Cf. supra, chap. iv, p. 142, n
nous rélevons les noms de beaucoup de gens de lettres, et des noms des plus retentissants et des plus grands.
« Chateaubriand (1768-1848) avait une antipathie et une aversion bien singulières de la part d'un quasihistorien : il ne pouvait soutTrir les livres. Mme de (Chateaubriand écrivait, le 10 juillet 1859, à un vieil ami de Lyon, l'abbé de Bonnevie : « Le bon abbé <• Deguerry vous aura dit que nous sommes très « contents de notre appartement. M. de Château- « briand surtout en est enchanté, parce qu'il n'y a « pas moyen d'y placer un livre : vous connaissez « l'horreur du patron pour ces nids à rats qu'on « appelle bibliothèques'. »
Ajoutons que Mme de Chateaubriand partageait l'aversion de son illustre époux : « Elle n'estimait guère les livres qu'au poids.... Elle eût été bien
1. Sainte-Belve, Ch'ileauhriaud et son groupe littéraire, t IL pp. 70-7 K noie. Celte ■• horreur du patron • pour les livres et les bibliothèques ne l'empêchait pas de glisser, dans une note de son Itinéraire de Paris à Jérusalem (t. II, p. 48; Paris, Didol, 1877), ces considérations, qui sont plus que jamais d'actualité : « Aujourd'hui, dans ce siècle de lumières, l'ignorance est grande. On commence par écrire sans avoir rien lu, et l'on continue ainsi toute sa vie. Les véritables gens de lettres gémissent en voyant cette nuée de jeunes auteurs qui auraient peut-être du talent s'ils avaient quelques études. Il faudrait se souvenir que Boileau lisait Longin dans l'oiiginal, et que Racine savait par cœur le Sophocle et l'Euripide grecs. Dieu nous ramène au siècle des pédants! Trente Vadius ne feront jamais autant de mal aux Icllres quun écolier en bonnet de docteur. ■•
BIBLIOCLASTES ET BIBLIOPHOBES. 303
fâchée de perdre son temps à lire, » nous avoue Danielo', le secrétaire de Chateaubriand. Et, parlant de son patron, il dit encore : « Je ne crois pas même qu'il ait jamais eu une édition bien complète de ses œuvres. Quand il avait besoin d'un livre ou d'une recherche, j'étais là pour aller aux bibliothèques publiques. »
Tout comme Suakespeare, qui ne devait pas être <j;:rand liseur, puisque « son ignorance faisait pitié à Ben Johnson-^ », « Victor JiuGO (1802-1885) lisait très peu, et c'est en fouillant dans son imagination, aidée de Sauvai et de l'historien Pierre Matthieu, qu'il a édifié sa Notre-Dame'». La bibliothèque de Victor Hugo était « très peu nombreuse (si tant est (ju'il eût une bibliothèque) », dit encore Sainte- Beuve \ Jules Simon est plus précis et plus formel : « Victor Hugo n'avait pas un seul livre chez lui, écril-iP; j'en ai vingt-cinq mille chez moi. On peut se passer de livres quand on est Victor Hugo. Quand on n'est que moi, on n'en a jamais assez. »
De même pour Lamartine (1790- I8G9 : « Lamartine n'avait jamais eu de goût pour la lecture. « Je n'ai