DES DIVERS PEUPLES
Les hommes se divisent en deux classes :
ceux qui se sont adonnés aux sciences et qui ont brillé par la variété de leurs connaissances : ce sont les créatures élues de Dieu ; et ceux qui y ont donné un soin qui ne mérite pas qu'on en parle.
Les premiers sont les Indieiis , les Perses , les Grecs, les ' Romains , les Francs, les Arabes,
les HébreuXy les Égyptiens; les seconds forment -le restant des autres peuples.
Indiens.
(Quoique les peuples de l'Inde appartiennent au pretnier degré de la race hègre, Dieu les a soustraits à là mauvaise nature des noirs et les a mis au-dessus de beaucoup de blancs ; ce sont des hommes à vues supérieures et d'un jugemeht grave; ils possèdent la certitude dans la science des nombres, de la géométrie, de la médecine, de l'astronomie et de la physique.
Parmi eux se trouvent les Brahmes, petite fraction dont la croyance n'admet pas la prophétie et interdit de tuer les animaux, de s'en nourrir ; ceci explique la faiblesse de leur constitution et de leur vitalité ; car la vigueur tient au tempérament, et la préparation d'aliments divers doit être regardée comme une chose bonne plutôt que mauvaise.
La plus grande partie des Indiens sont Sabéens ; ils adorent les anges et les étoiles ; ils n'admettent pas non plus la prophétie; ils honorent les astres et leurs évolutions sur lesquelles ils ont des opinions particulières. Leurs livres célèbres sont : le Traité à'Essend handaï dahr eddâhir, le Traité à'El-Jrdjhirel le Traité à'El- Arkand [loi]. Us ont sur le calcul, la nature, la musique, de nombreux ouvrages. Parmi les livres des philosophes indiens se trouve Calila et Dimna [102], qui contient des préceptes en forme d'apologues et atteste la perfection d'esprit de son auteur. Ce livre fiit traduit de l'indien en persan du temps d'Anouchirwân , le roi juste , qui aimait la science et les savants. Du persan il fut traduit en arabe, au temps du calife abbasside El-Mançour, par Ibn-El-Mokaffa , savant renommé [io3].
Il suffirait aux Indiens, pour titre de gloire, d'avoir inventé le jeu d'échecs, qui a marché dans le monde comme le soleil, l^es hommes rendent hommage à l'esprit de ceux qui le
jouent bien : que diraient-ils de l'esprit de l'inventeur? Le nom de ce dernier est Sassah, fils de Dâhir [io4], et le roi pour lequel il l'inventa est Chahram [io5]. Ce fut pour Ardechir, fils de Bâbeky premier roi sassanide, que le Nard fut inventé; les Persans s'enorgueillirent de cette découverte. Lorsque Sassah^fils deDâliir, inventa le jeu d'échecs, les philosophes de cette époque prononcèrent sa suprématie sur le Nard. Lorsqu'il le présenta au roi Chahram, celui-ci en fut émerveillé et en témoigna une grande joie. Il dit à Sassah :
— Demande-moi les richesses que tu voudras.
— Je demande, lui répondit-il, que tu mettes lui grain de blé dans la première case du damier, et que tu ne cesses de doubler jusqu'à ce que tu arrives à la dernière ; tu me donneras cette quantité de blé ainsi calculée.
Le roi trouva cette demande insignifiante ; il la lui refusa comme étant une récompense mesquine de la part d'un roi, et il lui offrit des tré-
sors. Mais Sassah, refusant ses offres, lui dit : Je ne veux que cela , il lui tendait un piège. Enfin le roi lui accorda sa demande. Mais lorsqu'on dit aux scribes : Comptez-lui ce qu'il demandé, ils répondirent : Nous n'avons pas de blé en quantité suffisante ni qui en approche. Le roi, instruit de cette réponse , ne voulut pas y ct'oire; il fit venir les chefs du Dia>ân [io6] qui lui dirent : lors même que nous réunirions tout le blé du monde, il n'atteindrait pas le total demandé. Appelés à s'expliquer, ils s'assirent devant le roi, lui firent le compte, et la vérité lui apparut.
— Ta demande, dit-il à Sassah , est encoi'e plus étonnante que ton invention.
