‹ Le livre d'Abd-el-Kader intitulé: Rappel à l'intelligent, avis à lChapitre 11 sur 33 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Celui-là se trompe qui traite les Prophètes de menteurs et dont la raison croit pouvoir se passer des pratiques et des préceptes de soumission à Dieu, qu'ils ont révélés. Toutes les raisons, qui donnent la supériorité à la science et le blâme à l'ignorance, nous disent qu'il faut blâmer la confiance en des choses vaines ; car cette confiance est luie sorte d'ignorance, puisque l'ignorance consiste à croire à une chose fausse : l'homme se leurre toutes les

t'ois qu'il croit à uug chose qui répond à sa passion, et que Je motif qui le porte à y croire est un mauvais mobile.

I^s espèces de leiuTe et d'hommes leurrés sont nombreuses; nous n'en mentionnerons qu'une seule : celhî des hommes leurrés parle monde. Le présent, disent-ils, vaut mieux que l'avenir; ce monde est actuel, l'autre est futur, donc le monde présent vaut mieux, et c'est de lui et de ce qui le regarde qu'il faut s'occuper. Ils disent aussi : T^e certain vaut mieux que le douteux; les plaisirs de ce monde sont surs, et ceux de l'autre monde incertains, nous n'abandonnerons pas le réel pour le douteux.

Le remède à cette erreur est de croire aux paroles des Prophètes ou à l'évidence de la démonstration. La simple croyance aux Prophètes est à la portée de la foule, et c(»lui qui la possède échappe au leurre; il est comme l'enfant à qui son père dit que la présence à l'école vaut mieux que la présence au jeu; et cependant l'enfant ne sait pas quelle est la meilleure des deux.

L'évidence de la démonstration fait connaître la fausseté de cet argument qui a deux prémisses : la première que le monde est présent et que l'autre est futur, ce qui est vrai ; et la seconde que le présent vaux mieux que le futur, ce qui n'est pas; car si le présent avait la même valeur que le futur, il serait meilleur sans doute; mais si sa valeur est moindre, le futur vaut mieux. Celui qui se leurre substitue dans son commerce un dirhem présent à dix qu'il aurait dans l'avenir ; qu'il ne dise donc pas : Le présent vaut mieux que le futur, donc je m'attache au présent.

Lorsque le médecin met en garde un malade contre les fruits et les mets succulents , le malade les laisse sur-le-champ, craignant pour l'avenir la douleur du mal ; il sacrifie le présent à l'avenir: les commerçants montent tous sur la nier et se fatiguent présentement dans les voyages, pour gagner et se reposer dans l'avenir. Si dix dans Tavenir valent mieux qu'un dans le présent, compare la durée du plaisir de ce monde à la durée du plaisir dans l'autre : le

lerine le plus éloigné de la vie de Thomme est cent ans , ce n'est pas un dixième de dixième d'une partie de l'autre vie; il laisse un pour prendre lui million, ou plutôt il prend ce qui u'a ni fin ni limite. S'il considère le plaisir, il voit que le plaisir de ce monde est troublé, mêlé de toute sorte d'angoisses, tandis que la jouissance de l'autre vie est pure, limpide : celui qui a dit que le présent vaut mieux que le futur, s'est donc trompé.

Quant à l'autre argument : « Le certain vaut mieux que le douteux, or le monde présent est réel, » il est plus faux que le premier ; si le certain vaut mieux que le douteux et même s'il lui est égal, comment le commerçant s'expose-t-il à luie fatigue certaine pour un gain douteux ? L'étudiant est dans le certain pour ses efforts et son labeur, et il est dans le doute s'il atteindra au rang des savants. Le chasseur, dans la battue du gibier, est dans le certain, et il est dans Tincertain quant à la rencontre du gibier. Tous ceux-là ont laissé le certain pour le douteux ; mais

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le coiumerraiit dit : Si je ne fais pas de négoce, je resterai avec la faim ; si j en fais, ma fatigue est petite et mon gain sera considérable. Il en est de même du malade qui boit un remède amer; il est dans le doute de la guérison, et il est assuré de l'amertume du remède; mais il dit : L'amertume est un petit mal en comparaison de la crainte que j'ai de la maladie et de la mort. Il en est de même de celui qui doute des paroles des Prophètes sur l'autre monde; il est obligé par la raison et la prudence, qui sont les qualités des hommes intelligents, de dire : Patiente pendant un petit nombre de jours; la durée de cette vie est peu de chose comparée à ce qu'on dit de la durée de l'autre vie; si ce qu'on en dit est un mensonge, il ne m'échappera que le repos et la jouissance pendant les jours de ma vie; mais si ce qu'on en dit est vrai, je resterai dans le feu pendant l'éternité; or, entre ces deux choses, il n'y a auciin rapport d'égalité. C'est pourquoi quelqu'un qui croyait aux Prophètes dit à un autre qui les traitait de menteurs :

(f Si ce que tu dis est vrai, tu te sauveras et nous nous sauverons; mais si ce que je dis est la vérité, nous nous sauverons et tu .périras [5o]. »

Quant à l'assertion que l'autre monde est douteux, c'est une erreur; car pour les hommes intelligents il est certain : le moyen de faire cesser cette erreur, c'est de croire aux Prophètes et aux Oulamas en ce qui concerne l'existence de l'autre monde et aux promesses et aux menaces que Dieu a faites aux obéissants et aux rebelles.

C'est ainsi que croit le malade qui ne connaît pas le remède de sa maladie ; tous les médecins étant d'accord que le remède qui lui convient est une certaine plante, le malade les croit^ et ne leur demande pas la preuve de la vérité de leur parole; il y croit fermement et s'y conforme, alors même qu'il resterait un fou ou un enfant pour les traiter de menteurs; le malade sait bien que les médecins sont plus nombreux que ceux qui les traitent de menteurs, et qu'ils sont supérieurs et plus savants qu'eux en médecine. Si le malade

s'appuyait sur la parole de Tinsensé et abandonnait celle des médecins , il serait lui-même insensé et tomberait dans Terreur.

Il en est de même de celui qui examine les hommes qiie l'autre vie attire et qui y ont foi, il les considère comme les plus élevés en raison et en science, et il trouve que ceux qui nient l'autre monde sont les plus vils parmi les hommes frivoles que dominent les passions matérielles. Mais comme le discours de l'insensé n'ôte pas au malade la confiance qu'il a aux médecins, de même le discours de ces hommes vains, réduits aux seules perceptions des sens, ne peut faire douter de la parole desProphètes et des Oulamas.

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