‹ Le livreChapitre 16 sur 152 · I.F. I.IVRK. T. II · texte numérisé non relu

I.F. I.IVRK. T. II

les agneaux bêlent, les brebis sont arrivées à l'étable, le grillon prend possession des chaumes de la plaine. Les formes des arbres s'effacent dans le vague de l'air, comme tout à l'heure les caractères sur le livre. 11 faut partir; le chemin est pierreux, l'écluse est étroite et glissante, la côte est rude; vous êtes couvert de sueur, mais vous aurez beau faire, vous arriverez trop tard, le souper sera commencé. C'est en vain que le vieux domestique qui vous aime aura retardé le coup de cloche autant que possible; vous aurez l'humiliation d'entrer le dernier, et la grand'mère, inexorable sur l'étiquette, même au fond de ses terres, vous fera, d'une voix douce et triste, un reproche bien léger, bien tendre, qui vous sera plus sensible qu'un châtiment sévère. Mais quand elle vous demandera, le soir, la confession de votre journée, et que vous aurez avoué, en rougissant, que vous vous êtes oublié à lire dans un pré, et que vous aurez été sommé de montrer le livre, après quelque hésitation et une grande crainte de le voir confisqué sans l'avoir fini, vous tirerez en tremblant de votre poche, quoi? Estelle et Némorin, ou Robinson Crusoél Oh! alors la grand'mère sourit. Rassurez- vous, votre trésor vous sera rendu ; mais il ne faudra pas désormais oublier l'heure du souper. Heureux temps ! ô ma Vallée noire ! ô Corinne ! ô Bernardin de Saint-Pierre! ô l Iliade l ôMillevoye! ô Atala ! ô les saules de la rivière ! ô ma jeunesse

écoulée! ô mon vieux chien qui n'oubliait pas Fheure du souper, et qui répondait au son lointain de la cloche par un douloureux hurlement de regret et de gourmandise ! »

Citons encore ces éloquentes et évocatrices réminiscences de Charles Delon (1839-1900), dans son Histoire d'un livret : « 0 mes promenades errantes, mes libres lectures à travers bois! 0 mes chers livres, mes amis et mes compagnons! Le bon plaisir, si vous saviez, les douces heures! Ce sont là mes meilleurs souvenirs de ce temps (de mon enfance). Et comme je me les rappelle! Il me semble ({ue je vois encore l'étroit sentier le long des blés, les chemins creux remplis d'ombre fraîche ; l'arbre au pied duquel j'étais quand je lus telle phrase qui me frappa, me fit comprendre tant de choses que je n'avais jamais comprises ; la pierre moussue où j'étais assis quand je lisais cette page qui m'enchanta tellement que je la relus cinq fois de suite, et que je la sais encore tout entière par cœur aujourd'hui.... »

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