‹ Le livreChapitre 95 sur 152 · Firniin Maillard, op. cit., pp · texte numérisé non relu

Firniin Maillard, op. cit., pp

2. Lakol'sse, Grand Dictionnaire, où l'article Bordas-Demoulin est très bien traité. Voir aussi François Hlet (1816-1865), Histoire de Bordas-Demoulin. (Paris, Hetzel, 1861; in-1'2.)

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de la rue des Postes, où il vivait dans le travail el dans la pauvreté, et, la veille du jour où il s'alita, il était descendu dans la rue, se traînant avec peine, pour acheter, des derniers sous qui lui restaient, son triste déjeuner. Passant devant l'étalage dun bouquiniste, il aperçut une brochure traitant de sujets qui l'intéressaient; — en Tachetant, il ne lui restait plus rien...; il n'eut ni hésitation ni lutte : il l'acheta, et remonta tranquillement dans sa mansarde, d'où il ne devait plus sortir que pour aller mourir à l'hôpital '. »

Citons encore le professeur el écrivain genevois Gaullieur (1808-1859), qui, « sobre comme un ascète, ayant l'art de porter vingt ans le même habit sans sordidité, économisait sou par sou sur un maigre traitement, sur sa pitance, sur ses vêtements, sur tout, pour pouvoir, nous apprend le journaliste el critique Henri de la Madelène\ venir de temps en temps à Paris, avec un petit sac d'écus, à la chasse des livres rares. Il fallait le voir à la salle Silvestre, certains jours de ventes célèbres! Quelles émotions et quelles angoisses! Aurait-il assez d'argent pour rester dernier enchérisseur du livre envié, et ses

1. Firmin Maillard, op. rit., pj). li.S-lW. M. Fiimin Mai!- Innl, (jui écrit toujours Bordas-Dumoulin (au liou do Domoulin), signale « une page émouvante do M. .lohn Lomoine [Lemoinne] sur la moit de ce grand j)hilos<)])hc ■.

2. Article cité dans L'Evcueinent, numéro du '27 avril 18(10.

rivaux n'allaient-ils pas le pousser au delà de ses forces? Gomme il respirait largement, après ces victoires si chèrement achetées, et comme il s'enfuyait bien vite avec sa conquête! Un jour, il m'en souvient, je le rencontrai rue de Seine. Il déjeunait, en marchant, d'un petit pain d'un sou, et feuilletait avec ivresse un petit in-douze, relié en parchemin, merveille typographique de Jean de Tournes, célèbre imprimeur lyonnais. Le brave Gaullieur venait, sans hésiter et tout ravi de l'aubaine, de payer ce bouquin quelque chose comme dix louis. Ah! l'heureux homme, et la belle journée! et que ce petit pain d'un sou était bon à manger ce malin-là M »

1. Napoléon I'" aurait droit aussi de figurer sur celte liste des " passionnés du livre ■• ; il fut, selon l'expression de M. Gustave Mouravit (Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, janvier et février 1905. pp. 15 et 61-62), << bibliophile au meilleur sens du mot...; il cherche exclusivement dans le livre ce pour quoi, avant, tout, un livre est mis en lumière, savoir : l'acquisition des notions qui font défaut à l'esprit, la rectification ou la confirmation des notions acquises ".Voici le témoignage fourni par M. Frédéric Masson et emprunté par lui à un livre, — une sorte de roman, il est vrai, — tout à fait oublié aujourd'hui, Napoléon en Belrjifjue cl en Hollande, 1811, par Charlotte de Sor[Mme Eillaux, née Desorniaux] (Paris, Gustave Barba, 1858, 2 vol. in-8 : cf. QuÉRARD, Supercheries littéraires, t. I, col. 921-922; et Mou- R.wiT, loc. cit.. avril 1904, p. 168) : ■■ Oui (c'est Napoléon qui parle), je trouvais le moyen de payer la pension de mon frère. Savez-vous comment j'y parvenais ? C'était en ne mettant jamais les pieds au café ni dans le monde, en mangeant du pain soc à mon déjeuner, en brossant mes habits

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Parmi les plus insatiables acquéreurs de livres et les maniaques qui en achètent d innombrables quantités pour n'en rien faire, ne pas même les regarder, nommons :

Jean Harius (xvr siècle), chanoine de Gorcum, « qui, transportant ses livres à la Haye, en encombre tellement le port que la ville en est stupéfaite » et quil en reçoit le joli surnom de Jt'an des Livides. Achetée par Charles-Ouint. qui la rendit publique, cette bibliothèque « formidable » fut dispersée durant les guerres civiles de la Hollande'.

Le duc et maréchal dEstrées (IGOO-ITÔ/) : « Ce

qu'il amassa de livres rares et curieux, raconte

Saint-Simon-, détoffes, de porcelaine, de diamants,

de bijoux, de curiosités précieuses de toutes les

sortes, ne se peut nombrer, sans en avoir jamais su

moi-même.... Je vivais comme un ours, seul, dans ma pelile chambre, avec mes livres, mes seuls amis alors. Et ces livres, pour me les procurer, par quelles dures économies laites sur le nécessaire, achetais-je celte jouissance ! Ouand, à force d'abstinence, j'avais amassé deux ou trois écus de six livres, je m'acheminais, avec une joie d'enfant, vers la boutique d'un vieux bouquiniste qui demeurait près de l'évèché.... Souvent j'allais visiter ses rayons en faisant le péché d'envie. Je convoitais longtemps avant que ma bourse me permit d'acheter..,. •

i. Fertiault, /e.'« Légendes du livre, pp. 85 et 106: cl Driuiex et C'ineans du livre, p. 2fi.i.

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