NOTR
U est reconnu que le premier qui traça des caractères arabes fut Morâmir, fils de Morra (p. 125).
Morâmir, fils de Marwa, et, suivant d'autres, fils de Morra, inventa les caractères arabes peu de temps avant Fislamisme. Morâmir, d'après M. C. dePerceval, aurait calqué son alphabet, pour Tordre et le nom des lettres, sur les alphabets hébraïque et syriaque, lesquels sont identiques entre eux sous ces deux rapports; il avait modifié seulement les formes. (Foir Essai sur l'histoire des Arabes avant Mahomet, t I, p. 293.)
Les points-voyelles ne se produisirent dans le caractère arabe qu'après l* Islam (p. 125).
L'invention des points- voyelles est attribuée à plusieurs auteurs, entre autres au grammairien K'alil (Abou àbd-errah'man), né, suivant Ibn-K'allikân , l*an 200 de i*hégire, mort à Basra. Ces figures, qui se voient dans les koràns, disait Mobarred, sont de l'invention de K'alil; elles sont prises de celles des lettres : le d'amma n'est autre chose qu'un petit icaw que K'alil plaça audessus de la lettre, afin qu'on ne la confondît pas avec le tcaw qui fait partie des lettres ; le kesra est un y a posé au-dessous de la lettre ; et le fath'a^ un élif placé horizontalement au-dessus de la lettre. D'autres prétendent que ce fut Yahia-ben-Yàmer , mort en 127 de l'hégire, d'après Ibn-K'allikàn, qui marqua, le premier, avec des points, la prononciation grammaticale dans les exemplaires du Koràn; d'autres enfin attribuent cette invention à Nasr ben àssem laïthi Abou Amrou Dani. L'auteur du Mokanna dit à ce sujet : Il est possible que Yahia ben Yàmer et Nasr ben assem soient les premiers qui aient introduit les points dans les exemplaires du Koràn appartenant à des particuliers, et que,
néanmoins, ils aient reçu celle iuvenlion d*Abou'i-Aswàd qui en était Tinventeur et le premier auteur. Le même Abou Amrou dit encore : Abou*i-Aswàd fut le premier qui indiqua avec des points les voyelles et les voyelles nasales ; mais les signes du hamza, du techdid, de Vichtimàm et du roum sont de Tinvention de K'alil (^Foir pour tous ces détails le mémoire de S. de Sacy, p. 339, 340, dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres y tome L.)
On trouve une preuve que les points-voyelles ont été inventés postérieurement aux lettres dans la précaution que Ton prenait pour les écrire, ainsi que tous les autres signes orthographiques, avec une encre d'une couleur différente de celle des lettres. Cet usage est général dans les Korùns coufiques, et il se pratique encore dans l'Afrique septentrionale. Parce moyen, on distinguait ce qui était certainement inspiré et d'autorité divine de ce qui n'avait qu'une autorité, humaine et pouvait laisser une carrière plus libre à l'opinion et à la critique.
Les écrivains arabes conviennent que cette invention est postérieure d'une quarantaine d'années à la transcription du Koràn, faite sous Otmàn et par son ordre, et en parlent comme d'un moyen imaginé pour préserver la langue arabe et le Koràn de la corruption, suite inévitable du mélange des Arabes avec les nations étrangères. {Voir le Mémoire cité, p. 437.)
La manière actuelle d'écrire fut tirée des caractères coufiques et mise en lumière par Ahou-Ali'Moh'ammed, fils de Mokla (p. 126).
S. de Sacy dit qu'il faut lire Ibn-ali-Moh'ammed, fils de Mokla. (^Foir Chrestomathie arabe, t. I, p. 328.) Cet écrivain, mort eu 326 de l'hégire, u'est pas l'inventeur du caractère nommé nesk'i, « La découverte de quelques papyrus, écrits en Egypte en Tan 133 de l'hégire et dont le caractère ne diffère point du nesk'i, nous oblige à reconnaître (|ue ce caractère est de beaucoup antérieur à Ibn-Mokla, et que, s'il l'a embelli , il n'en e^ nullement Tinventeur. » (Foir Chrestonïathie arabe^ t. II, p. 531 j i)x>ir aussi le mémoire de S. de Sacy sur ces papyrus. Journal de$ savants, i^^h.^
Ahou'l'lVaçan-Ali, fils de Helal, connu sous le nom de Ihn-el-Bawouâb (p. 125).
Ibn-el-Bawouâb est auteur d'un morceau dé poésie sur l'an de récriture. Voyez ces vers dans la Chrestonïathie aràhè de S. de Sâcy, t. 11, p. 318. Cet autelir
Digiti
mourut en W3 de l*hégire, suivant d'autres en 413. Abou*l-Féda place sa mort en /il 2. Ibn K'allikàn a donné sa biographie.
L'écriture arabe actuelle n'est pas éloignée de Vépoque de son invention (p. 126;.
