‹ Le livre d'Abd-el-Kader intitulé: Rappel à l'intelligent, avis à lChapitre 12 sur 33 · SI · texte numérisé non relu

SI

Il est certain que Thoinme est sociable par nature ; car s'il n'y avait dans la création que lui et les choses qui s'y trouvent naturellement, il mourrait ou sa vie serait misérable. L'homme a besoin de choses supérieui'es à celles que la nature seule produit; ainsi il a besoin d'une

nourriture préparée : les mets et les habillements ne lui conviennent que lorsqu'ils sont apprêtés et façonnés; ce qui nécessite l'usage d'un certain nombre de métiers pour rendre la vie plus commode. Un honniie seul ne peut pas exercer tous les métiers , il faut donc qu'il s'associe et se réunisse à d'autres, que celui-ci fasse du pain pour celui-là, et celui-là tisse pour celui-ci. Mais pour qu'un homme puisse faire connaître sa pensée à un autre homme, son associé, il a besoin d'en inventer le moyen : il le trouve dans le signe, la parole, l'écriture. Le signe exige un témoin ; la parole ne peut se passer de la présence et de l'audition d'un interlocuteur ; l'écriture ne dépend d'aucune de ces conditions ; elle est le signe suprême, un art propre à l'espèce humaine. La parole est plus noble que le signe, mais l'écriture est supérieure à la parole; car le signe ne s'applique qu à l'objet présent, c'est un moyen de diriger l'attention vers un côté déterminé. Le signe ne peut être que d'une seule ou de deux es-

pèces; il ne peut faire connaître la diversité dans les choses. Ainsi lorsqu'il désigne un objet qui a plusieurs qualités, on ne sait pas si, par ce signe, on a l'intention de faire connaître l'essence seule de l'objet ou Tune de ses qualités. La parole atteint ce but; car elle s'applique au:t choses réelles et aux choses idéales, à celles que le signe indique et à celles qu'il n'indique pas ; l'intention de celui qui parle se comprend clairement.

I/écriture est supérieure au signe et à la parole, et plus utile ; car la plume , quoiqu'elle ne parle pas, se fait entendre des habitants de l'Orient et de l'Occident. Les sciences ne s'augmentent, la philosophie ne se conserve, les récits et les paroles des anciens, les livres de Dieu ne se fixent, que par l'écriture. Sans elle, il ne s'établirait parmi les hommes ni religion ni société. L'écriture est l'œil des yeux ; par elle le lecteur voit l'absent ; elle exprime des pensées intérieures autrement que la langue ne pourrait le faire. Aussi a-t-on dit : La plume est l'une des

(\o{\\ langues, mais olh* (»st plus éloquente que la langue uiéuie. Par Técriture rhominc peut dire ce que quelqu'un, s'ad ressaut à un autre, ne pourrait pas lui communiquer par la parole ; elle parvient au but que la parole ne peut pas atteindre. Aussi les lois de Tlslâm ont-elles défendu d'enseigner l'écriture aux femmes pour qu'elles ne pussent pas, en écrivant k ceux qu'elles aiment, se ménager une rencontre avec eux : la connaissance de l'écriture eut été dans ce cas une cause de discorde [5i].

Il y a deux éloquences : celle de la langue et celle de l'écriture ; celle-ci a la supériorité, car ce que fixe la plume a la durée du temps, ce que dit la langue s'efface en peu d'années. Deux choses constituent la religion et le monde : le sabre et la plume ; mais le sabre est au-dessous de la plume. Oh ! que le poète a bien dit :

Dieu Fa ainsi décidé : le kalam, depuis qu'il a été taillé, a pour esclave le sabre, depuis qu'il a été affilé.

Nous avons dit que les qualités acquises par

le travail ajoutaient à l'iiilelligence une intelligence de plus ; récriture ajoute aux. arts pratiques une plus grande utilité, car elle contient des connaissances et des vues nouvelles; j^ar elle on passe des formes des lettres aux mots , des mots aux sens, d'un argument à un autre.

L'esprit, s'habituant chaque jour à cet exercice, parvient à acquérir la facilité d'arriver du signe à la chose signifiée ; c'est par ce complément de l'examen rationnel que l'homme acquiert les sciences qu'il ignore et arrive à accroître sa raison et son intelligence.

