Montaigne, op. cil., livre I, chap. xxv; t. I, p
Z. Cf. suprn, t. I. pp. 121-122.
4. " De même que l'abeille recueille tout nectar dans les prés en fleur, nous aspirons tout le suc de tes paroles d'or. » {De la nature des choses, III, vers H-12; p. 145; Paris, Lefèvre, 1845.) La même com])araison reparaît bien souvent chez les anciens comme chez les modernes : cf. Horace {Odes, IV, 2, trad. Panckoucke, p. H4; Paris, Garnier, 1866) : " Ego, apis Matin.ne », etc. : •• Pour moi, semjjlable à l'abeille du mont Malinus, qui va butiner laborieusement sur le thym odoriférant, j'erre dans les bois et près des ruisseaux qui arrosent ïibur; et làj faible poète, je forge péni-
Ce que le grammairien philosophe Dumarsàis (1676-1756) paraphrasait ainsi : « Répandez-vous,
blemenl mes vers » ; et Sénèque {Lettres à Lucilius, 84, Irad. Baillard. p. 24ô; Paris, Hachette, 1860) : - Imitons, comme on (lit, les abeilles, qui voltigent çà et là, picorant les fleur» j)roijre> à faire le miel, qui ensuite disposent et répartissent tout le butin par rayons.... » ; et Plitarque (Comment il faut lire les poètes, trad. Amyot, t. VIII, p. 100; Paris, Bastien, 1784) : •• Or tout ainsi comme es pasturages l'abeille cherche pour sa nourriture la fleur, » etc. (cf. supra, t. I, p. I.j7, note). Gilles Ménage écrit (Ménagiana, ap. Fertiault les Amoureux du livre, p. 255) : ■■ Entre tous les livres que l'on lit, il y en a beaucoup où l'on ne trouve presque rien de bon. En cela il faut imiter les abeilles; elles voltigent sur toutes les fleurs, mais elles ne tirent pas de toutes de quoi faire du miel : •■ Apes in omnibus qua?runt, non ex ■• omnibus carpunt ». Et La Fontaine (Discours à Mme de la Sablière: Œuvres, t. IX, p. 186; Paris, Hachette, 1892, Collection des Grands Écrivains) :
Papillon (lu Parnasse, et semhlable aux abeilles A f)ni le bon Platon compare nos merveilles, Je suis chose IC-gère, et vole à tout sujet; .Je vais de fleur en fleur, et d'objet en objet.
BoiLEAU (Discours au roi : Œuvres complètes, t. I, p. 55; Paris, Hachette, 1867) :
Comme on voit au printemps la diligente abeille Qui du butin des fleurs va composer son miel, Des sottises du temps je compose mon fiel.
J.-B. Rousseau (Odes, III. i, à M. le comte du Luc : Œuvres li/iiques, p. 160; Paris. Dezoljry, 18ô2) ;
Et. semblable à l'abeille en nos jardins éclose. De différentes fleurs j'assemble et je compose Le miel ((ue je produis.
Anilr('' C.hénier (Étctjies, l\ ; Poésies, j». 79; Paris, Charpentier, 1801) ;
.\insi. bruyante abeille, au retour du matin, Je vais changer en miel les délices du thym.