Le caractère n^^A'i, qui succéda au caractère c<m-. fi que y a commencé à être en usage vers 133 de Thégire. On a même une médaille de Tan 40 ; les monnaies d'Abd-el-Mélik , de Tan 75 environ, sont en caractères fiesk'i. C'est donc à tort qu'on représente le nesk'i comme étant d'invention moderne. (^Foir histoire des langties sémitiques^ par M. E. Renan, l'« partie, p. 347.)
Écriture himiarique, elle s'appelait El-Mosnad (p. 126).
Dans le fragment suivant de VEssai sûr l'histoire des Arabes de M. C. de Perceval, se trouve résumé tout ce que l'on sait sur l'écriture mosnad ou himiarique : c( Jusqu'à ces derniers temps, l'on ne connaissait sur
celte écriture) dont Tusage était perdu, même dans le Yanian, dès l'époque de Mahomet, que les opinions vagues et contradictoires de divers écrivains arabes. Les uns disaient que les lettres du mousnad étaient tout isolées, sans liaison entre elles (Makrizi, Ibn Khaldoun) ; d'autres affirmaient, au contraire, qu'elles étaient toutes liées (Ibn Khallikan, lïadji Khalfa, etc.) ; quelques-uns ajoutaient que le mousnad procédait de gauche à droite. (S. de Sacy, d'après Hadji Khalfa j Fresnel, d'après Djawhari.)
« Des voyageurs européens qui ont visité certaines parties du Yanian, il y a peu d'années, MM. Wellsled, Crultenden et Arnaud ont découvert et coiyé à Sana, à Hisnel-Ghoràb, à Khariba, et surtout à Mareb, de nombreuses inscriptions gravées sur des restes de constructions antiques, en caractères très-différents des plus anciens caractères arabes connus. Par un heureux concours de circonstances, on a trouvé en même temps, dans un ouvrage arabe manuscrit de la Bibliothèque de Berlin, des alphabets qualifiés de himyariqucs. Les savants qui ont comparé ces alphabets avec les copies de ces inscriptions ont acquis la conviction que les uns et les autres sont véritablement des monuments de l'écriture himyarique ou mousnad. Les inscriptions ont été publiées dans le Journal de la Société asiatique de Paris (septembre-octobre 1845). Quelques-unes sont écrites ù la manière dite boustrophédon ; mais la marche ordinaire
et régulière du mousnad est de droite à gauche ; toutes les lettres en sont isolées, et les mots séparés entre eux par une barre verticale, servant de signe dîsjonctif. Telles sont les seules données certaines dont on soit maintenant en possession relativement au mousnad. Quant à la lecture et à Tintelligence des inscriptions, cette étude est encore bien peu avancée. MM. Gesenius,Rœdiger, Ewald et F. Fresnel qui s'en sont occupés les premiers , ne paraissent avoir obtenu jusqu'ici aucun résultat positif qui puisse jeter quelque lumière sur rhistoire si obscure du Yaman » (t. I, p. 78, 79) ; voir aussi VHùtoire des langues sémitiques de M. E. Renan, 1. 1, p. 290 et suiv.) On trouvera également dans ce livre un historique de tout ce qui se rattache aux recherches dont i'himyarique a été l'objet.
On dit que le premier qui inventa l'écriture du Mosnad fut HHmiar, père des rois de VTémen, appelé aussi Saha (p. 127).
C'est fils de Saba qu'il faudrait dire ; mais ici l'Émir applique à H'imiar le nom de son père Abd-Chams. Voici ce que dit M. Caussin de Perceval sur ce roi de ITémen : « Suivant une opinion commune , le grand nombre de captifs faits par Abd-Chams lui valut le surnom de Saba (mot qui signifie : il a fait des captifs).
Hamza, toutefois, ne rapporte cette étymologie que pour la critiquer et en relever l'invraisemblance. Je répéterai ici qu'à mon avis, Abd-Chams a été qualifié de Saba^ comme personnification de tout le peuple sabéen uni sous son empire. Il est constant que le nom de Saba est le plus ordinairement employé pour exprimer une idée collective, celle d'un peuple ou d'un pays. » {Voir Essai sur V histoire des Arabes avant Mahomet, t. I,p. 52, 53.)
Wimiar fonda Sikilia et beaucoup de villes de VOccident
L'Émir confond ici Himiar , souche de la grande famille himyarite, avec un de ses descendants, Africous, qui, suivant les historiens arabes, pénétra dans les régions occidentales et conquit la contrée qui fut appelée de son nom Afrikiya, Reste à savoir si l'expédition d'Africous elle-même n'est point «n récit fabuleux. M. Caussin de Perceval avoue qu'il ne la considère pas comme telle. L'opinion des historiens arabes à cet égard est si unanime, dit-il, qu'il croit pouvoir admettre qu'Africous a fait réellement une incursion dans l'Afrique septentrionale. (^Foir pour le développement de son opinion son Histoire des Arabes avant Mahomet, 1. 1,
p. 69, 70.) Quant à la ville de Sikilia, qiraiirait fondée H'imiar, Abd-el-Kàder veut parler de la Sicile, qui se trouve en face de Tlfrikiya. L'Émir a répété, dans ce passage sur H'imiar, un récit emprunté à Thislorien Ibn el-Kelbi, récit erroné et qui ne fait pas honneur à cet historien. {Foir VHistoire deft Berbères, traduction de M. de Slane, t. J, p. 207.)