L'écriture, quoique plus utile que la parole , en dérive ; mais on trouve dans la branche et ce qui est dans le tronc et ce qui n'y est pas. La meilleure explication qu'on puisse donner de l'écriture, c'est de dire : Le corps de l'homme se complète par la poitrine, foyer de la chaleur naturelle; elle a besoin que l'air frais lui arrive de moment en moment, afin de conserver son harmonie et ne pas se consumer ; des organes ont donc été créés

— lîO —

pour riiitrodnction de l'air froid dans la poitrine. Si cet air restait un instant stationnaire, il s'échaufferait et se corromprait ; il faut qu'il sorte de la poitrine, et le Créateur, dans sa sagesse, a fait du souffle qui s'en exhale la cause productrice du son. Il a été facile ensuite de diviser ce son dans les diverses cavités où il était retenu, et cette division a produit des formes particulières qui sont les lettres : la combinaison des lettres produisit les mots. On attacha ensuite à chaque mot une idée, un sens particulier ; enfin on fut forcé d'arriver à l'écriture dont le besoin grandit de plus en plus. Il est évident que son introduction dans le monde dut être difficile ; car pour faire connaître chaque sens des mots, on eut besoin d'inventer un dessin particulier ; il fallait des dessins en nombre illi^ mité : on employa alors un moyen délicat qui fut d'inventer ce dessin particulier pour répondre à chacune des lettres simples articulées. Les dessins composés furent mis en correspondance avec'^les lettres composées, et l'écriture devint

ainsi facile. Voilà comment récriture est dérl* vée de la parole. Mais elle acquit un immense avantage : l'esprit d'un seul homme ne peiU pas inventer beaucoup de sciences ; lorsqu'il en a découvert un certain nombre et qu'il les a fixées au moyen de l'écriture, un autre homme vient qui en prend connaissance et invente une autre science qui s'ajoute à la première. Il est donc certain que c'est seulement à l'aide de l'écriture que s'accroissent les sciences.

su.

Les écritures des peuples de l'Orient et de l'Occident [Ss] sont au nombre de douze [53] : la persane, Xhimiarique^ \ arabe ^ la grecque , la syriaque^ Xhébraïque^ la latine^ la cophte, la berbère^ Xandalouse, \ indienne et la chinoise.

L'usage de cinq de ces douze écritures s'est

perdu; il ne reste personne parmi les hommes qui les connaisse, ce sont : Thimiarique, la grecque, lacoplite, la berbère et Tandalouse [54]; les autres sont usitées dans leur pays.

l'criture persane.

I/écriture persane, quoique d'un seul genre, a six esj^èces de caractères. Les lettres sont réunies dans les groupes suivants : abjd, /louziy Idmriy sfârch, tlidr [55]. Certaines lettres arabes manquent dans la langue persane, ce sont : le ta avec trois points dessus, le lia sans point, le sâdy le ddd^ le t^â^ le zây le àin sans point et le /*4/' avec deux points [56].

L'inventeur de l'écriture persane est Kalimourt, ou Rouioumart, troisième roi de Perse. Ce fut lui, dit-on, qui le premier parla en persan [57] ; le premier qui écrivit dans cette langue fut El-D'oh'h'âk [58], d'autres disent Feridoun [59].

Les rois de Perse ont eu deux époques : la première compte dix-neuf rois dont deux femmes [60] ; le dernier de ces rois fut Darius, fils deDariuS) que vainquit le Grec Alexandre [61]. I^s premiers individus s'effacèrent comme se sont effacées les nations qui ont passé. La seconde Perse eut trente rois dont deux femmes [62]; le premier de ces rois fut Ardechir [63], fils de Babek, fils de Sassân pour qui le Nard [64] fut inventé, le dernier fut lezdedjerd, fils de Chahriar [65] : ces rois furent les Chosroés. Le chiffre d'années le plus sûr de la durée de l'empire de Perse depuis le commencement du règne de Rahmourt, fils d'Amim, jusqu'à la chute de l'empire est de trois mille cent soixante-quatre ans [66]. Il se termina à la mort de lezdedjerd, fils de Chahriar, au temps du Kalifat d'Otmân, fils d'Affân, année trentedeux de l'hégire (652 de J.-C.J. Les Perses avaient peu de livres; ils ne devinrent remarquables dans le développement de la langue et l'expression de la pensée, qu'à l'époque de

Zoroastre, auteur de la loi des Mages, qui produisit son admirable livre dans toutes les langues, et força ainsi les hommes à apprendre l'écriture; ils devinrent habiles dans cet art [67].

