‹ Le livreChapitre 55 sur 152 · Jules Levallois, op. cit., p · texte numérisé non relu

Jules Levallois, op. cit., p

1. Causeries du lundi, t. XV, p. 579. C'est encore à Sainte- Beuve [op. cit., t. IL p. 512) que j'emprunte, à propos de relectures, les anecdotes suivantes, relatives au mari de la célèbre Mme Geoffrin (1699-1777) : ■• II paraît avoir peu compté dans sa vie (dans la vie de Mme Geoffrin), sinon pour lui assurer la fortune qui fut le point de départ et le premier instrument de la considération (ju'elle sut acquérir. On nous représente M. Geoffrin vieux, assistant silencieusement aux dîners qui se donnaient chez lui aux gens de Lettres et aux savants. On essayait, raconte-t-dn, de lui faire lire quelque ouvrage d'histoire ou do voyages, et, comme on lui donnait toujours un premier tome sans qu'il s'en aperçût, il se contentait de trouver « que l'ouvrage " était intéressant, mais que l'auteur se répétait un peu ». On

que dérangement : l'essentiel est qu'elles soient vives. Mais soyez tranquilles sur le résultat : toutes celles de ces admirations qui sont bien fondées, et si lui-même, lecteur, en son âme secrète, n'est pas devenu, dans l'intervalle, moins digne d'admirer le Beau, toutes ou presque toutes gagneront et s'accroîtront à cette revue sincère : les vraiment belles choses paraissent de plus en plus telles en avançant dans la vie et à proportion qu'on a plus comparé. »

Et, pour conclure :

« Sachons bien que la plupart des hommes |de ce temps qui sont lancés dans le monde et dans le>-aflaires ne lisent pas, c'est-à-dire qu'ils ne lisent que ce qui leur est indispensable et nécessaire, mais pas autre chose '. Quand ces hommes ont de l'esprit, du

ajoute que, lisant un volume de V Encyclopédie ou de Bayle, qui était imprimé e^ur deux colonnes, il continuait, dans sa lecture, la ligne de la première colonne avec la ligne correspondante de la seconde, ce qui lui faisait dire •• que l'ou- '■ vrage lui paraissait bien, mais un peu abstrait ». Ce sont là des contes tels qu'on en dut faire sur le mari eflacé d'une femme célèbre. Un jour, un étranger demanda à Mme Geoffrin ce qu'était devenu ce vieux monsieur qui assistait autrefois régulièrement aux diners et qu'on ne voyait plus? — <• C'était mon mari : il est mort. ■■

i. Cf. le mot de Mme Swetchine {Pensées, ap. comte de Falloux, Mme Stvetchine, sa vie et ses œuvres, t. II, p. 88) ; .. On lit tout à présent, hors les livres » ; et Charles Nodier {V Amateur de livres, dans les Français peints par eux-mêmes, t. 11, p. 82) : '■ (Les bibliophiles disparaissent) ... Aujourd'hui l'amour de l'argent a prévalu : les livres ne portent point

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i^oûl, cl une certaine prétention à passer pour liKéraires, ils ont une ressource très simple, ils font semblant d'avoir lu. Ils parlent des choses et des livres comme les connaissant. Ils devinent, ils écoutent, ils choisissent et s'orientent à travers ce qu'ils entendent dire dans la conversation. Ils donnent leur avis et finissent par en avoir un, par croire qu'il est fondé en raison '. »

d'intérêt.... Nos ijrands seigneurs de l.i politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d'Élat, nos grands hommes de lettres, sont généralement hihlioplioljes. "

i. Sainte-Beuve, up. cit., t. II, p. 379. Sainte-Beuve nous avertit encore (o//. cit., t. XI, \>. 22) (jue - le théâtre est ordinairement la littérature des gens du monde <jui n'ont pas le temps de lire ». Déjà, au xvnr siècle, Vauvenargues disait (De l'Amour des sciences et des lettres : Œuvres choisies p. 109; Paris, Didot, 1858; in-I8) : « La plupart des hommes honorent les lettres comme [ils honorent] la religion et la vertu; c'est-à-dire comme une chose qu'ils ne peuvent ni connaître, ni pratiquer, ni aimer. ■>

Le beau livre, le livre de luxe, a naturellement trouvé, de tout temps, des appréciateurs et des admirateurs * : on ne peut méconnaître, en effet, pour le simple usage même, pour la lecture ou lélude, le très puissant attrait et toute l'importance