Celui qui y pénétra et la détruisit fut Çhamar, fils d'Africouch, On appela cette ville Chamarhand, c'est-à-dire: Chamar Va détruite (p. 127).
L'Émir répèle Tétymologie donnée par Hamza, Nowayri : « Chammir Yeràch, et non Africoucli, roi du Yaman, porta ses armes victorieuses, dit M. C. de Perceval, dans Tlràk, la Perse et les contrées voisines. Il détruisit les mui*s et une partie des édifices de la capitale de la Soghdiane. Les gens du pays appelèrent alors cette ville ruinée : Cliammircandy c'est-à-dire Chammir l'a détruite. Ce nom, un peu altéré par les Arabes, devint Samarcand. Chammir lui-même la restaura. (/ ofV l'ouvrage cité, t. I,p. 80.)
Il écrhit sur la porte {de Samarcand) en écriture himyarique : Ceci est l'œuvre de Chamar-el-Acham, etc, (p. 127\
« On appuie le fait de TexpédUion de Chammir dans la Soghdiane,dit M. Caiissin de Perceval, sur Texistence de deux inscriptions en prétendus caractères himyariques. La première citée par le seul Hamza, on ne sait d'après quelle autorité, avait été trouvée, dit-il, dans un édifice de Samarcand, et commençait ainsi : Au nom de Dieu î Chammir Yeràch a élevé ce monument à la divinité Soleil. La seconde avait été vue par le géographe Ibn-Haukal, sur la foi duquel Abou'1-Féda, Makrizi et autres en ont parlé. Voici le passage dlbn Haukal : « J'ai vu à Samarcand une porte recouverte de fer et sur cette porte on avait écrit en langue himyarique que de Samarcand à Sana il y a mille parasanges. Les habitants connaissaient, par une tradition héréditaire, ce que signifiaient ces caractères ; mais après mon arrivée en cette ville, il y eut une sédition dans laquelle la porte fut brûlée et récriture anéantie. » Ces inscriptions étaient-elles effectivement en caractères himyariques ? L'interprétation que leur donnaient les habitants de Samarcand était-elle véritable ? C'est ce dont il est
très-permis de douter ; car, dès le premier siècle de rislamisme, la grande majorité des Arabes ne conservait plus aucune notion de ce qu'avait été l'écriture himyarique , et M. de Sacy a démontré que c'est uniquement par un abus de mots que les musulmans ont appelé, en général, écriture himyarique ou moitsnad les caractères qui leur étaient inconnus. » (^Foir Essai sur l'histoire des arabes avant Mahomet, t. I, p. 80, 81, et le Mémoire de S. de Sacy dans les Mémoires de littérature de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres^ tome L, p. 269, 270.)
On voit qu'il n'est pas question de l'inscription citée par Abd-el-Kàder. Il est probable qu'il Ta puisée dans quelque auteur arabe qui a présenté la même tradition à sa manière.
Le dernier des rois de H'imiar fut Dou Djeden (p. 128).
Als Dou Djeden (625 de J.-C.) disputa quelque temps aux Abyssins la possession de TYémen. Il descendait de H'imiar par Zayd el-Djamhour. Il est, dit-on, le premier qui ait cultivé l'art du chant dans l'Yémen. On lui attribue aussi des poésies dont plusieurs morceaux sont rapportés dans le Sirat-erraçoul. Après une bataille perdue contre Aryat,<îhef de l'expédition abyssinienne,
il périt en se précipitant avec son cheval dans la mer. (C. de Perceval, ouvrage cilé, t. I, p. 132, 133.)
La durée de leur empire dans VYémen fut de 2,020 années (p. 128).
D'après les calculs de M. Caussin de Perceval, la durée du règne des rois de rYémen doit être de 1,279, au lieu de 2,020. L'établissement de la domination abyssinienne sur TYémen, qui mit fin à l'empire de H'imiar, est fixée à 525 de J.-C., et M. C. de Perceval estime que la naissance d'Yarob*, issu de Cah'tân, premier roi de l'Yémen, eut lieu en 754 avant J.-C. (/^oir l'ouvrage cité, t. I, p. 49.)
L'Yémen devint ensuite la possession des Abyssins pendant quatre ans (p. 128).