Les dialectes des habitants de la Perse dans l'ancien temps étaient au nombre de cinq : le Pehle{>iy le Déri^ le Parsi, le K'ouzi et le Siriâni (Syriaque) [68].

Le Pehlepi vient de Pehla [69], nom qui s'applique à cinq pays : Ispahan, Er-raï, fiamdân, Nehavend et l'Azerbidjan.

Le Déri vient de la capitale du royaume; c'était la langue des habitants des villes ; elle était employée par les gens de la Cour (Der,).

Le Patsi était parlé par les Mobeds et les Oulamas ; c'était la langue des habitants de la province du Fars (d'où est venu le persan actuel).

Le Kouzi était parlé par les rois et les nobles entre eux et leurs familiers et compagnons.

Le Siriâni (Syriaque) était usité chez les habitants du Sawâd (la Chaldée) ; mais ce n'était pas un syriaque élégant.

Ecriture arabe.

Il est reconnu que le premier qui traça des caractères arabes, fut Morâmir, fils de Morra [70], habitant d'Ei-Anbar. C'est de ce pays que l'écriture se répandit parmi les Arabes. L'origine du caractère arabe est coufique. Les pointsvoyelles ne se produisirent dans le caractère arabe qu'après Tlslâm [71]. Celui qui transporta l'écriture d'El-Anbar dans le H'idjâz, futH'arb, fils d'Omeyya, ancêtre des Kalifes Omeyyades. La manière actuelle d'écrire fut tirée des caractères coufiques et mise en lumière dans la forme usuelle par Abou- Ali-Moh'ammed, fils de Mokla [72], vizir d'El-Moktadir billah l'Abbassité. Après lui vint Abou'l-H'aran Ali, fils de Helal, connu sous le nom d'Ibn-El-bawouâb [73] qui perfectionna cette manière, la revêtit de beauté et d'éclat. L'écriture arabe actuelle n'est

pas éloignée de Tépoque de son invention [74] ; car les anciens Arabes retenaient de mémoire et se transmettaient les connaissances par la parole qui leur tenait lieu d'écriture. Leurs poésies contenaient leur histoire et fixaient leurs journées et leurs combals. Il n'y avait parmi eux ni savant connu , ni philosophe renommé.

Ecriture himiarique.

Cette écriture a disparu, comme nous l'avons dit précédemment; elle s'appelait £1- Mosnad [75], ses lettres étaient séparées, disjointes. On empêchait le peuple de l'apprendre, il fallait pour cela la permission du roi. Lorsque la religion de l'Islam arriva dans l'Yémen, personne n'y savait lire ou écrire. On dit que le premier qui inventa l'écriture du Mosnad fut n'imiar, père des rois de l'Yémen, appelé

aussi Saba [76] parcequ'il étoiulit ses expéditions militaires dans les diverses contrées de la terre ; le mot saba vent dire : il a fait des prisonniers. Ce fut Ini qui fonda Sikilia [77] et beaucoup do villes de FOccident, qu'il posséda pendant cent ans. L'empire des rois de H'imiar s'étendit du côté de l'Occident jusqu'à Tanger et du côté de l'Orient jusqu'à Samarkand, ville de la Soghdiane ; celui qui y pénétra et la détruisit fut Chamar, fils d'Africouch. On appela cette ville Chamarkand^ c'est-à-dire : Chamar Ta détruite [78]; car le sens de kand^n persan veut dire : il a détruit. r,es Arabes arabisèrent le mot et dirent : Samarkand; ensuite l'idée vint à Chamar de la rebâtir, et il écrivit sur la porte en écriture himiarique :

« Ceci est l'œuvre de Chamar-El-Acham, roi « des Aral>es, et non des autres nations; celui c( qui arrivera jusqu'ici sera égal à moi ; celui qui M pénétrera plus loin me sera supérieur [79]. »

Le dernier des rois de H'imiar fut l)ou-l)je-

den [80] ; la durée de leur empire dans rYémen fut de deux mille vingt années [81]; l'Yémen devint ensuite la possession des Abyssins pendant quatre ans [82] et des Persans pendant huit [83]. Enfin arriva llslâm et ce pays sfe soumit à ses lois.