Celui qui examine avec attention le jeu d'échecs, qui étudie les mouvements de ses pièces et qui réfléchit à la forme de son invention, au travail sérieux qu'il nécessite, découvre facilement que c'est là un secret du destin. C'est que l'inventeur s'est montré philosophe dans ce qu'il a disposé, établi, décidé et accompli ; sa
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science a devancé celle des autres ; son invention a répandu son génie dans le monde; aucun associé ne participe à sa découverte ; le jeu de tout joueur remonte à lui comme à son législateur : si le joueur triomphe, c'est par son effort propre ; s'il est vaincu, c'est par sa négligence ; et quoique l'issue de la lutte dépende de l'application des deux joueurs, de leur réflexion , de la combinaison de leurs plans, des moyens employés, ils ne s'écartent paâ néanmoins des décisions, des dispositions et des lois que l'inventeur â fixées. Ce sont deux hommes forcés de jouer, mais qui ont leur Hbre arbitre, qui ont le choix du jeu, mais sont contraints de jouer. Cet inventeur a découvert un des profonds secrets de Dieu; il a su que l'homme était gagnant ou perdant, et que Dieu n'opprime pas un mitkâl d'atome [107] ; les hommes seuls oppriment.
Dieu a voulu que les hommes agissent librement ; il ne les a pas forcés; car s'il leur imposait une défense, ils ne pourraient la violer. De même l'inventeur du jeu d'échecs a voulu que
les joueurs fussent libres dans leur jeu; il ne les force pas [io8]. Celui qui fait bien, c'est à son profit; et celui qui fait mal, c'est à sa perte. Aucun joueur ne s'écarte des dispositions que l'inventeur a prises dans l'arrangement des cases, des pièces, la fixation de leur nombre et leur déplacement. Si l'inventeur avait voulu autre chose, le joueur n'aurait pu s'y opposer. Comprends bien ceci : le jeu d'échecs représente deux lois et constitue deux sciences ; il fait naître le dessein, accroît l'esprit, distrait de la préoccupation, révèle les caractères, représente la guerre, manifeste le degré de jouissance que le succès donne au joueur sur son partenaire, la victoire sur l'ennemi, et le degré d'amertume et de honte que donne la défaite. Le grand jeu d'échecs est composé, comme pièces additionnelles, de deux chameaux, deux girafes, deux sentinelles avancées, deux machines de guerre et un vizir [109].
Perses.
La Perse est l'une des nations les plus anciennes du monde et les plus puissantes. Le nom de son fondateur est en arabe Fârés ^ en grec Ir^ chrourj en persan Irichres [no]. Elle eut deux dynasties importantes et d'une longue durée.
La première El-Kejja (Keyyaniens) ; il y en a qui disent seulement Kejya, parce qu'ils appelaient leur roi Keï (mot qui veut Aive pureté)^ c'est-à-dire purifié, lié aux choses spirituelles [i 1 1]. Il apparaît par l'histoire que le commencement de cette dynastie et celui de la dynastie des Tobbas, rois des Arabes de H'imiar, datent de la même époque [112]. C'est cette grande dynastie que subjugua le Grec Alexandre.
La seconde EsSassanjja (Sassanides) fut contemporaine de l'empire liQpiain en Syrie; c'est cette dynastie que subjuguèrent les musulmans.
Digiti
Les Perses furent dans le principe monothéistes, d'après la religion de Noé, jusqu'au temps de Tahmourt qui, le premier, dressa les chevaux et les monta; qui adopta la croyance des Sabéens, et força les Perses à l'imiter. Us restèrent dans cette religion environ mille an^, puis adoptèrent celle des mages à l'apparition de Zoroastre, aq teii^ps de la^taçaf [u3], un de leurs rois. Zoroastre vint auprès de ce roi luj exposer sa religion ; celui-ci en fut émerveillé ; il excita ses peuples à la suivre, et fit périr ceux qui s'y refusèrent. Zoroastre apporta nn livre qu'il prétendit avoir été révélé; il contens^it douze mille volumes; il l'appela ^e^^aA ; il embrasse soixante lettres de l'alphabet. 2k>roastre en fit un commentaire qu'il appela Zend; ayant donné ensuite une explication du commentaire, il l'appela Zendah. C'est de ce mot que les Arabes ont fait Zçndik [i i[\\ Il invoquait deux dieux : lazdan et Ahriman [i 1 5] , c'està-dire la lumière et l'obscurité; il adorait le feu. Ce livre avait trois divisions :
La première était consacrée à l'histoire des anciennes nations ;
La seconde, aux événements futurs;
La troisième, aux lois et prescription^ divines.
