All)ert CoLLiGNON, la Religion des Lettres, pp
••2. " Nihil enini legil, quod non exccrperet » (Pline le Jeune, Epistnlie. III, 5; t. I, p. 190; Paris, veuve Barbou, 1808.)
"». Essais, livre II, chap. x; t II, p. 2'26. (Paris, Charpenliei-, 1802.)
lire; il faut extraire et tourner, pour ainsi dire, en sa propre substance, les choses que Ton veut conserver, en se pénétrant de leur essence. » Cest Mme Roland, alors Manon Phlipon, qui donne ce conseil', et elle avait soin tout d'abord de prêcher" d'exemple : elle prenait beaucoup de notes et faisait de longs extraits de ses nombreuses îlectures.
Une importante et très juste remarque a été formulée par le chancelier Daguesseau (1G68-175I), relativement au profit à tirer de ces annotations et extraits : « La grande utilité, et le fruit solide de ces sortes de travaux, n'est que pour celui qtil les fait soi-même, qui se nourrit par là à loisir de toutes les vérités qu'il recueille, et qui les convertit dans sa propre substance-. »
Ces notes de lectures, les uns les inscrivent sur des cahiers ou des registres; d'autres, sur des feuilles
\. Ap. Sainte-Beuve, Portrailii de fetnmrs. p. 107.
2. Daguesseau, Instruct.ions sur les études propres ;i former un magistrat, I, Œuvrer choifties, p. 218. (Paris. Didot. 1871; in-18.) A propos do cette « pâture spirituelle que nous recevons par la lecture ■>, Joseph de Maistre (les Soirées de Saint-Pélershourg, t. H, ]>. 09; Lyon, Pélagaud, 1870) constate que, dans cette opération, " chaque esprit s'approprie ce qui convient plus particulièrement à ce qu'on pourrait appeler son tempérament intellectuel, et laisse échapper le reste. De là vient que nous ne lisons pas du tout les mêmes choses dans les mêmes livres; ce qui arrive surtout à l'aulre sexe compaié au nôtre, car les femmes ne lisent |)oint comme nous. ■■ Cf. aussi supra, t. I, pp. 156-108. des citalions de Gabriel Xaudé, de Sénèque. de Plutarque, etc.. relatives à celte même •• pâture spirituelle ».
séparées, sur des fiches. Celte dernière méthode est de beaucoup la meilleure; elle permet de classer ces documents par catégories et laisse toute liberté de rangerifient. On était jadis d'un avis contraire, et il n'y a pas très longtemps, il n'y a guère qu'un demisiècle, que l'emploi des fiches est unanimement préféré à celui des registres. Dans son Katechismus, publié en I80O, le bibliographe allemand Petzholdt (1812-i891)proscrit les catalogues sur fiches', aujourd'hui universellement employés, à l'exclusion des autres. Parmi les adversaires des fiches, on compte aussi le chancelier Daguesseau, qui, dans les conseils adressés à son fils sur la « manière de faire des extraits » de ses lectures-, objecte qu'avec des fiches, « il faut avoir toujours devant soi une multitude de feuilles ou de cartes détachées; et le cabinet d'un homme de lettres devient bientôt ou l'antre de la sibylle, dont les feuilles turbata volant rapidis ludibna ventis, ou la boutique confuse et dérangée d'un Cartier ». Selon lui, la méthode « la plus courte et la plus simple esl d'écrire tout de suite (sur un cahier ou recueil) les choses qui nous paraîtront mériter d'être extraites, et de marquer à côté de chaque extrait, sur une grande marge, la matière à laquelle il doit être rapporté ».
1. Cf. Graesel. Manuel de Bihliolhéconomie, p. 2.54, Irad. Jules Laude. (Paris, Weller. 1897.)