A p. Fep.tiallTj /es Amoureux du livre, p
2. Nous parlerons jjIus tard «les rapports de la vue avec les caractères typographiques et avec la lecture. Disons seulement ici que, le meilleur moyen de reposer les yeux étant de regarder au loin, il est bon, lorsqu'on se sent la vue fatiguée, d'interrompre peu ou prou sa lecture et fie l)romener les regards au dehors, dans la rue, la campagne ou le ciel.
ont de la peine à s'y faire. Il est vrai qu'on peut apprendre à parcourir méthodiquement* ».
Pour tous ceux qui vivent dans les livres, dans les imprimés et les manuscrits, et y opèrent de fréquentes recherches, « l'art de parcourir » est indispensable.
Le savant bibliothécaire florentin Magliabecchi (1635-1714) « avait une manière particulière de lire ou plutôt de dévorer les livres; quand un ouvrage nouveau lui tombait sous la main, il examinait le titre, puis la dernière page, parcourait les préfaces, dédicaces, tables-, jetait un coup d'œil sur chacune
1. DouDAX, loc. cit.. l. III, p. Ô45. Cf. supra, t. I, p. 19.5.
'i. A propos des préfaces et des tables des matières, et de leur importance au point de vue de la connaissance du contenu des livres, voici quelques considérations, où la fantaisie et le badinage s'entremêlent au sérieux et à la vérité, empruntées à Théoyihile Gautier (les Jeunes-France, préface, pp. I et suiv. ; Paris, Charpentier, I880i : — -Je ne sais si vous avez la fatuité de ne pas lire les préfaces, mais j'aime à supposer le contraire, pour l'honneur de votre es[)rit et de votre jugement... Moi, pour mon compte, et je prétends vous convertir à mon système, je ne lis que les préfaces et les tables, les dictionnaires et les catalogues. C'est une précieuse économie de temps et de fatigue : tout est là, les mots et les idées. La préface, c'est le germe : la table, c'est le fruit : je saute, comme inutiles, tous les feuillets intermédiaires. Qu'y verrais-je? des phrases et des formes; que m'importe!... 11 en est des livres comme des femmes : les uns ont des préfaces, les autres n'en ont pas; les unes se rendent tout de suite, les autres font une longue résistance; mais tout finit toujours de même... i)ar la fin. Cela est triste et banal ; cependant que diriez-vous d'une femme qui irait se jeter tout d'abord à votre tète?... La pré-
des divisions principales, et avait alors assez vu pour
être en état de rendre compte non seulement de ce
face, c'est la pudeur du livre, c'est sa rougeur, ce sont les demi-aveux, les soupirs étouffés, les coquettes agaceries, c'est tout le charme.... O lecteurs du siècle! ardélions inoccupés qui vivez en courant et prenez à peine le temps de inoui'ir, plaignez-vous donc desi)réiaces qui contiennent un volume en quelques pages, et ([ui vous épargnent la i)cinc de parcourir une longue enfdadc de chapitres pour arriver à l'idée de l'auteur. La préface de l'auteur, c'est le post-sciiptum d'une lettre de femme, sa pensée la plus chère : vous pouvez ne pas lire le reste.... Je vous le proleste ici, afin <iue vous le sachiez, je hais de tout mon cœur ce qui ressemble, de près ou de loin, à un livre : je ne conçois pas à quoi cela sert. Les gros Plutarque in-folio, témoin celui de Chrysale, ont une utilité évidente : ils servent à«metlre en presse, à défaut de rabats, puiscju'on n'en j)orte plus, les gravures chiffonnées et qui ont pris un mauvais pli; on peut encore les employer à exhausser les petits enfants qui ne sont pas de taille à manger h table. Quant à nos in-octavo, je veux que le diable m'emporte si l'on peut en tirer parti et si je conçois pourquoi on les fait. Il a pourtant été un temps où je ne pensais pas ainsi. Je vénérais le livre comme un dieu; je croyais implicitement à tout ce qui était imprimé; je croyais à tout, aux épilaphes des cimetières, aux éloges des gazettes, à la vertu des femmes. O temps d'innocence et de candeur! Je m'amusais comme une portière à lire les Mystères cVUdolpIie, le Château des Pyrénées, ou tout autre roman d'Anne Radcliffe; j'avais du plaisir à avoir peur, et je pensais, avec Gray, que le paradis, c'était un roman devant un bon feu*.... Le seul plaisir qu'un livre me procure encore, c'est le frisson du couteau d'ivoire dans ses pages non coupées; c'est une virginité comme une autre,
* Tliéopliile Gaulicr pousse ici la fantaisie jusqu'à dénaliirer le mot (le Gray (et son nom aussi : il écril Greyi, qui estimait que « rester nonclialamnient étendu sur un sofa et lire des romans nouveaux don nait une assez l)onne idée des joies du paradis ». (Walter Scott, Notice sur I.c Sage, ap. Sainte-Beuve, Cnuseries du lundi, (orne dernier (sans numéro). Table, p. 28.) Cf. in/'ra, chap. i.\, les Romans, p. I'.i2.
que le livre contenait, mais encore des sources où l'auteur avait puisé' ».
« Les vieux routiers de l'art de lire, remarque M. Paul Stapfei! (18iO-....)^, savent seuls tourner les feuillets d'un livre quelconque avec une frémissante impatience, parcourir du regard le champ entier d'une page, ne point muser ni sommeiller ni se perdre dans le fatras, aller droit à la perle, et, d'un coup d'œil sûr, fondre sur la petite proie brillante qui se cache en un coin. »
On citait, il y a une vingtaine d'années, un de ces « vieux routiers », un ministres qui avait le talent, en feuilletant les journaux et en y promenant son regard, de toujours rencontrer tout ce qui pouvait l'intéresser, de ne rien laisser échapper qui le touchât, et de ne pas s'arrêter à autre chose, de ne pas perdre un brin de temps.
S'il est des écrivains qui se formalisent de cette rapide et irrévérencieuse façon de prendre connaissance de leurs œuvres, on en trouve aussi qui se montrent pliis raisonnables et comprennent mieux les choses. Agrippa d'AumoNÉ (l^ol-lOôO), par
et cela est toujours agréable à prendre. Le bruit des feuilles tombant l'une sur l'autre invite immanquablement nu sommeil, et le sommeil est, après la mort, la meilleure chose de la vie. »