Zproastre renouvela les temples du Feu qu'avait détruits Minoutchehr [ii6], un de leurs rois, et institua deux fêtes : le NirouZy dans la saison d'été, et le Mahardjdn^ d^ns |a saison d'automne.
Lorsque Alexandre subjugua la ferse ancienne , il brûla ces livres , et les Perses restèrent ainsi jusqu'au temps de Sàbour, fils d'Ardechir. Puis, après le Messie, parut JVfanès le philosophe [117]. Manès disait : Le monde existe par deux choses : la luipière créatrice du bien ef l'obscurité créatrice du mal. Sâbpur le suivit quelque temps dans cette croyance, pi^is '\\ r^vinf: à la religion des ]\fages, qui é^\t celle 4e ses pères.
Dp tefnps de Kobâd, un des rois de Perse, apparut Mazdak [118], qui proclamai|: la communauté des biens ; il disait qu'aucun homme
n'avait une chose en propriété , qu'il ne devait pas en interdire Tusage à un autre, que tout venait de Dieu, et qu'aucun objet n'était affecté particulièrement à quelqu'un.
Du temps de Panviz, les troupes de Perse arrivèrent à Jérusalem [119] et s'emparèrent de son évêque et de ceux qui étaient avec lui. Les soldats leur ayant demandé le bois de la Croix, ils le sortirent de l'endroit où il était enfoui et l'envoyèrent à Parwiz. Du temps de Bourân , fille de Parwiz, le bois de la Croix fut rendu à Djâtaliky roi des Grecs [120].
La nation persanne est la nation située au point le plus central de cette terre habitée. Les Persans étudient avec soin la médecine et les lois des astres ; ils ont des vues et des doctrines particulières sur leurs mouvements ; les savants reconnaissent que l'opinion la plus exacte sur leurs évolutions est celle des Persans [121]. Parmi eux, on trouve l'inventeur du Nardy jeu dont il fit des emblèmes pour le monde et ses habitants. Ainsi il établit dans la table (damier) douze
cases, nombre (les mois de rannée; trente pièces, nombre des jours de chaque mois ; et il a pris les dés [122] pour symboliser le destin et son inconstance à l'égard des hommes.
Grecs,
Les Grecs forment une nation importante ; ils rapportent leur origine à loukân qui, dans la Bible, est fils de Japhet, propre fils de Noé. Son nom dans la Bible est lafân avec un /a, qui se rapproche du <vaou; les Arabes ont arabisé ce nom en lounân; leur pays est la Romélie, TAnatolie et le Karman. Leurs frères sont les Latins, qui demeurent près d'eux. Des GrecssortAlexandre, vainqueur des rois; on dit qu'il en subjugua trente-cinq.
La Grèce a produit aussi des philosophes célèbres , comme Aristote , qui fut le maître
d'Alexandre. Il habitait la ville d'Aça. Ce fut le grand philosophe, sans rival, parmi les philosophes du Ralifat [i23]; il apprit la philosophie du Grec Platon, qui enseignait en marchant sous les portiques qui Tombrageaient contre la chaleur du soleil. De là ses élèves prirent le nom de péripatéticiens. Platon apprit de Socrate que le peuple tua, parce qu'il voulait empêcher les hommes d'adorer les idoles [124]. Socrate avait appris la philosophie de Pythagore, qui était, dit-on, l'élève de Thaïes, philosophe de Milet , instruit par Lokmân , le sage célèbre. Parmi les philosophes grecs sont Démocrite, Anaxagore et Aristote qui traduisit les livres d'Hermès le Trismégiste de la langue égyptienne en grec et expliqua les sciences, la philosophie et les talismans qu'ils contenaient. Le livre à^El-Icht'mât'is contient la conquête des villes et des forteresses [i25], au moyen des décrets et des talismans, parmi lesquels il y en a qui fpnt descendre la pluie et attirent les eaux Le livre à'El^Icht'irt'âch traite des expé-
riences sur la marche de la lune dans les stations el les conjonctions [126]. D'autres livres ont pour objet les utilités et les propriétés des membres des animaux, des pierres, des arbres et des plantes.