Il y a dans le chiffre donné par l'Émir sur la durée de la domination abyssinienne dans l'Yémen une inexactitude. Au lieu de quatre ans , c'est soixante-douze ans qu'il faut dire. Les Abyssins furent chassés définitivement par les Persans en 597; ils occupaient l'Yémen depuis 525 de J.-C.
Et des Persans pendant huit ans (p. J28}.
Le chiffre de la durée de la domination persane dans rVémen, donné par Abd-el-Kàder, est à peu près exact. Le dernier vice-roi persan, Bàdhan , qui commença à gouverner, vivait sous Kesra Parwiz, vers 606 de J.-C. Du reste, sur cette dernière période historique, nous manquons de données certaines. (^Foir l'ouvrage de M. Caussin de Perceval, t. 1, p. 159.)
Les Chaldéens, c est-à-dire les monothéistes (p. 128).
L'Émir se sert du mot kaldanioun pour désigner les Chaldéens; la forme de ce mot semble être moderne ; elle est usitée chez les Arabes de nos jours. Mais Maçoudi, dans son Kitâh Eitenbih, appelle les Chaldéens « El'Kadanioun » (avec un dàl pointé) et les identifient avec les Syriens et presque avec les Grecs, les Ninivites, etc. Il dit qu'ils tiraient leur nom du lieu nommé Xa/Ot^oc/» (avec un c/ii/ pointé), capitale de leur empire. {Foir Notices et extraits des manuscrits y
publiés par rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lellrcs, l. Vllf, p. 134, article de S. de Sacy.)
L'ancien nom biblique des Chaldéens est Casdkn; d'après Gesenius, l'expression Ccisdi se rapprocherait de la forme Cardi, conservée dans l'ancien nom des Kurdes. Le lamy introduit dans le mot Kaldanioun parles Arabes modernes, a été emprunté peut-être aux Grecs qui donnent à ce peuple le nom de KaX^alct. Cependant le lam se trouve dans le mot Kalouadi, d'où les Chaldéens ont pris leur nom, d'après Maçoudi.
Abd-el-Kâder, en donnant aux Chaldéens l'épilhète de monothéistes, a dû avoir en vue un moment particulier de leur croyance ; car il parait que les sciences astronomiques, dans lesquelles ils avaient fait de si grands progi'ès, les avaient amenés à une sorte de panthéisme, de culte de la nature. Cette opinion est celle de M. l'abbé Du Contant de la Molette, qui dit, dans dans sa Nouvelle ^néthode pour entrer dans le vrai sens de l'Écriture, t. II, p. 283 et suiv. :
(c Dans les occupations douces et tranquilles de la vie pastorale, les Chaldéens s'appliquaient à connaître le cours des astres, le lever et le coucher de ces globes brillants qui, eu éclairant la terre, règlent en même temps la durée des jours et des nuits, la révolution des années et des siècles. Heureux si une étude aussi noble et aussi utile eût su fixer chez eux la connaissance du Créateur et la pureté du culte qui lui appartient ; mais
malheureusement, oubliant Fauteur de tant de merveilles, et rendant à la beauté de l'ouvrage Thommage dû à la souveraine sagesse de Touvrier, ils morcelèrent rÊtre suprême qui les avait créés, et reconnurent autant de dieux qu'ils conçurent d'esprits ou d'intelligences subalternes, présidant aux diverses parties de l'univers. Leur superstition à cet égard leur fil donner le nom de Casdim, qui veut dire les esprits ou les démons qui devinrent l'objet de leur culte. De Casdim ou Cassidim, l'on a formé le mot Chaldéens ; et les Grecs appelaient Chalcidées ou Chalcidéiê les Chaldéens qui, faisant profession de l'astrologie judiciaire, couraient le monde pour dire la bonne aventure. » '
Le sens des lettres (dans la langue syriaque) se différencie par la diversité des voyelles et du repos (sokoun) (p. 129).
Chaque lettre vocalisée ou accentuée avait-elle, originairement, un sens particulier? Comment arriver à la connaissance du sens des lettres syriaques ? L'Emir ne donne aucun exemple. C'est surtout sur les lettres arabes qu'il aurait pu formuler un système. L'un des Arabes modernes qui possède le mieux sa langue, le cheik' Fàrés, me fit part, pendant son séjour en France, de 1850 à 1854, de remarques assez curieuses qu'il avait
faites en lisant le Kâmous. Il reconnut (ce que tout orientaliste peut vérifier) qu'un grand nombre de mots à la fin desquels se trouve le hmnza ont le sens de mal^ de coït; que ceux à la fin desquels il y a un mim ont celui de casser ^ couper; dans d'autres mots celui à' ombre, ténèbres; mais que ce sens A' obscurité (t^i plutôt affecté au chin; que le hâ à la fin des mots leur donne le sens ô'étonnement, de sottise; le h'à, d'ampleur, d'étendue; ledjim, de mélange; le k'â, d'orgueil; le r'ain au commencement des mots ou au milieu, de tromperie; le sin, d'abondance; le râ, de plénitude^ débordement; le iâ, de vacuité; te t'a, d'étendue. De nombreux exemples viennent étayer cette théorie.
