‹ Le livreChapitre 56 sur 152 · Cf. supra, t. I. p · texte numérisé non relu

Cf. supra, t. I. p

2. A p. Bayle, Dictionnaire historique et critique, art. Ancillon, l. II, p. 70. (Paris, Desoer, 1820.)

3. A)>. IMour..vviT. le Livre et la l'clile Bibliulhèque d'amateur, p. 159.

4. Ibid. Voici un exemple qui confirme lassertion du ■< bon Rollin » : • Un de nos illustres contemporains, grand ami dos livres, se plaît, en montrant sa riche liibliotlièque. à déclarer qu'il étudie avec plus de facilité dans un bel exemplaire, et qu'il choisit toujours pour cela celui dont le i)api(M-

Écoulez encore, tlu même sagace bibliographe, cette ingénieuse et concluante comparaison, où le livre mal imprimé et défectueux est assimilé au lecteur qui hésite, ânonne, se reprend et se fourvoie sans cesse :

« Qu'un lecteur malhabile entreprenne de vous lire une belle œuvre : si ses hésitations, ses intonations fausses, la rudesse de son organe, la gaucherie de son interprétation, brisent constamment vos efforts pour être attentif, et émoussent en vous, si l'on

est le plus ferme au Loucher et la juslilicalion typographique la plus aii:réahle à lœil. Nous sommes tout à fait de son avis : il sort d'un beau livre une sérénité calme, une heureuse harmonie, qui rendent attrayants les plus graves travaux. En vérité, c'est une chose très désirable, dans un livre, que la bonne condition; elle annonce presque toujours d'ailleurs la bonne édition, dont la recherche indique un nouveau genre de préférences, plus sérieuses que les préférences artistiques. » (Antony MÉnAV. les Diverses Façons d'aimer les livres : Annuaire du Bibliophile, ISOl, p. 150; Paris, MeugnoL 1861.) Remarquons cependant que « les beaux livres » ne sont pas et ne peuvent pas être des instruments de tiavail. M. Henri Beraldi (cité par Mme Renée Pingrenon, la Vénération du livre, Revue hiljlio-ironograiihicjue, février VJOi, pp. 88-89) dit à ce sujet : " ... Vous n'êtes pas sans posséder probablement quelques plats ou quehjues assiettes de vieille faïence? — Oui, certes, comme tout le monde aujourd'hui. — Mangez-vous dedans? — Par exemple! Poiu- les casser! Je les accroche aux murs comme ornement, et je les regarde. — Eh bien! cher monsieur, il en est de même des livres. Pour lire, je prends des volumes Charpentier et Hachette (2 fr. 75). Mais les livres rares ne sont pas des instruments de travail, ce sont des objets de curiosité précieux, faits i)0ur être manipulés modérément et avec précaution, tout couiine une |)0rcelaine de Chine. •

peut dire, le sentiment de la lecture, le plaisir que vous vous étiez promis ne deviendra-t-il pas un supplice? et quel profit rapporterez-vous de ce labeur? Ainsi en est-il d'un livre où les incorrections, Timperfection du tirage, le peu d'élégance ou l'usure des caractères offensent le regard, lassent la patience et mettent à chaque instant le lecteur en défiance de l'exactitude du texte qu'il a sous les yeux. Avec quel plaisir, au contraire, — plaisir intime et charmant, — l'intelligence se laisse aller à suivre ces élégantes petites avenues, si gracieuses, si bien alignées, où le spectacle qui se déroule le long du chemin apparaît mille fois plus attrayant et sympathique; avec quelle jouissance l'homme sérieux dévore ce volume, où l'exactitude scrupuleusede la correction, Tégalilé parfaite du tirage, le choix intelligent et délicat d'un type approprié à la nature de l'œuvre, viennent s'ajouter à la beauté des caractères, aux harmonieuses proportions du format et de la juslip CM lion* ! »

C'est ce qui faisait dire à l'un des anciens historiens de l'imprimerie, à André Chevillier (1656-1700): que « rien n'est plus agréable aux yeux » qu'un beau livre, et qu' « on ne se lasse point de le regarder- ».