On trouve, parmi les Grecs, Empédocle, qui vivait du temps de David le prophète [127]. Les savants de la Grèce s'appelaient philosophes métaphysiciens ; le sens àe/éildj dans leur langue, c'est ami; ce\m Ae çouf e%l science ^ et le sens AefeïlaçouJ\ c'est arni de la science,
ils ont des ouvrages sur les diverses sciences ; la perfection de leurs œuvres les place au plus haut rang parmi les hommes. Ils font dériver la philosophie des sciences physiques, logiques et naturelles ; toutes les sciences rationnelles leur ont été empruntées ; ils en sont les fondateurs.
Sous le règne du Grec Faldifach se fit la traduction correcte de la Bible de l'hébreu en langue grecque et latine. Il y en a qui disent que
ce fut sous le règne de Feïlâfâdous (c'est-à-dire, H.
ami de son frère) [128] que se fit la traduction de la Bible et des livres des Prophètes du syriaque en grec. ' •
La langue des anciens Grecs s'appelait El^ Agrikia (la grecque) ; c'est une des langues les plus vastes. La langue des modernes s'appelle latine; car les Grecs sont composés de deux peuples : les Latins et les Agrikiens (Grecs proprement dits) [129].
Romains.
Les Romains sont El-Ketim les latins [i3o]; ils sont frères de lounân (des Grecs) et rapportent leur origine à Jâphet, fils d'Aldjân, fils de Noé ; leur pays s'étend des régions proches du golfe de Constantinople jusqu'au pays des Francs.
Le royaume de cette nation est ancien; le premier de leurs rois fut Lalkach^ fils de Chatrach, fils àiloub [i3i]; il régnait à la fin du qua-
trième mille, en comptant depuis le commencement du Ralifat. Ensuite la royauté passa à son fils et à ses petits-fils, Romulus et Rémus, Ce furent eux qui tracèrent les fondations de Rome quatre mille cinq cents ans avant le commencement du Kalifat [i32]. Cette ville reçut le nom de son fondateur, et ses habitants s'appelèrent Romains. Les Romains restèrent Sabéens jusqu'à Tépoque où Constantin le Victorieux établit la religion du Messie et les força à l'embrasser; ils se soumirent à lui. La religion du Messie ne cessa de se fortifier et toutes les nations voisines des Romains l'adoptèrent.
Parmi eux se trouvaient des sages, des savants dans les diverses philosophies. Beaucoup de personnes disent que les philosophes les plus célèbres sont Romains, la vérité est qu'ils sont Grecs. Mais, à cause de leur voisinage, les deux nations se confondirent et leur histoire se mêla. Ces deux peuples sont célèbres par leur étude constante de la philosophie, mais les Grecs l'emportent et leur supériorité n'est pas con-
testée. Leur langue est différente de la langue de lounân. Il y en a qui disent que la langue de lounân est la grecque, et la langue des Romains la latine. Ils ont une écriture appelée Es'Sâmia [i33] dans Tancien temps ; elle n'a pas d'égale. Une seule lettre embrasse de nombreux sens et remplace un certain nombre de mots.
Galien dit dans un de ses livres : « J'étais dans une réunion publique et je parlais sur l'anatomic en employant un langage développé. Quelques jours après un de mes amis me rencontra et me dit : Un tel retient tes paroles dans ton cours, tu as parlé de telle et telle manière; et il me répéta mes paroles. Je lui dis : D'où sais-tu cela? — Je connais une écriture qui devance la parole en écrivant. J^s nobles s'en servent; il n'est pas permis aux autres hommes d'en faire usage [.34].