Il est positif que tout signe dans les alphabets représente une idée ; mais la difficulté est de découvrir la véritable idée ; et quelle immense tâche pour les philologues, quand on pense à l'ancienneté des langues , à leur mélange sans fin ! Pour M. E. Renan, la langue est un tout qui se décompose et se recompose sans cesse par une sorte de végétation, et où chaque état a sa raison dans un état antérieur. M. L'abbé Leguest, dans son Essai sur la formation et la décomposition des racines arabes, arrive à cette conclusion qu'une langue monosyllabique et bisyllabique a précédé la langue arabe et l'a formée par la juxtaposition et l'agglutination des mots. M. E. Renan, au contraire, adopte comme le
j;rand principe de la lexicographie sémitique, la trilitléritédes racines, (^loir Histoire des langues sémi tiques, première partie, p. 357.)
Cette théorie des racines arabes nous parait subordonnée à une autre théorie, celle des articulations et des sons, en tant que représentatifs d'idées ; les efforts des philologues doivent se porter de ce côté. Nous apprenons que M. Sabatéry père, ancien défenseur à Alger, qui a fait une étude sérieuse des principes de la langue arabe, est auteur d'une théorie sur les sons de cette langue et qu'il est parvenu à reconnaître un sens particulier aux motions ou points-voyelles. Il se propose de soumettre son système à l'examen de la commission de rédaction du Journal asiatique.
De son côté, M. Lumiuet, interprète de première classe à Mostaganem, a adressé à la Société asiatique un travail sur les lettres arabes dont il annonce avoir découvert la valeur.
NOTK 86.
L'Hermès des Hermès, le irismégiste (p. 129).
Hermès aux trois bienfaits ou aux trois qualités : roi, prophète et médecin. Les auteurs arabes disent que personne avant lui n'avait eu ces trois noms en partage;
qu'il est le premier qui ait raisonné sur les choses célestes, lelies que le mouvement des étoiles, qui ait bâti des temples, glorifié TÊtre suprême, et menacé les hommes du déluge. Son aïeul était Kaïoumortou Adam. Il habitait la haute Egypte et y bâtit les Pyramides ; il construisit les Berbas (monuments religieux), dans lesquels il représenta, au moyen de la peinture et de la sculpture, tous les arts et tous les métiers, craignant beaucoup que les vestiges du savoir ne vinssent à s'effacer du monde. {Foir la traduction des extraits de V Histoire des médecins d'Ibn Abi-Oçaïbyya par M. le docteur Sanguinelti, Journal asiatique^ août- septembre 1854, p. 187etsuiv.)
Ce fui hii qui comtrumt les Pyramides d'Éqypte (p. 129;.
En attribuant à Hermès la construction des Pyramides, rÉmir se borne à répéter une vague tradition, rapportée par des écrivains arabes, entre autres Abou Ma'char cité par Ibn Abi-Oçaïbyya (article du docteur Sanguinetli,/(?i/r/ia/a*«a/*çM^, août- septembre 1854, p. 189) : « Les noms des rois constructeurs des Pyramides sont aussi incertains que Fépoque où ils vivaient. Ces noms et ces dates reposent sur des assertions de Manéthon, sur des ouï-dire d'Hérodote et de Diodore. « {Foir
Nouvelles idées sur les Pyramides^ par M. Eusèbe de Salles, p. 14 ; Carcassonne, 1846.)
11 y a des historiens arabes qui pensent que ce constructeur fut Cheddâd, fils d'Aâd ; d'autres que ce fut Souraïd, fils de Salhouk, roi d'Egypte. On trouvera d'assez longs détails sur cette question dans l'ouvrage d'Essoyout'i, intitulé: H'açan el-Moh'adira fi Ak'bâr Maçr oual-Kàhira. (Man. arabe, fol. 18, r°, n» 6/i9, ancien fonds. Bibliothèque impériale.)
A ce que raconte Makrizi, une des grandes pyramides de Djizeh est le tombeau d'Hermès. {Foir la Relation de l'Egypte, trad. de S. de Sacy, p. 177.)
La première lafigue extraite du syriaque fut celle de VInde qui s'en rapproche le plus. Aussi la langue syriaque s*est injiltrée dans toutes les autres comme Veau dans le hois (p. 130).
L'Émir fait dériver les langues de l'Inde, du syriaque. Une comparaison minutieuse des anciens alphabets de l'Inde avec ceux des peuples sémitiques fait voir que ces deux genres d'écritures diffèrent entièrement entre eux, tant pour la forme et le son des lettres que pour le système de leur arrangement. {Foir Grammaire générale de Klaproth, p. 47.) Il est vrai qu'en Europe quelques savants tels que Volney, le professeur Schleier-
mâcher et même le célèbre Kopp ont cru entrevoir des rapports entre ces langues.