Ecriture syriaque.

L'écriture syriaque est de trois sortes : la plus ancienne des trois ne diffère pas de Tarabe pour Talphabet, sauf que le ta avec trois points, le /l'ây le zdly le s'âdy le cTâd, manquent ainsi que le lam-élif : Tagencement de leurs lettres se fait de droite à gauche. Les Chakléens (c'està-dire les monothéistes) [84] écrivaient en syriaque, (^'est une nation ancienne qui habite TlrAk et Djeziret-eLarab. Les Nemrods, rois de la terre après le déluge, tirent d'elle leur origine.

La langue syriaque élégante est constituée

crime manière cijrieuse. La proposition se compose de lettres alphabétiques, et chaque lettre indique un sens particulier, qui, joint à un autre, produit le sens complet de la proposition. Le sens des lettres se différencie par la diversité des voyelles et du repos (sokoun) [85]; tandis que dans toutes les langues la proposition se compose de mots et non de lettres. La langue syriaque resta pure depuis Adam jusqu'à Edris, surnommé rilcrmès des Hermès, le Trismégiste [86], étant à la fois prophète, roi et médecin. Ce fut lui qui construisit les Pyramides d'Egypte [87], qui discourut le premier sur les corps célestes et les mouvements des astres, fit des observations en médecine, des ouvrages sur les remèdes simples et composés, et inventa la géométrie. Lorsque Edris disparut, les hommes opérèrent des changements, des transpositions dans la langue syriaque et la firent dévier de son origine ; ils en tirèrent leurs langues.

La première langue extraite du syriaque fut

c(de rinde qui s'en rapproche le plus. Aussi la langue syriaque s'est-elle infiltrée dans toutes les autres comme l'eau dans le bois [88]. Car les lettres alphabétiques de chaque mot de toute langue peuvent être expliquées dans le syriaque et ont reçu des sens particuliers. Ainsi AKmed^ dans la langue arabe est un mot qui, étant nom propre, désigne les personnes qui portent ce nom; dans le syriaque le hamza avec un faûia au commencement du mot, le Ka en repos, le mim avec un fatKa et le dâl avec un damma^ViVifatKa ou un kesra indiquent chacun un sens. Il en est de même de tout autre mot comme Zeid^ AmroUy Radjol, Imra. Le mot EUfarkalit' (le Paraclet) est dans la langue arabe un nom propre donné à Mahomet, fils d'Abd-Allali ; dans le syriaque chaque lettre de ce mot jusqu'à la dernière a un sens.

Écriture hébraïque.

L'écriture hébraïque se compose des lettres ahdjd jusqu'à krcht. Les lettres qui viennent après manquent (ou sont empruntées à une autre langue). Cette langue vient du syriaque et est attribuée à Aàbir, fils de Chalek', son inventeur.

Ecriture latine.

Le premier qui découvrit et fixa les lettres

de la langue latine fut Kermanech, fils de

Marsia, fils de Chaser, fils de Mazkia [89], quatre

mille cinquante ans avant le commencement du

Kalifat. Il les prit de l'écriture grecque, laquelle

tirait son origine d'une certaine écriture, inventée

par les habitants do Soiir [90], ville ancienne de Syrie. L'écriture latine esl celle de tous les habitants de l'Europe, sauf quelques différences; l'écriture grecque a disparu (*). La plume des Grecs et des Latins s'emploie de gauche à droite; l'écriture est disposée suivant l'ordre des lettres alphabétiques aboudjed (comme nous disons abécê). Leurs lettres sont aihH ^ zt'i, klmn, sàfz\ krchty tk\ ç'r ; on ne trouve pas le cldly le hâ, le Iidy le ddlsiwec un point, le d'ddet le lam éli/'[c)i]. Us disent qu'ils écrivent de gauche à droite parce que la position de celui qui est assis est de faire face à l'orient, d'où se lèvent les feux et la lumière; dans cette position, il a le nord à sa gauche, et de cette manière la main gauche fournit un point d'appui à la droite. Autre explication : le mouvement des membres a lieu par

(*) Dans tout le cours de ce chapitre, on rencontre des assertions erronées. Il a fallu les conserver pour rendre fidèlement la pensée d'Abd-el-Kâder, qui représente sur ces questions les opinions généralement admises par les Arabes. Le lecteur est prié de consulter les noies à la fin du volume.

le secours du foie qui preud sa force au cœur, placé au coté gauche; or, Fécrivaiu conunenco du côté d'où lui vient la force [92].