Et ces considéi-ations d'Edouard Charton (1807-1890) (Ir
comme des abeilles, dans le monde passé et dans le monde présent ; vous reviendrez ensuite dans votre ruche composer votre miel '. »
VoLTAmE butinait de même : « Je passe ma vie à chercher des pierres précieuses dans du fumier, écrit-il à la marquise du Deffand-, et, quand j'en rencontre, je les mets à part, et j'en fais mon profit: c'est par là que les mauvais livres sont quelquefois très utiles. »
L'archevêque de Reims Landiuot (1810-187 i) a éloquemment et fort bien développé cette même pensée, cette comparaison du lecteur au chercheur et au glaneur : « Lire vient d'un mot latin, ou plutôt pri-
Tabieau de Céhèg, noies, pp. 170-171; Paris, Hachette, 1882) : « ...Ce pourrait être la devise des abeilles. S'il n'est pas inutile de chercher parmi les animaux, nos « frères infé- « rieurs ••, comme les appelle Michelet.des exemples à suivre, je n'en connais aucun qui soit plus digne de notre attention que celui de l'abeille. L'œuvre de sa vie est excellente et d'une parfaite unité. Jamais le laborieux insecte ailé ne s'attanic sur les plantes d'où il n'a rien à tirer de bon ; il les fuit. Quelquefois, dans un intérêt d'observation scientifique, on a essayé de le tromper en plaçant sur son passage, dans les parterres, des (leurs artificielles semblables à celles qu'elle cherche ; non ! les abeilles ont plané au-dessus une seconde à peine; leur mervedleux instinct leur a fait découvrir aussitôt la supercherie. Il ny avait rien là jjour leur servir à faire leur miel, et elles n'avaient pas de temps à perdre. •> Etc., etc.
1. Jp.VoLTAiHE, le Philosophe pav M. Dumarsais.'.yoLTMv.K. Œuvres complètes, t. IV, p. 7iO; Paris, édif. du journal .'e Siècle, 1868.)
2. Lettre du 1" novembre 1775 : Œuvres complètes, t. VIII. p. 926.
mitivemeiil dun mot grec, qui signifie « recueillir, ramasser, faire la collecte s. Un jardinier se promène dans son verger, il recueille les fruits mûrs, et les réunit dans ses greniers; le botaniste fait une course à travers la campagne, il ramasse les fleurs quil rencontre, les dispose d'abord sans ordre dans une boîte qui saura les conserver fraîches et intactes; de retour à la maison, il les classe et les met en ordre, et leur donne à chacune une place définitive. Ainsi, le lecteur sérieux se promène dans le jardin des idées humaines; il voit, il ramasse, il collige, il met d'abord comme en un seul faisceau ces fleurs intellectuelles dans son esprit, puis il les coordonne, il les dispose, et maintient chacune au rang qu'il (qui?) lui convient'. »
Mais, d'une façon générale, on ne lit bien et avec fruit que ce qu'on lit lentement, avec suite et méthode. Il en est de la lecture comme de la nourriture : pour bien digérer et s'assimiler aliments, boissons et lectures, il faut les absorber, non gloutonnement, mais par degrés et à petits coups*.
Il est bon de varier ses lectures, et néanmoins de ne pas lire au hasard et sans ordre : « Une lecture uniforme profite, une lecture diversifiée réjouil. Lectio certa prodest, varia delectat. Je lis souvent
1. A}). Jean Dahche, Essai sur la lecture, pp. 49-50. '2. Cf. Albnt CoLLioNON. A'o/f'.N- cl Réflexinm rVun lecteur, p. 10.
l'art de parcourir. 67
Hippocrate, Galien, Fernel, Riolan et d'autres illustres patrons de ma profession, écrit le médecin Gui Patin' : voilà ma lecture uniforme, voilà mon profit. Je lis de temps en temps Horace, Sénèque. Ovide, Juvénal, Tacite, Pline et autres auteurs, qui mêlent utile dulci : voilà ma lecture diversifiée, voilà ma récréation; elle nest pas sans utilité. »
« Vous ne savez pas lire, disait un jour l'helléniste BoissoNADE (1774-1857) à Mme de Trac} ^ Vous Usez comme si vous mangiez des cerises. Une fois la lec* turc faite, vous ne pensez plus à ce que vous avez lu, et il ne vous en reste rien. Il ne faut pas lire toutes sortes de cho.ses au hasard; il faut mettre de Tordre dans ses lectures, y réfléchir et s'en rendre compte. »
« Savoir lire, quelle science! s'écrie le chroniqueur Edmond Texier (181()-1887)'. C'est interroger un écrivain, c'est lui demander l'enseignement des choses que l'on ignore, c'est discuter avec lui sur tel point et le réfuter sur tel autre. On l'aborde avec respect, mais sans parti pris ; on entre en conversation intime avec lui, on se laisse aller, puis on résiste, et si l'on se sent entraîné, tout va bien. Le