Francs,
Les Francs viennent de Japhet , fils de Noé [i35]. Japhet engendra sept fils, parmi lesquels était Rabiàât dont les Francs tirent leur origine, comme il est dit dans la Bible. On les appelle Français et le premier corps de nation de ce pays est la France. {Afrans 2iyecfatha sur le hamza^ sokoun sur ley«, fatKa sur le ra, sokoun sur le noun^ et un sin sans point.) On dit aussi Afrank sur la forme Afrans^ et il semble que Afrans ait été arabisé de Afrank^ on dit aussi Afrandj : le Kqf sans points, le Kâfet le D/i/n s'emploient l'un pour l'autre dans la langue arabe.
On appelle leur roi El-FrânçiSj et leur pays s'étend au nord sur le bord de la mer romaine (Méditérannée) et au sud vers la pénin-
— 168 ~ siilc ibérique dans l^Occident ; entre l'Espagne et la France il y a des montagnes âpres, avec des sentiers étroits, et qu'on appelle EUbort [i36]; les habitants de ces montagnes sont les Djelâlika [137], ramifications des Francs. El-Frânçis s'était emparé, parmi les îles de la mer, de la Sicile, de Cliypre, de Crète, de Gênes, de Rome et d'une partie de l'Espagne jusqu'à Barcelone [i38].
Les Francs s'étaient emparés aussi de l'Ifrikia et étaient descendus dans ses grandes villes entre* autres : Soubaït'alah [139J, Djelloula[i4o], Bâr'aia, Lambesa [i/ti] et d'autres; ils en avaient vaincu les habitants qui étaient Berbères ; ceuxci leur apportaient le tribut et s'unissaient à eux dans leurs guerres. Les Grecs {Rouiii) n'avaient aucun pouvoir dans le pays [lA^] et ceux qui étaient en Ifrikia faisaient partie des soldats francs et de leurs troupes. Ils s'étaient emparés de ce qui est entre Tanger et Tripoli de Barbarie. Parmi les Francs était le roi Djirdjir, que les Arabes tuèrent au commencement de leur entrée on Ifrikia, année 27 de l'Hégire (647 J.-C.) [i43].
La capitale de son royaume était Soubaït'alah, qui est en face de Kairouân à une distance de deux jours [i44]-
liCs Francs payaient tribut à Héraclius, roi de Constantinople, pendant que les Grecs dominaient de tous les côtés les nations voisines ; mais arriva le [roi Djirdjir qui refusa Tobéissance due aux Grecs et frappa des dirhems et des dinars à son effigie. Lorsque les Arabes envahirent Tlfrikia et tuèrent le roi Djirdjir [i45], les Berbères passèrent aux Francs et s\uiirent à eux pour combattre les Arabes. La guerre ne cessa entre eux et avec des chances diverses, qu'en Tannée 84 de l'Hégire, dans laquelle les Berbères et les Francs furent mis en fuite; alors cessa leur alHance. Ceux des Francs qui se trouvaient près de la mer s'embarquèrent pour l'Espagne, la Sicile, et la Sardaigne dont tous les habitants sont composés des Francs qui étaient eii Ifrikia. Ceux qui étaient éloignés de la mer se mêlèrent aux Berbères et s'incorporèrent à leur nation. Dans les montagnes de l'Aurès il y a beaucoup de
Francs. Celui qui examine maintenant les habitants de ces montagnes peut distinguer les Berbères des Francs.
Les Francs furent molestés dans leur guerre avec les Arabes dans l'Espagne et les île^, du temps d'Abdérame TEnvahisseur, TOmeyyade, et de ses fils; et en Ifrikia du temps d'Obeid- AUah, le chiyte, et de ses fils. Ils s'emparèrent des îles de la mer Romaine, jusqu'à l'époque où le vent des deux dynasties s'affaiblit et où l'empire des Arabes fléchit. Les Francs se remirent en possession des pays que les Arabes leur avaient pris, et leur puissance s'accrut [i46]. Aucun roi arabe ou étranger ne put les approcher ; les nations se soumirent à eux, et les sciences et les connaissances s'établirent dans leur pays. Us brûlèrent du désir d'acquérir tous les genres de mérites. Dans ce temps il n'est plus fait mention des Grecs et des Romains. Les habitants de la France sont devenus un modèle pour tous dans les sciences et les connaissances, surtout dans la période de 60 ans qui vient
après les 1200 ans de THégire [i47]- Us ont réuni les sciences de toutes les nations, des Arabes et des Étrangers, au point qu'on peut dire d'eux : Tout le gibier est dans le s^entre de r onagre \il{S\.
