Le Juii.rnal, numéro du 10 novembre lltO
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bibliothèque, un vieux monsieur à l'air fort pauvre, qui désirait lui parler. C'était M. Bryan. Il dit simplement : « Je voudrais revoir mes livres ». On le plaça devant ces belles reliures; et, en feuilletant celle Notre-Dame de Paris et ce Paul et Virginie^ il les regardait avec de tels yeux que M. de Heredia se demanda si le donateur ne rêvait pas de les reprendre. Mais non, il s'éloigna tranquillemenf . Deux jours plus lard, on a|)i)renail qu'il sélait tué : a\ant de se donner la mori, il avait tenu à contempler une dernière l'ois ces livres qui avaient jadis tant réjoui ses yeux.
Une des plus singulières morts que les livres aient causées, c'est celle du marquis de Chalabbe (xix'" siècle), succombant au désespoir qu'il éprouvait de ne pouvoir se procurer un volume qui n existait pas, une Biljle, a qu'en un moment d'humour, avait inventée Charles Nodier' ».
1. MouRAViT, op. cit., p. '28. Les bibliophiles- ont été plus d'une fois ;i l'alTùl de livres introuvables, voire de livies imaginaires et imaginés. « Lheureux mortel qui ferait la trouvaille de V Historique Description du solitaire el sativaye pays de Médoc, par feu M. de la Boëtie, conseiller du Roy en sa cour de Parlement, à Bordeaux, etc., etc. (Bordeaux, Millanges, 1595, iu-12), deviendrait du coup presque célèbre et presque riche. Depuis plus d"un siècle et demi, on cherche cette Historique Description, dont l'existence même a été mise en doute. Le livre est pourtant mentionné, avec son titre très détaillé, dans la Bibliothèque historique. » (Revue bibliographique belge, 1902, citée par le Journal de la Jeunesse, 15 septembre 1902, Supplément.) A propos du marquis de Chalubre, je glane cette anecdote dan?- 17/(;.-
PÉTRARQUE (1504-1574) mourut en belle place, el comme devrait mourir tout bibliophile. Ses gens s'étonnaient de ne pas le voir sortir de sa bibliothèque : « Il y reste bien longtemps aujourd'hui... Peut-être est-il malade ? » Doucement on entre, on s'approche.... 11 était assis près de la fenêtre, un livre entre les mains, sans bouger. « Il dort sans doute.... » Mais non :
Sur son Virgile ouvert le doux Pélraïque est mort'.
Le journaliste Armand Bertin (1801-1854), directeur des Débats, qui possédait une des plus belles
loire de V imprimerie, de Paul Dupont (t. IL p. 177) : '■ ...Le marquis de Chalabre avait légué sa bibliothèque à Mlle Mars. Cette bibliothèque était réellement du plus grand prix, mais Mlle Mars lisait peu ou plutôt ne lisait pas du tout. Elle chargea Merlin, son ami, de classer les livres du défunt et d'en faire la vente. Merlin s'acquitta de cette mission en toute conscience; il feuilleta et refeuilleta si bien chaque volume, qu'un jour il entra dans la chambre de Mlle Mars, tenant trente à quarante billets de mille francs, qu'il déposa sur une table. ■• Qu'est-ce que cela, Merlin? de- « manda Mlle Mars. — Je ne sais, Mademoiselle, dit celui-ci. « — Comment, vous ne savez"? Mais ce sont des billets « de banque. — Sans doute. — Où donc les avez-vous trou- « vés? — Mais dans un portefeuille pratiqué sous la cou- ■< verture d'une Bible très rare. Comme la Bible était k vous, « les billets de banque sont aussi à vous. •■ Mlle Mars prit les billets de banque, «pii. en efTet, étaient bien à elle, et eut grand"i»eine à faire accepter à Merlin, en cadeau, la Bible danti laquelle les billets de banijue avaient été trouvés. Ouant auxautres livres, auxquels il semble que cette aubaine inattendue aurait dû servir de rançon, ils n'en furent pas moins vendus aux enchères et à beaux deniers comptants, ;ui profit de la légataire. -•
l. Fertiault, les Légendes du livre, p. 49.
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collections de livres qui existât, s'éteignil de même dans sa bibliothèque. C'était quelque temps après la mort de sa femme, (ju'il chérissait. Très malade, moribond, il s'était l'ait transporter au milieu do ses livres, avait pris entre ses mains un volume particulièrement aimé de sa défunte compagne, et il le feuilletait, le contemplait, quand la mort vint lui clore les yeux*.
Jacques-Charles Brunet (1780-1867), l'auleur du Manuel <ln librnirr, mourut pareillemenl, assis dans son fauteuil, au milieu de ses livres, après une longue vie, toute consacrée à l'étude et au travail. Il pouvait se dire et disait de lui-môme : « ... Si le caractère et l'esprit ont été souvent dominés par le tempérament; si, par conséquent, je suis resté un homme médiocre,jenedois pas regarder cela comme un malheur, puisque j'ai été préservé de l'ambition, qui trop souvent tourmente les esprits plus brillants et plus ardents que le mien, et que, satisfait d'une modeste fortune, fruit de travaux utiles, j'ai pu jouir dune douce indépendance, et couler des jours paisibles, au milieu des agitations qui ont renversé, à côté de moi, tant d'existences en apparence dignes d'envie^ ».
C'est dans sa bibliothèque aussi que mourut le col-
1. Fertiault. op. cit., p. 28; et Drames et Cancans du livre p. 26.'î.