S in.

IjC nombre des lettres de récriture arabe est plus grand que celui des écritures des autres' peuples ; il y en a vingt-huit, qui sont : abdjd, houzy 11 t'y y klmriy sàfc\ hrchty tlid^ dzr [f)3]. On les désigne collectivement sous le nom iX aboudjedy qui résume les huit mots connus dans lesquels se trouvent toutes les lettres de récriture arabe. Lorsque les commençants savent les lettres alphabétiques simples et celles qui sont composées syllabiquement, il est d'usage de leur apprendre ces mots d'après un ordre naturel qui les aide à les retenir et à les fixer. L'utilité de cette opération est

d'avertir le commençant, lorsqu'il a appris les lettres simples et les syllabes, qu'il y a dans la phrase des associations de trois et quatre lettres qui ne sont pas toujours arrangées dans le même ordre ; il s'habitue ainsi à remarquer la diversité qu'il y a entre les lettres, et à se rendre faciles les règles relatives à la phrase.

Dans ce groupement des lettres de l'alphabet, il y a une autre utilité : celle d'habituer les commençants à des mots usités dans un certain sens, après avoir employé des associations de lettres inusitées et qui n'avaient pas de sens. Ce qui vient à l'appui de cela, c'est que abdjdyç^xX. dire, prendre, houz, composer (associer des lettres), Kt^yy connaître l'intention, klmn^ devenir parlant, sàfc y être prompt à apprendre^ krchty apprendre par cœur, tk'd^ retenir, <ïzr\ compléter. Tous ces mots sont au temps prétérit du verbe trilittère et du quadrilittère , et leur sens, en suivant leur ordre, est \ Il a pris, il a composé, il a connu F intention y il est des^ehu parlant^ il a été prompt à apprendre,

il a appris par cœur, il a retenu^ il a accompli.

On peut aussi remarquer une autre utilité dans ces mots, c'est d'habituer les commençants à des sens rattachés, en quelque sorte, les uns au^ autres, afin que l'étudiant intelligent qui les connaît se mette dans l'esprit que ce qu'il y a de plus important pour lui et de plus convenable dans l'étude, c'est de comprendre, au moyen de mots, l'action de prendre, de composer, de connaître l'intention, de répéter la parole, d'être prompt à apprendre, à retenir par cœur, et enfin de réaliser son devoir de perfection.

Quant à l'opinion de l'auteur du Kâmous, (\\\'Abdjd jusqu'à Krcht, et Klmriy leur chef, sont les rois de Madian«, qui inventèrent l'écriture arabe d'après le nombre des lettres de leurs noms, et qui furent tués le jour de la nuée ténébreuse [94], opinion qui se termine par ces mots : a Ensuite, on trouva après eux Tk'd et D'zry qu'on appela Sr-Bouâdef {les venus

aj3rès). » C'est là une opinion étrange de cet auteur, éloignée de la droite raison ; son étrangeté est évidente sous de nombreux rapports. A ces huit mots se rattache, depuis les temps anciens, le calcul connu sous le nom de djomal [95], mot écrit avec efamma sur le djim, eifath'a sur le mim. Toutes les lettres de l'alphabet étant réunies au nombre de vingt-huit, on fit de vingt-sept les bases des rangées de nombres pour les unités, les dizaines, les centaines, et de la vingt-huitième la base des mille. On n'eut pas besoin d'y joindre autre chose ; on se passa de les répéter, ce que ne font pas les Indiens, qni, pour la notation de leur calcul, joignent le signe d'un zéro pour les dizaines , de deux zéros pour les centaines, et de trois zéros pour les unités de mille. Ainsi, l'intention que l'on avait eue fut réalisée par ces divers arrangements de lettres, isolées ou composées, avancées ou reculées, comme c'est établi et connu

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