Dieu a mis le comble à la faveur dont il a gratifié les Français en leur accordant le règne d'un roi juste, le plus élevé des rois par sa préoccupation des grandes choses. Sa renommée est la plus étendue, son bras le plus fort, son épée la plus longue; il est le plus clément pour les serviteurs de Dieu, et celui qui, parmi les Arabes et les non Arabes, aime le plus les hommes. Ce que dit le poète ne peut s'appliquer qu'à lui ;
« On ne peut contredire Dieu d'avoir réuni le monde <c dans la main d'un seul homme [1^9]. »
Ce roi victorieux, aidé de Dieu, c'est Napoléon in, qui a réuni les Français alors qu'ils étaient dispersés, les a ressuscites, alors qu'ils
étaient presque au nombre des morts ; a lié leur corde coupée; les a fait dormir sur le berceau de la confiance, quand l'inimitié avait chassé le repos de leurs demeures, et participer à la renommée, quoiqu'ils ne fussent pas sans célébrité; mais aux yeux des hommes intelligents, il y a des degrés de célébrité 1 Ils ont gagné pendant un jour, ce que sous un autre roi ils n'ont pas gagné dans une année. Sa grande libéralité s'est répandue sur les hommes ; mais les bourses seules peuvent remercier d'un bienfait. Nous demandons à Dieu, et nous l'espérons, qu'il le fasse participer au bien de ce monde et de l'autre et qu'il jouisse du commencement et de la .fin de son œuvre.
Arabes,
Les Arabes viennent de Sam, fils de Noé; c'est
la nation nomade; ce sont les hommes qui se servent de tentes pour leur habitation, de chevaux pour leur monture, et de troupeaux pour le commerce. Les bestiaux constituent leurs richesses ; ils se nourrissent de leur lait, font des vêtements et des meubles de leurs peaux et de leur poil, et leur font porter les fardeaux. Ils tirent la richesse, la plupart du temps, de la chasse, du vol dans les chemins et des incursions chez les nations qui les avoisinent.
Ils habitent les pays situés entre l'Océan , depuis le Magreb jusqu'aux dernières limites de l'Yémen, et de l'Inde dans l'Orient, et les pays comme l'Egypte, les déserts de Barka, l'Ifrikia, Ez-Zâb, le Magreb-el-Akça et Es-Sous, pays occupés par ceux qui émigrèrent. Ils laissèrent de grandes dynasties et des antiquités imposantes. Leur empire arriva jusqu'à Tanger dans l'Occident. Au temps de l'igiiorance (avant l'islamisme), il s'étendit jusqu'à Samarkand. Dans ce temps, il y avait diverses croyances religieuses : les uns reconnaissaient le créa-
teur et niaient la révélation, d'autres adoraient les idoles, ceux-ci les anges. Parmi eux quelquesuns avaient une tendance au judaïsme, d'autres au christianisme, d'autres au sabéisme. Il y avait chez eux des restes de la religion dlsmaïl , fils d'Abraham, l'ami de Dieu. Ils ne cohabitaient ni avec leui's mères, ni avec leurs filles, ni avec leurs sœurs [i5o]. Us ne contractaient pas mariage entre frère et sœur. Ils voilaient leur demeure ; ils se lavaient de la pollution ; ils avaient l'habitude de se gargariser, de renifler l'eau, de se servir de cure^dent, de faire des ablutions, d'épiler Taisselle, de raser le pubis, de se circoncire; ils coupaient la main au voleur ; ils donnaient la dia (prix du sang) pour la victime, fixée à cent chameaux ; ils répudiaient leurs femmes, et celle dont le mari était mort gardait le veuvage un an. Leur science était celle des généalogies, des étoiles, de l'interprétation des songes, de la composition des vers et des liarangues.
