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Firmin Maillard, op. cit., pp

BIBLIOMANES ET BIBLIOLATRES. 245

ses paperasses, grelottant dans une guenille qui jadis avait été un manteau.

« Je n'ai pas froid, dit-il à M. Blancard, qui lui « taisait des ofîres de service; je ne fais jamais de « feu, et, quand la température est plus rigoureuse, « j ai un autre manteau tout neuf. .le me trouve « mieux à présent; j'irai pourtant chez le médecin « avec vous; j'ai voulu pourvoir à des besoins plus « pressés; j'ai été me confesser (c'était un calho- <i lique tervent) et je viens de faire mon testament. »

« A son concierge qui, pris de pitié en le voyant passer exténué, amaigri, lui offrait un bouillon et un verre de vin, il répondait doucement : « Mon « ami, les philosophes savent se passer de ces « choses-là ».

« La petite pension n'arrivait pas: il l'attendait anxieusement, mais n'en soufflait mol à personne.

« Il ne s'est pas alité et n"a pas même gardé la chambre: presque jusqu'au dernier jour, il alla travailler dans les bibliothèques; un matin, le concierge ne le voyant pas paraître monta à sa chambre et le trouva, comme toujours, assis devant sa table, mais la Icte tombée sur ses manuscrits. Il était mort... de n'avoir pas mangé depuis bien des semaines.

« Quelques heures après sa mort, arrivait la petite rente qu'il n'avait pu attendre plus longtemps. Cette rente, il la laissa par testament à l'église des Petits- Pères, ainsi que de précieux manuscrits à la Biblio-

thèque Mazarine. Il avait environ deux mille volumes et quelques objets d'art, qu'il a aimés jusqu'à la mort et qu'il ne lui est pas venu à l'idée de chercher à vendre — pauvre savant! — afin de durer un peu plus.

« Son concierg-e et son élève l'Arménien l'accompagnèrent seuls à sa dernière demeure.... « Le mal- « heureux est toujours seul, » disait-il souvent^ »

Non moins émouvante fut la fin du philosophe cartésien, catholique et libéral, Bordas-Demoulin (1798-1859), qui consacra son existence à l'étude et à la recherche de ce qu'il estimait être la vérité. Plein d'insouciance pour la vie matérielle, Bordas ne parvenait pas à se suffire à lui-même, et, maintes fois, sans quelques amis, il serait littéralement mort de faim. Il lui arrivait de garder le lit des journées entières, parce qu'il ne pouvait se tenir debout et encore moins marcher, tant élait grande sa faiblesse, duo au manque de nourriture. On le voyait toujours sordidement*vètu, chaussé de vieux souliers ramassés au coin des bornes, et toujours oublieux de sa misère, de ce qu'il appelait cependant « les extrémités terribles »^

Bordas-Dcmoulin « habitait une petite mansarde

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