1. Il a ausrii trouvé parfois, à différentes époques, des dénigreurs et contempteurs. Aux premiers siècles de l'Église, saint JÉRÔME (551-420j condamnait les dépenses faites pour rornementation des livres : <• On teint les parchemins en pourpre, dit-il, on les couvre de lettres d'or, on revêt les livres de pierres précieuses, et les pauvres meurent de froid à la porte du temple : Gemmis codires vestiuntur, et nu- (luft anle fores emoritur Christus. « {Ap. Géraud, Essai sur les livres dans i'anticjuilé, p. 158.) Plus tard, les disciples de saint Bern.\rd (1091-1155). les austères religieux de Cîteaux. blâmaient sans relâche leurs confrères et rivaux, les bénédictins de Cluny. d'enluminer et adorner les manuscrits, et il y avait même un des statuts de leur règle qui leur défendait d'employer, dans la confection des manuscrits, l'or, l'argent et même les vignettes. (Cf. Lecoy de la Marche, les Ma7iitscrits et la Minialure, pp. 16Ô-164; et Géraid, op. rit., p. 55.) <• Nombre de petites communautés de Cîteaux ont laissé corrompre et pourrir de beaux manuscrits, ou en ont donné les feuilles à leurs cuisiniers pour mettre sous la pâte, envelopper leur tabac, ou vendre aux éjiiciers et beurriers. •

que possède l'exlérieur du livre : — un format commode, ni trop grand ni trop petit; un caractère d'impression bien net et suffisamment gros, que l'œil perçoive aisément et suive sans fatigue; un papier de bonne qualité, dont, notamment pour nos papiers d'aujourd'hui, la blancheur ne miroite pas et n'éblouisse pas le regard ; enfin une correction de texte irréprochable '.

(Dom Gliton, ancien bibliothécaire de l'abbaye cistercienne de ClairvaiiK, 17ii. <iji. FcriTiAULT, /es Légendes: du livre, j). 'iOO.) .. Nous lison?i, au contraire, dans la Vie de saint Bonifacê. apôlie de l'Alloniagne, que, parmi les livres «ju'il fit venir d'Angleterre, se trouvaient les Pupitres de saint Paul écrites en lettres d'or. Le même saint priait une abbesse copiste de transcrire pour lui les Épîtres de saint Pierre avec de fencre d'or, et cela par respect pour les Saintes Écritures. •• (Géraud, op. cit., pp. 55-54.^

i. "La correction, la plus belle parure des livres. ^. (G.-A. Crapelet, Études jnyitiques et littéraire sur la lypograpliie, p. 20. )Le célèbre imprimeur vénitien Aide Mamice disait qu'il voudrait racheter d'un écu d'or toute faute pouvant se rencontrer dans ses livres : « ... Sic tamen doleo, ut, si possem, mutarera singula errata nummo aureo ». (.!/>. Ambroise FiRMiN-DiDOT, Essai sur la typograjihie, col. 047.) Une légende rapporte •• que Robert Esticnne exposait des épreuves devant sa maison, voisine du Collège de Beauvais et des Écoles du Droit Canon (c reginne Scholx Decretorum) situées rue Saint-.lean-de-Beauvais. et (ju'il donnait une récompense aux écoliers qui y découvraient des fautes. Si ce moyen a été employé par Roliert Estienne, il n'a pu lui sauver que des incorrections très légères, car ce savant imprimeur avait lu et relu ses épreuves avant de les exposer, et les écoliers n'étaient pas de force à découvrir des fautes graves après la lecture d'un homme aussi habile et aussi exercé flans ce genre de travail. D'ailleurs, le fait en lui-même, qui n'est rapporté que comme un on-dit par Jans. Almelovcen dans

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Nouh; avons vu ce que disait David Ancillon ' : « Il est certain que moins les yeux ont de peine à lire un ouvrage, plus l'esprit a de liberté pour en juger; comme on y voit plus clair, et qu'on en remarque mieux les grâces et les défauts lorsqu'il est imprimé que lorsqu'il est écrit à la main, on y voit aussi , plus clair quand il est imprimé en beaux caractères et sur du beau papier, que quand il l'est sur du vilain et en mauvais caractères-. »

Et « notre bon Rollin » : « Une belle édition, qui frappe les yeux, gagne l'esprit, et, par cet attrait innocent, invite à l'étude^». « Tous ceux qui aiment les livres comprendront cela », ajoute M. Mouravit^

sa Disserlalio de Viiis Slephanorum, me paraît fort douteux, » etc. (G.-A. Chapelet, op. cit., pp. 215-'214.) Et lord Byron à son imprimeur Murray : « Je me soucie moins que vous ne pourriez croire du succès de mes ouvrages, mais la moindre faute de typograpliie me tue.... Corrigez donc, si vous ne voulez me forcer à me couper la gorge. » {Ap. Id., op. cit., p. 504.) Ambroise Firmin-Didot (op. cit., col. 618) dit très justement, en parlant des coquilles, que <■ ces erreurs et transpositions de lettres blessent encore plus IVeil typographique qu'une note fausse ne blesse une oreille musicale ".

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