Ce n'est que par les Arabes qu'on connaît l'his-
toire des habitants de rOrient et de TOccident. Cela s'explique par la connaissance que les Arabes, habitants de la Mecque, eurent des récits concernant les peuples des deux livres : la Bible et rÉvangile ; ceux qui habitaient El-Hira connurent l'histoire des Persans ; les habitants deia Syrie connurent celle des Romains, des Grecs et des Israélites; ceux qui habitaient El-Bahreïn connurent celle de l'Inde et du Sind.
Les Arabes mettaient leur gloire à avoir une élocution facile et élégante, à être fidèles à leurs pactes, à honorer les hôtes et à se préoccuf)er des grandes choses.
On rapporte, d'après Chabib, fils de Chabiba, le trait suivant :
ft Pendant que nous étions, dit-il, dans un noble medjléss [i5i], Ibn El-MokafFa arriva au milieu de nous ; c'était un des nobles de la Perse, un de leurs sages.
— Quelle est la nation la plus intelligente?
nous demanda-t-il.
Nous nous regardâmes les uns les autres èl
nous dîmes : Peut-être iiicline-t-il pour son pays. Nt)us répondîmes : Les Persans.
— Non, dit-il, ils ont conquis beaucoup de terres, ont possédé un grand empire, mais ils n'ont rien inventé avec leur esprit.
Nous dîmes alors : Les Grecs ?
— Artistes.
— Les Chinois ?
— Fantaisistes.
— Les Indiens ?
— Philosophes.
— Les gens du Soudan ?
— Les pires créatures de Dieu.
— Les Turcs ?
— Chiens ravisseurs.
— Les K'azars ?
— Troupeaux qui paissent.
— Qui donc ?
— Les Arabes [i Ss].
Nous nous mimes à rire.
— Je n'ai pas voulu, ajouta- t-il, tomber d'accord avec vous ; mais si je n'ai pas eu le noble
lot d'être né Arabe, il ne m'a pas échappé de savoir que TArabe a tissé sans avoir un type ; qu'il est supérieur aux autres par sa force et par son application; qu'il est apte à ce qui est facile et difficile ; s'il décrit luie chose avec son esprit, il sert de modèle; s'il l'a faite, il devient une autorité; ce qu'il veut, il le fait bien et atteint la beauté; il conquiert ce qu'il veut; son esprit fait son élévation, son intrépidité sa gloire, aussi a-t-il acquis la plus haute renommée et la plus grande illustration. »
Lorsque Dieu eut honoré les Arabes en leur envoyant Mahomet, fils d'Abd-Allah, dans les temps où ils possédaient ces belles dispositions et ces vertus glorieuses, ils aspirèrent à l'envi à accroître leur mérite et se précipitèrent vers l'acquisition des sciences et des connaissances dans lesquelles ils atteignirent un degré inconnu aux anciens. Us laissèrent en très-peu de temps de grands monuments de leur» travaux : fondations de villes, constructions de ponts, ouvertures de canaux. Mouça, fils de Noçaïr, fit arriver la mer
sur un espace de douze milles jusqu'à TAi^senal [i53], à Tunis ; il construisit cent vaisseaux, envahit la Sicile et s'en empara. Amr, fils d'El- Aâçi joignit le Nil à la mer de Kolzoum dans l'espace d'une année et les vaisseaux y naviguèrent. A partir du kalifat d'Omar , fils d'El- K'at't'âb, jusqu'après celui d'Omar, fils d'Abd-el- Aziz, on creusa le canal qui est du côté d'El- Fostât et qu'on appelle canal de Y Émir des Croyants [i54], et on le poussa jusqu'à Kolzoum. Dans la suite, les préfets le laissèrent perdre ; il fut abandonné et le sable l'encombra; il fut interrompu et se termina à Denb Et-Ternsâh' (la queue du crocodile).
Les Arabes furent doués, pour composer dans les diverses sciences, d'unie aptitude que personne n'avait eue avant eux, au point qu'ils eurent parmi eux des hommes qui composèrent sur les diverses sciences trois mille ouvrages et plus. On raconte que la bibliothèque d'Egypte sous la dynastie des Obeïdites comptait deux millions six cent mille livres [i55]. Certains
ouvrages avaient cent volumes et même jusqu'à trois cents, comme le commentaire d'Er-Râzi et autres [i56]. Leur empire s'étendit plus loin qu'aucune nation n'avait fait avant eux, depuis Adam jusqu'à présent. Pais la décadence arriva et Dieu les fit changer comme ils avaient changé la situation des nations. Toute chose qui arrive à son apogée est à sa fin.
