‹ Le livreChapitre 15 sur 152 · ToineL page · texte numérisé non relu

ToineL page

'2. Reiscbihler, np. Louis Dlcros. Henri Heine et son temps, p. i"). (Paris, Didol. 1886.') Cf. aussi le Magasin pittorest/ne, février 1887, p. 0").

tombaient des arbres, les rossignols ne chantaient plus depuis longtemps, — et mon cœur se brisa lorsque je lus comment le noble chevalier gisait à terre, tout étourdi et meurtri, et comment, sans relever sa visière, et comme s'il parlait du fond de la tombe, il dit au vainqueur, d'une voix faible et épuisée : « Dulcinée est la plus belle dame du monde, « et moi le plus malheureux chevalier de la terre; « mais il est contraire à l'honneur que, par faiblesse, « je consente à nier cette vérité : frappe donc avec « ta lance, chevalier! »

Et le vainqueur, ce fier et superbe paladin dont l'écu porte l'éblouissante image de l'aslre de Diane, ce chevalier de la Blanche-Lune qui fait mordre la poussière à Rossinante et à son noble et héroïque maître, n'est, en réalité, qu'un petit bachelier de village*.... « Je ne connaissais pas encore l'ironie que Dieu a mise dans le monde, » ajoute Heine, qui s'est bien rattrapé depuis et amplement dédommagé de cette ignorance première.

Silvio Pellico (1789-1854), le prisonnier du Spielberg, évoque ainsi, dans un de ses poèmes-, le souvenir de SCS jeunes années et de ses premières lectures :

îCervantks, Don Oi""c/*o</c, seconde parlie, chap. lxiv et Lxv, liad. Louis Viardot; t. II, pp. 450 et siiiv.

'2. Silvio Pellico, Poésies. Appendice à « Mes Priions ■> : (tuvres de Silvio PcUiro, Irad. Antoine de Latour. pp. 5(1."- 504. (Paris, Charpentier, i8Gi.)

« Où est ma jeunesse? que sont devenues les heureuses années de Famour sur les bords du Rhône? où est le temps où je revenais aux doux pénates de la famille, et ma fenêtre ouverte au souffle tempéré du vent des Alpes? où sont ces glorieux poètes qui, à Milan, me couronnaient du laurier des Muses? où est la gloire, où sont les applaudissements qui accueillaient mon nom sur la scène? et maintenant où sont mes dix années dans les fers?

« De retour dans ma patrie, après avoir été enseveli vivant dans une nuit si profonde, je me replongeai dans la douceur de ces tendres affections, que le malheur n'avait pu interrompre: je payai d'abord le tribut de mes prières et de mes larmes aux êtres si chers que le trépas m'avait ravis, puis je retournai aux œuvres immortelles qui jadis avaient été le charme et l'amour de mes veilles.

« Et souvent ma main tremblante se pose sur ces livres poudreux, et je crois, en les ouvrant, renaître aux jours studieux de ma jeunesse, et alors mes larmes coulent. Je retrouve les marques laissées par moi dans ces livres, à la page où je m'arrêtai sur une pensée profonde, à celle où j'ajoutai aux sublimes idées d'un auteur préféré le commentaire de l'erreur ou celui de la vérité.

« Maintenant c'est avec d'autres impressions que je vous regarde, ô livres autrefois tant aimés! Je suis encore un poète, mais je ne saurais plus me pros-

terner en idolâtre même devant un Homèi'e; si je soupire encore en feuilletant les poèmes des maîtres, ce n'est plus la magie de leurs grandes pensées qui m'enchante. Plus d'un livre m'est cher, et cependant en lui c'est lui rarement que je cherche : je me cherche moi-même. »

Dans ses Lettres d'un Voijafjeur\ George Sand (1804-1870) a, elle aussi, consacré une très poétique page au souvenir de ses lectures d'enfance : « Un livre a toujours été pour moi un ami, un conseil, un consolateur éloquent et calme.... Oh! quel est celui d'entre nous qui ne se rappelle avec amour les premiers ouvrages qu'il a dévorés ou savourés ! La couverture d'un bouquin poudreux, que vous retrouvez sur les rayons d'une armoire oubliée, ne vous a-l-elle jamais retracé les gracieux tableaux de vos jeunes années? N'avez-vous pas cru voir surgir devant vous la grande prairie baignée des rouges clartés du soir, lorsque vous le lûtes pour la première fois, le vieil ormeau et la haie qui vous abritèrent, et le fossé dont le revers vous servit de lit de repos et de table de travail, tandis que la grive chantait la retraite à ses compagnes, et que le pipeau du vacher se perdait dans l'éloignement? Oh! que la nuit tombait vite sur ces pages divines! que le crépuscule faisait cruellement flotter les caractères sur la feuille pâlissante! C'en est fait, 1. Pages 205-200. (Paris, Mi.hol LôvyMSO"..)

Page 1