1. Op. cjL, pp. 162-165. La juslificalion, c'esl-b-dhe «la loniriu'ur des lignes ». (Littrk. Dirlionnnire.)

2. C'est à propos du Corps du Droit civil, avec les commcnlaires dAccurse. imprimé à Paris, en ioH\, en cinq

Et ce n'est pas seulement aux yeux, mais à la main, au toucher, qu'un beau livre est agréable : « Je deviendrais aveugle que j'aurais encore, je le crois, du plaisir à tenir dans mes mains un beau livre, s'est un jour écrié Silveslre de Sacy (1801-1887)'. Je sentirais du moins le velouté de sa reliure, el je m'imaginerais le voir. J'en ai tant vu ! »

« Il en est de la forme !et de l'aspect extérieur] des livres comme de la physionomie des personnes, a-t-on ingénieusement remarqué^ : l'impression que l'une et l'autre produisent est favorable ou fâcheuse, indépendamment du mérite des individus et des ouvrages. »

voluinos in-folio, que Chevillier témoignait cet enthousiasme, enthousiasme qu'il explique, d'ailleurs, el justifie par la description détaillée, et en quelque sorte technique, de l'ouvrage en question : •■ ... Livre où l'on voit, dans une même page, un très grand travail, toutes sortes de bons caractères gros et menus, une bonne encre, le rouge mêlé agréablement avec le noir, le grec bien formé, cinq ou six colonnes d'impression; les lignes bien droites, les mots bien assemblés, ime bonne correction, enfin une feuille chargée de différents caractères, et le tout sans confusion. C'est, à mon avis, un chef-d'œuvre de l'art, et ce que j'ai vu. en matière d'imprimerie, de plus accomjili, et de plus agréable aux yeux. On ne se lasse point de regarder ce livre quand on l'a en grand papier, » etc. (André Chevillier, /'Orif/ine île l'/iiijtrimcrie de Paris, \). (iO. Pans, .Jean de Laulne, lOiU.) Cf. aussi, sur cet ouvrage, ce " chef-d'œuvre de l'art », imprimé par Olivier Ilarsy, Ambroise Fir.min-Didot, op. cit., col. 789.

l. Variétés litléraire.'i, t. 1. p. 'l'tO, Catalogue de la bil)liothèque de feu J.-.I. de Hure.

'2. M. DE L" (.S(''). <^)>- FEnTiAULT, les Amoureux du livre, p. "O'.l.

Voici, d'autre part, en quels termes émus et précis, nettement et minutieusement circonstanciés, un de nos contemporains, que les merveilles du ciel ne sont pas seules à passionner, qui sait comprendre et admirer toutes les splendeurs, M. Camille Flammarion ( I842-. . . ,), a décrit le bon/ieur de la bibliophilie :

« Prendre dans ses mains un beau livre, d'une édition soignée, agréable à lire au point de vue typo= graphique, bien imprimé, larges marge-', bon papier, reliure élégante, gravures de maîtres, pas trop lourd à la main, et regarder ce livre avant de le lire, le dos appuyé dans un fauteuil confortable, la lampe derrière soi, le parcourir, en prendre possession, et le lire ensuite à loisir en en savourant toutes les qualités de pensée et de style; puis le retrouver plus tard sur les rayons d'une bibliothèque non fermée, accessible à tous les caprices de la main, en compagnie d'une quantité d'autres non moins hautement appréciés : c'est là un exquis plaisir de l'esprit, qui rend toujours trop brèves et trop fugitives les heures passées dans la bibliothèque. Oh! que les livres sont de bons amis ! Nous les choisissons à notre goût*, nous les consultons, ils nous sont tidèles, ils nous instruisent, nous éclairent, nous guident, nous consolent.

1. •< Les livres sont des amis, de bons amis, que nous choisissons à notre gré, » etc. : voir, à propos de cette comparaison, notre tome L page 217, note '2; et infra, pages 154, 158 et s., citations d'Edouard Laboulaye, d'Alexandre Piedagnel et de Jacques Normand.

livrp:s de luxp: et bouquins. 151

C'est une société intellectuelle, intelligente, distinguée, de tous les temps, de tous les pays, que nous associons à notre esprit en nos heures de rêveries, de méditation et de repos'. »

Mais, à côté des luxueuses publications et des coûteuses raretés et merveilles de Timprimerie, les volumes à bon marché, les humbles et pauvres livres, les « bouquins », pour les appeler par leur nom vulgaire^ ont eu aussi leurs apologistes. Voici les belles

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