« Lorsqu'une chose est terminée, son déclin corn- (X menée -, prends garde à la décadence lorsqu'on dit : « C'est fini. »
Hébreux.
Les Hébreux sont les fils d'Israël, souche des Prophètes; ils s'occupaient des sciences divines et de la vie des Prophètes, dont leurs Oulamas connaissaient le mieux Thistoire et la succession. Mais ils ne furent pas célèbres dans la
science de la philosophie.
Égyptiens,
Les habitants de TÉgypte sont uu mélange de nations, mais la plupart sont Coptes. Ce mélange vient du grand nombre de peuples qui se sont succédé dans l'empire d'Egypte, comme les Amâlika(A.malécites), les Grecs, les Romains. Ils tirent leur origine de leur pays même. Dans l'ancien temps ils étaient Sabéens, puis ils devinrent Chrétiens, jusqu'à l'époque de llslâm. Leurs anciens s'occupaient des diverses sciences. Parmi eux se trouvait Hermès qui existait avant le DéUige. Après lui vinrent les savants versés dans diverses sortes de philosophie, dans la science des talismans, des miroirs ardents, de l'alchimie. I^e siège de la science était la ville de Manouf (Memphis). Lorsque Alexandre bâtit sa ville, il engagea les populations à l'habiter; elle devint le siège de la science et de la philosophie jusqu'à l'invasion de l'Islam.
DigitizecTby
Division des races suivant leur position climatérique»
Selon que Dieu Ta établi^ et Ton en voit la preuve en passant d'un pays à un autre, la différence des hommes quant à leiu* esprit, leur nature et leurs connaissances, vient évidemment des diverses situations du soleil dans son mouvement.
Sous ce rapport les hommes sont |)artagés en trois divisions importantes, qui se subdivisent en sections voisines les unes des autres :
L'une d'elles comprend les hommes qui habi* tent sous la ligne de l'équateur jusqu'à proximité des lieux qui font face au passage de l'extrémité du Cancer; ce sont les hommes dont l'esprit est le plus faible, la nature la plus sauvage, et qui sont le plus éloignés des connaissances spirituelles et des perfections humaines. Ceux qui habitent plus près, vis-à-vis le passage du Cancer, ont l'esprit mieux fait que ceux qui sont
avant eux, leur nature est équilibrée, leur caractère sociable ; tels sont les habitants de llnde, de rYémen, de tout le pays'des Arabes et d'une partie du Magreb.
La seconde division comprend ceux qui habitent à l'extrémité du passage du Cancer, vis-àvis de la Grande-Ourse ; ils peuplent le milieu de dette terre habitée ; ils ont l'esprit le plus parfait, l'intelligence la plus souple. Tels sont les habitants de l'Irak, de la Syrie, du K'orassan, d'Ispahân ; ils diffèrent entre eux par le degré de perfection. Les plus parfaits en esprit et les plus aptes à recevoir les connaissances sont les habitants du pays connu sous le nom d'/m/z chahr (Perse). Les habitants de la France se rapprochent d'eux pour la perfection , étant placés au milieu du cinquième climat; ainsi que les habitants de l'Espagne dont le pays £siit partie du cinquième et du sixième climat.
La troisième division des habitants de la terre .comprend ceux qui habitent vis-à-vis de l'Ourse : ce sont les Russes et les Slaves. Ils ont l'esprit
défectueux, la nature grossière, l'intelligence froide et peu susceptible de perfectionnement ; il y a entre eux divers degrés de défectuosité. Ils sont plus ou moins imparfaits. La perfection absolue n'appartient qu'à Dieu, et toute perfection qui veut l'approcher est une imperfection. Louange à Dieu, maître des mondes!
Ici se termine notre travail dont la composition et la mise au net ont été terminées le onzième jour de Ramadan^ année 1271 (27 mai