Ap. Albert Collignox, la Relig-ion des Lettres, p
■1. Ap. S\iyTE-BEV\E,Causcries du lundi, i.XlU, pp. 195-190.
'). Les choses du temps présent, Petites Satires, p. ^Gl. (Paris Iletzel, s. ci. [1862J.) Sur la rareté des gens « qui savent lire ■', cf. supra, t. I, pp. 189-190, l'opinion de Gœthe, de Voltaire, de Sainte-Beuve, etc.
lecteur intelligent est comme cette fière déesse qui n'accordait son amour qu'à l'homme robuste qui l'avait terrassée. Mais il ne sait pas lire ni même épeler, celui qui, prenant un livre, tourne page sur page et ne s'arrête essoufflé qu'au dernier feuillet; il se gorge de mots, l'idée lui échappe. Toute lecture est un voyage d'agrément, un voyage à petites journées, où l'on prend son temps et ses aises. Voici un point de vue, conternplons-le ; voici un joli bois, reposons-nous. »
« Tout livre qui passe sous nos yeux doit nous instruire, nous avancer d'un degré, nous enrichir de quelque chose, si médiocre que soit ce livre, si inconnu qu'il soit. Ne lisez jamais un livre sans prendre des notes, et, s'il est sérieux, résumez-le par écrit....
« Prenez avec vous-même la résolution de ne jamais laisser sortir de vos mains, sans profil, c'està-dire sans résultat écrit, aucun livre lu, parcouru, ou du moins sur lequel vos yeux se seront arrêtés quelque temps. C'est peut-être un-moyen excellent et pratique de tirer parti des moments pei'dus, qui malheureusement sont les plus nombreux, même dans une vie intelligente. C'est aussi un moyen de porter immédiatement son attention sur les idées vraiment substantielles et fécondes, qui, rares autant
qu'utiles, se peuvent trouver dans des lectures sans ordre et décousues. Au bout de quelques minutes, tout livre dont on ne pourra rien tirer qui vous fasse penser sera rejeté comme vide et inutile, et voilà encore un autre avantage de l'habitude que je conseille de prendre'. »
Prendre des notes, la mémoire humaine est si courte, si fugitive, qu'il n'y a pas d'autre moyen à employer pour qui veut garder trace de ses lectures.
Pline l'Ancien, comme nous l'apprend son neveu, « faisait toujours des remarques et des extraits de ses lectures, et n'a jamais rien lu sans extraire^ ».
« Pour subvenir un peu à la trahison de ma mémoire, et à son défault, si extrême, nous avoue Montaigne^ qu'il m'est advenu plus d'une fois de reprendre en main des livres comme récents et à moi incognus, que j'avais lu soigneusement quelques années auparavant, et barbouillé de mes notes, j'ai pris en coustume, depuis quelque temps, d'adjouler, au bout de chaque livre (je dis de ceulx desquels je ne me veulx servir qu'une fois), le temps auquel j'ai achevé de le lire, et le jugement que j'en ai retiré en gros, » etc.
« On n'apprend jamais rien quand on ne fait que