui i)ossède aussi la plupart de ces beaux livres, et qu'il trouve satisfaction et contentement damour-propre national à décerner la palme à l>resque tous les livres de son patron, rivaux de ceux de la plus riche bibliothèque du monde ■>. Et, dans la suite de celte note. G. -A. Crapelet démontre que la plupart de ces beaux livres ne sont réellement pas ■■ trop rognés ».

1. Des cent quarante-deux livres de Tite-Live, trentecinq seulement nous sont parvenus, dont plusieurs incomplets. Au XIV siècle, " un garçon de lettres, précepteur du marquis de Rouville, jouant à la longue paume dans les loisirs de la campagne, près de Saumur, trouva que son battoir était garni d'une feuille de parchemin antique contenant un fragment de celte décade [la seconde]. Il courut sur-le-champ chez le fabricant de battoirs pour en sauver les derniers débris : tout avait passé en raquettes. » (Feuillet de Conches, Causeries d'un curieux, t. I, p. 477. Cf. aussi Paul Stapfer, Des Réputations littéraires, la Mort des livres, t. I, p. 229.)

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pas été la proie des épiciers du barbare moyen âge?

« L'épicier du xix'= siècle a déclaré une guerre à mort aux parchemins, sans doute en haine de la noblesse. L'âge d'or de l'épicerie date de la Révolution française, car la docte congrégation de Saint- Maur et la confrérie des épiciers ne pouvant subsister ensemble, l'une a tué l'autre.

Ah! doit-on hériter de ceux qu'on assassine!

Le bénédictin faisait des livres, maintenant l'épicier en défait'. »

Les tailleurs et les cordonniers onl été aussi de terribles « équarrisseurs de livres ». L'abbé Lebeuf, l'historien du diocèse de Paris, nous conte que Î\L Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, sortant, après cinq ans de captivité, du donjon de Vinccnnes, où Richelieu l'avait fait enfermer pour cause de jansénisme, entra chez un tailleur et se fit prendre mesure d'un habit. Là, « il s'aperçut que le misérable artisan avait découpé les bandes sacrilèges, servant à prendre les mesures, dans les Œuvres de saint Augustin en grand papier, que le cardinal de Richelieu avait fait saisir dans la prison de son inflexible ennemi- ».

Un tailleur d'habits, de la même époque sans doute, « racontait qu'un archiviste, ou garde-titre

1. P. L. Jacod, les Amuleurs de vieux livres, p. 40. (Paris, Rouveyre. 1880.)

"1. Ap. Edouard Rouveyre, Connaissa)ices nécessaires à un bibliophile, h" édit., t. VIII, p. 86.

d'un chapitre, lui avait fourni, pendant plusieurs années, des cahiers de fort beaux manuscrits grand in-folio, dont il s'était servi pour faire des bandes et prendre la mesure des habits qu'il faisait. Il en montra quelques restes, où il était encore facile de se rendre compte que c'étaient des manuscrits du xu^ siècle '. »

La cordonnerie pour dames accomplit, pendant plus de vingt-cinq ans, au dire du bibliophile Jacob-, « une ellroyable hécatombe de livres anciens». Voici comment :

« Le quartier qui forme le talon de la chaussure a besoin d'être fortifié par une doublure en cuir plus mince et plus rigide que celui de l'empeigne; mais le pied délicat des femmes ne s'accommode pas de ce quartier dur et solide^, qui soutient le quartier d'un soulier d'homme. Les cordonniers avaient donc imaginé de doubler le quartier des chaussures de dames avec de la peau de veau ou de mouton déjà assouplie, qu'ils empruntaient à la reliure des vieux livres. On voit d'ici l'objet principal du travail de l'équarrisseur de vieux livres. Les peaux de veau ou

1. Abbé Lebeuf, ap. Edouard Rouveyre, op. cit., 5^ edit., t. VIII, p. 86.

2. Le commerce des livres anciens, dans les Miscellanccs bibliographiques, publiées par Edouard Rouveyre et Octave UzANNE, t. II, pp. 75-70.

~K II faudrait plutôt, il me semble : de cette doublure eu cuir dur et solide, qui soutient le ([uailier, etc.

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de basane, détachées des reliures anciennes, étaient empilées, selon leur grandeur, et formaient des paquets plus ou moins volumineux, qui se vendaient à la cordonnerie de Paris. Pendant vingt-cinq ans, ce commerce de vieille peausserie a causé l'immolation de deux à trois millions de volumes.

« Les dénicheurs de bons livres anciens, continue le bibliophile Jacob', se souviennent encore du roi des équarrisseurs, de cet honnête et farouche Qi il- LET, qui avait ses magasins et son atelier sur le quai Saint-Michel, vis-à-vis de la Morgue. Touchant voisinage ! Cet atelier ressemblait à l'antre de Polyphème : on n'y voyait que vieilles reliures en lambeaux, livres écorchés ou déreliés, amas de vieux papiers, de gravures, de bouts de ficelle, détritus bibhographiques en tout genre. C'est là que trônait l'impassible Quillet, les bras nus, le couteau à la main, les reins ceints d'un tablier de boucher. Il passait sa vie à dépecer des livres et à en classer méthodiquement les débris. Si le livre privé de sa reliure lui semblait digne de quelque pitié, il ne le déchiquetait pas immédiatement : il le réservait pour ses clients, libraires ou bouquineurs, qui venaient sans cesse passer en revue les lamentables dépouilles de Féquarrissage. Souvent le livre était sauvé et allait se rajeunir, en faisant peau neuve.

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