En regardant le syriaque comme la langue mère^ TËmir est d'accord avec la plupart des écrivains orientaux. Maçoudi, dit M. Quatremère, atteste expressément que la langue syriaque fut la langue primitive des hommes, Tidiome d'Adam et de ses enfants. {Foir Tenbih^ manuscrit de Saint-Germain, 337, fol. 51.) Il assure qu'avant la confusion des langues, l'idiome universel des hommes était le syriaque. (^Foir Morotidj\ 1. 1, p. 98.) Ibn K'aldoun, dans ses Prolégomènes Mstoriques (manuscrit arabe de la Bibliothèque impériale, f* 217), mentionne la tradition qui faisait de l'écriture syriaque l'écriture primitive des hommes, et de la nation syrienne le plus ancien peuple du monde ; mais cette assertion n'est à ses yeux qu'une opinion fausse, une idée populaire. «Ces assertions, dit M. Qualremère, qui ne doivent pas être prises à la lettre, indiquent du moins que, dans l'opinion des écrivains les plus judicieux, la langue syriaque est l'une des plus anciennes qui aient été en usage parmi les hommes. » (^Foir Mémoire sur les Nabatéensj Journal asiatique <, 1835, p. 210,211,241 et suiv.)
Kermanech, fils de Marsia, fils de Maskia (p. 131).
Quel est ce Kermanech^ représenté par FÉmir comme rinventeur des lettres latines ? Serait-ce Carmens ou Carm&nta qui n*est qu'un dédoublement d*Évandre auquel on attribue l'invention de Talphabet? On n*ose présenter une hypothèse, lorsqu'on sait à quel point les Arabes défigurent les mots étrangers à leur langue.
Les UahUanls de Sour, ville anvienue de Syrie (p. 132).
Sour représente eii arabe Tancienne ville de Tyr : « Haec autem urbs priiis dicta est Sarra, undè color purpureus dictus Sarranuê et Tyrius. {.Foir Trésor latin d'histoire^ de géographie et de mythologie ^ par Carpentier, au mot Tyrus. — C'est probablement de la langue phénicienne que veut parler l'Émir dans ce passage.
Leurs lettres sont aih*, zt'i, klmn, sàfz\ krcht, lk\ cY (p. 132},
Il est inutile de faire remarquer que les lettres àitij rain, etc., sont des lettres employées dans les dialectes sémitiques et ne semblent pas avoir été introduites dans les alphabets grecs et latins, la langue sanscrite étant la mère, comme il est reconnu maintenant, des langues indo-européennes.
On remarquera qu'Abd-el-Kâder classe les lettres latines en groupes de mots fictifs, comme on range les lettres arabes.
V écrivain commence du côté d'où lui tient la force (p. 132).
Les Arabes pensent généralement que Tusage d'écrire de droite à gauche a précédé la direction inverse ; ils disent qu'un homme, pour tracer sur le sable une ligne horizontale avec un bâton, s'y prendra de préférence de droite à gauche que de gauche à droite.
Lo nombre des lettres de Vécriture arabe est plus grand que celui des écritures des autres peuples ; il y en a vingt-huit, qui sont : ahdjd, houg, /l't'y, hlmn, sàfr\ krcUt, ffc'd, rf'jsV (p. 133).
Nous ne ferons pas un crime à Abd-el-Kâder d'ignorer qu'il y a des langues dont Talphabet renferme un plus grand nombre de lettres qu'on n'en trouve dans l'alphabet arabe. Ainsi l'alphabet sanscrit, qui est le plus parfait que nous connaissions, se compose de quatorze voyelles et diphthongues et de treiile-quatre consonnes; et l'alphabet arménien a trente-huit lettres. Nous n'avons pas écrit les mots, qui réunissent les lettres arabes, avec les voyelles qu'on emploie ordinairement, afin de laisser à découvert les lettres. Pour compléter et éclaircir ce que dit l'Émir sur ces mots , nous allons citer quelques lignes de la grammaire de S. de Sacy : « Les lettres de l'alphabet arabe n'ont pas toujours été disposées dans l'ordre où elles sont aujourd'hui ; les Arabes eu]L-mémes nous ont conservé le souvenir d'un ordre plus ancien ; et ,1a valeur qu'ils donnent à leurs lettres, lorsqu'elles sont employées comme chiffres, confirme l'existence de cet ordre qu'ils nomment Ahoitdjed^ à peu près comme nous appelons l'alphabet ahècé. Pour faire retenir plus facilement les lettres de l'alphabet et
leur ordre, ils les ont divisées en huit mots fictifs et insignifiants, ainsi quil suit : ahoudjedy haouaz, hot'ya, kalamouna, mfaç, korichaty tak'od, d'az'or. Les vingt-deux premières lettres de l'alphabet arabe ainsi disposées sont les mêmes et suivent le même ordre que celles des Hébreux et des Syriens. Il est très-vraisemblable que les Arabes, ainsi que ces autres peuples, n'avaient originairement que ces vingt-deux lettres, et que les six qui composent les deux derniers mots n'ont été ajoutées qu'après coup, sans qu'il soit possible de déterminer précisément l'époque à laquelle remonte cette addition. Ce qui rend cette supposition très-vraisemblable, c'est ce que rapportent quelques écrivains arabes cités par Pococke, que les anciens Arabes nommaient le samediy qui était pour eux le premier jour de la semaine, aboudjed; le second jour, haouaz; le troisième, h'ot'y; le quatrième, kalamouna; le cinquième, sàfaç; le sixième, korichat; quant au septième, ils le nommaient àrowAa. On voit que les lettres de l'alphabet ne leur fournissaient que les noms des six premiers jours de la semaine ; ce qui prouve qu'ils ne connaissaient point alors, ou du moins qu'ils ne distinguaient par aucun signe graphique particulier, les six dernières lettres dont on a formé depuis deux nouveaux mots fictifs, qui, s'ils eussent existé, auraient offert, pour le septième jour de la semaine, un nom analogue à ceux des six autres jours. Pococke remarque que ces noms n'avaient été vraisem-
bbblement donnés aux jonre de la semaine que par quelque maître dVcole, qui voulait graver plus facilement dans Tesprit des enfants Toidre des lettres de Talphabet » (T. I, p. Set 9.)
NOTK 94.
Qui furent tués le jour de la nuée ténébreuse (p. J3.V.
Châtiment infligé aux Madianiles qui traitaient leur prophète d'imposteur. {Fotr le Korân, sourate XXVf, verset 189.)
/.« calcul ronnu sous le nom de Djomal (p. 130).
Dj'oma/, c'esl-à-dirc : somme, addition. — G. Ferhat, dans sa Gra/nmaf>^ara&^(texte publié à Malte), dii, dans sa préface, que les lettres arabes furent réunies dans ces groupes de mots pour deux raisons : 1" à cause du calcul appelé djomal; en effet, les lettres abdjd, houz, h't' servent à marquer les unités; fa> klmn, sàfç\ à marquer les dixaines; krcht, tk*d,d'z', à marquer les centaines; et le rain, les mille; 2- pour se conformer à la langue syriaque où Ton trouve ces mots
arrangés pour le calcul djonial. G. Ferhal ajoute que Tarabc dérivant du syriaque, la branche a suivi le tronc dans l'adoption de cet ordre de lettres. Abraham le Chaidéen parlait la langue syriaque; Ismaïl, son fils, étant raieul des Arabes, il s'ensuit que les Arabes tirent leur origine des Syriens.
Les anciens ont eu pour eux Vinvention des principes et la bonne disposition des règles ; les modernes ont tiré des conséquences de ces principes, ont fortifié les règles et agrandi Védifice de la science (p. l38).
On ne s'attendait pas à voir la question des anciens et des modernes, si souvent débattue chez nous, traitée par l'Emir avec tant de vérité. Ce parallèle nous remet en mémoire un passage des Pensées de Pascal ; nous ne ferons pas tort au grand penseur du xvii« siècle en comparant ses idées avec celles du philosophe arabe :
« Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point dans les matières où il devrait avoir le moins de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées et des mystères même de ses obscurités, que l'on ne peut plus avancer de nouveautés sans péril , et que le texte d'un auteur suffit pour détruire les plus fortes raisons. Mon intention n'est pas de corriger un vice par un autre, et de ne faire nulle estime des anciens, parce
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que Ton en fait trop ; et je ne prétends pas bannir leur autorité pour relever le raisonnement tout seul, quoique Ton veuille établir leur autorité seule au préjudice du raisonnement. Mais parmi les choses que nous cherchons à connaître, il fajat considérer que les unes dépendent seulement de la mémoire et sont purement historiques, n'ayant alors pour objet que de savoir ce que les auteurs ont écrit ; les autres dépendent seulement du raisonnement et sont entièrement dogmatiques, ayant pour objet de chercher à découvrir les vérités cachées. Cette distinction doit servir à régler retendue du respect pour les anciens... La géométrie, Tarithmélique, la musique, la physique, la médecine, l'architecture et toutes les sciences qui sont soumises à Texpérience et au raisonnement doivent être augmentées pour devenir parfaites. Les anciens les ont trouvées seulement ébauchées par ceux qui les ont précédés, et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues. . .
« Les secrets de la nature sont cachés ; quoiqu'elle agisse toujours, on ne découvre pas toujours ses effets : le temps les révèle d'âge en âge... Les expériences qui nous en donnent l'intelligence se multiplient continuellement, et, comme elles sont les seuls principes de la physique, les conséquences se multiplientàproportion... Cependant il est étrange de quelle sorte on révère les sentiments des anciens. On fait un crime de lescontre-
dire et un attentat d'y ajouter, comme s'ils n'avaient plus laissé de vérités à connaître. N'est-ce pas là traiter indignement la raison de l'homme et la mettre en parallèle avec l'instinct des animaux, puisqu'on en ôte la principale différence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que l'instinct demeure toujours dans un état égal... Il n'en est pas ainsi de l'homme qui n'est produit que pour rinfinile. Il est dans l'ignorance au premier âge de sa vie ; mais il s'instruit sans cesse dans son progrès, car il tire avantage, non-seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs... De là vient que, par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprefid continuellement,.. Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses et formaient l'enfance des hommes proprement ; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trauver cette antiquité que nous révérons dans les autres. »
Lhominet dans Copulence, étant exempt des malheurs de Vespèce humaine, ne composera pas de livres, ni ne fera de ters (p. 142).
Ccst un fait constate que presque tous les grands écrivains ont souffert plus ou moins des nécessités de la vie. Sàdi dit quelque part que le parfum ne répand son arôme que lorsqu'il est broyé. Il ne faut pas conclure de là que Fartiste, Técrivain, doivent souffrir pour produire ; ce serait une impiété, comme dit Chateaubriand à Toccasion de Gilbert. Il faut seulement constater le fait et espérer qu'un jour les écrivains pourront développer en liberté leurs facultés et ne sueront plus leurs pensées avec leur sang.
Les tradiiiotis orales [hadit) du prophète de Dieu furent transmises par lesOdouls (p. 147).
Les odouhy les justes qui transmettaient avec fidélité les traditions; officiers publics dépendant du kâdi. Ils exercent, dit Ibn-K'aldoun , les fonctions de témoin entre les particuliers, qu'il s'agisse de constater leurs droits ou leurs obligations; ils se prêtent à leur ser-
vir de témoins dans leurs conventions et à déposer en justice en cas de contestation. {Voir Chrestomathie arabe de S. de Sacy, t. I, p. 38.) En Algérie, Vàdel (siug. de ôdoul) est Vassesseiir du kàdi.
Jusqu'à ce qu'elles parvinrent à El-Bok'âri (p. 147).
Âbou àbd-aliah Moh'ammed ei-Bok'àri, fils dlsmaïl, auteur du Sah'ih', célèbre recueil de [traditions , est mort en 256 de l'hégire. i^Voir AhoulFéda^ annal, moslem., t. II, p. 237, Chrestomathie arabe de S. de Sacy, 1. 1, p. 407.) A Toccasion de l'ouvrage de ce traditioniste, le professeur d'arabe à la chaire de Constantine, M. Cherbouneau, m'a adressé une lettre qu'un T'àleb très-intelligent de cette ville, Moç't'afa ben Ah'med ben Sadat, lui a écrite; il y est question d'un exemplaire Tort remarquable du Sah'ih' de Bok'àri qui fait partie de la Bibliothèque de la grande mosquée à Alger. Voici le résumé de sa lettre : Étant à Alger, sa patrie et la résidence de sa famille, à l'époque où il fit ses études, il eut le bonheur d'entendre les leçons de deux professeurs, Moç't'afa el-R'adiri, muphli de cette ville, et Sidi Abd- Errah'man, imam de la grande mosquée. Ces deux maîtres l'ont guidé dans la lecture du Sah'ih' de Bok'àri. Le manuscrit sur lequel il a étudié devant eux, à la grande
mosquée, esl une copie ancienne, déposée, à titre de ha botis^ dans la bibliothèque de cet établissement. L'exemplaire est composé de huit volumes; il a été écrit tout entier par Sidi Abd-el-Kàder el-Fàçi, à Fez, dans les premières années du xi« siècle de Thégire, sur un manuscrit d'Ibn-abi-Sàada, qui fut un des disciples de Fimam El-Bok'àri. La correction de la copie est garantie par la science reconnue des maîtres, puisque le seul copiste qui se trouve entre Sidi Abd-el-Kàder el-Fàçi et el-Bok*àri est un élève de Flmàm.
Ils lui envoyèrent les livres de Platon, d*Aristote, d'Hippocrate, de Galien, d'Euclidet de Ptolémée et d'autres. Il confia ces livres à Vhahileté des savants qui les traduisirent avec un très-grand soin,... En interdisant ces livres au commencement de Vlslâm, on avait Vintention de fixer les règles de la loi divine et de faire prendre racine aux vrais articles de la foi (p. 148).
L'Émir, dans cette partie de son livre où il traite de l'introduction des livres grecs chez les Arabes, fait ressortir les avantages qu'ils en retirèrent.
Un illustre orientaliste, dont la mort récente est une grande perte pour le monde savant, M. Etienne Quatremère, semble nier dans un de ses écrits l'influence heureuse des études scientifiques sur les Arabes.
« