‹ Le livreChapitre 71 sur 152 · rll.., p. "i · texte numérisé non relu

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le Médecin ■>nalgrr lui ou la Comtesse (VEscarbagnas. S'il nous faut un franc amusein-, qui ne nous induise point en tentation de philosopher, prenons Regnard. Le Retour imprévu, les Ménechnws, le Distrait, me font toujours rire aux éclats. C'est comme cela que, dans mon fauteuil, je vais au spectacle.

« Est-ce là un hiver bien employé, bien rempli, qu'en dites-vous? \ a-t-il eu place une minute pour le désœuvrement, pour l'ennui? Non, certes. Mes livres m'ont, j'espère, tenu bonne compagnie'.... »

Il est bien entendu qu'un tel calendrier n'a rien d'absolu, qu'il ne peut être que « très arbitraire »^,

— l'auteur nous en prévient tout le premier : il n'a voulu nous donner « que de simples indications » ",

— et que c'est à chacun de nous, à chaque ami des livres et des Lettres, à répartir lui-même ses lectures selon les saisons et selon ses goûts.

\. Op. cil., p. 58.

'i. Op. rit., p. 52.

T). 0]j. rit., p. iô.

Quelle influence la lecture des romans exerce-t-ellc sur l'esprit et particulièrement sur la moralité du public? Cette influence peut-elle être dangereuse?

L'austère janséniste Nicole (1025-1695) n'hésitait pas à considérer romanciers et poètes comme des « empoisonneurs publics^ », et un célèbre médecin protestant affirme que, « de toutes les causes qui ont nui à la santé des femmes, la principale a été la multiplication des romans depuis cent ans^ ».

Sans aller aussi loin, Renan, lui, prétend que, dans notre siècle, « la lecture presque exclusive des

1. « Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des àme«.... ■■ (Nicole, ap. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. VI, p. 108.)

2. Jean Darche, Essai sur la lecture, p. Ht. Et le pieux .Jean Darche ajoute en cet endroit : » Consultez les hommes ijtU pensent bien, tous attribueront au roman la perversité qui règne dans le monde ». — ■• C'est l'imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création; et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre, » a écrit Paul-Louis Coiriei!. (Lettres au rédacteur du Censeur, X : Œuvres, p. 61; Paris, Didot, 186r).)

romans devint pour les femmes une véritable cause d'abaissement' ».

GcETHE, « le plus grand des critiques^ », ne voyait pas les choses sous un jour aussi sombre, et voici, d'après son fidèle auditeur et disciple Eckermann, l'opinion qu'il professait à ce sujet : « ... La conversation en vint alors aux romans et aux pièces de théâtre en général, et à leur influence morale ou immorale sur le public. « Ce serait malheureux, dit « Gœthe, si un livre avait un effet plus immoral que « la vie elle-même, qui, tous les jours, étale avec « tant d'abondance les scènes les plus scandaleuses, « sinon devant nos yeux, du moins à nos oreilles. « Même pour les enfants, on ne doit pas être si « inquiet des efl'ets d'un livre ou d'une pièce. La vie « journalière, je le répète, en apprend plus que le « livre le plus influent. — Cependant, remarquai-je, « devant les enfants on prend garde de ne rien dire « de mal. — On a parfaitement raison, répondit « Gœthe, et moi-même je ne fais pas autrement, « mais je considère cette précaution comme tout à « fait inutile. Les enfants sont comme les chiens, ils « ont un odorat si fin, si suJjtil, qu'ils découvrent et « éventent tout, et le mal avant tout le reste''. »

1. Ernest Renan, Réponse au discours de réception à l'Académie française de M.Jules Clarelie : Feuilloi détachées, \>.'-l'j\.

i. Cf. xupra, t. I, p. 18!».

3. GœTHE, Conversations recueillies par Erkermcuin, trad. Délerol, t. II, p. 'tl'L

Descartes (1596-1650), de son côlé. reconnaît que « la gentillesse des fables réveille Tesprit,... que la poésie a des délicatesses et des douceurs très ravissantes ' »

Élevant et étendant le débat, TrncoT (1727-1781) affirme, lui, que « les auteurs de romans ont répandu dans le monde plus de grandes vérités que toutes les autres classes réunies- ».

Turgot, en émettant cet avis, que daucuns pourront trouver hyperbolique, songeait certainement à l'auteur de Don Quichotte, à celui de Gil Blas, à celui de Clarisse Harlowe, à' celui de Candide et de Zadig. à celui de la Nouvelle Héloïse, etc. Quoi qu'il en soit, un juge des plus éclairés et des plus compétents en la question, le grand liseur et grand lettré DoiDAN, à qui j'ai fréquemment recours"*, n'est pas loin de partager l'opinion de Turgot : «... C'est pourtant par les bons romans que la France, l'Angleterre et rAlleinagnc ont été en partie civilisées, lis ont plus contribué que toutes les prédications pédantesques à faire passer dans la masse des hommes des étincelles d'esprit poétique; ils ont

1. Discours de la Méthode, p. 12. (Paris, Didot. 1884: in-18.) '2. .4/;. Albert Collignon, ta Vie littéraire, p. 7y2]. 5. C'est Doudan, ainsi que nous l'avons vu (p. 57), qui, n'aimant pas à lire <• ces livres à surprises, le dos tourné, comme un condamné qu'on mène sur une charrette à l'échafaud, » allait droit au dénouement et commençait la lecture des romans par la fin.

donné aux sociétés la délicatesse, le goût des sentiments élevés. Ils ont fait dans les temps nouveaux ce qu'on prétend qu'a fait la chevalerie au moyen âge'.... »

Mme DE Sévigné (1626-1696) n'avait pas tout à fait la même confiance en la salutaire vertu des romans ; il est vrai qu'elle pensait, elle, aux récits de d'Urfé, de Mlle de Scudéry et de Mme de Lafayette, et qu'il n'est rien d'absolu en ce bas monde. Voici ce qu'elle écrivait à sa fille, à propos de sa petite-fille Pauline de Grignan- : « Je ne veux rien dire sur les goûts de Pauline pour les romans : je les ai eus avec tant d'autres personnes, qui valent mieux que moi, que je n'ai qu'à me taire. Il y a des exemples des effets bons et mauvais de ces sortes de lectures : vous ne les aimez pas, vous avez fort bien réussi; je les aimais, je n'ai pas trop mal couru ma carrière : tout cM sain aux sains, comme vous dites. Pour moi, qui voulais m'appuyer dans mon goût, je trouvais qu'un jeune homme devenait généreux et brave en voyant mes héros, et qu'une fille devenait honnête et sage en lisant Cléopâtre. Quelquefois il y en a qui prennent un peu les choses de travers; mais elles ne feraient peut-être guère mieux, quand elles ne sauraient pas lire. Ce qui est essentiel, c'est d'avoir

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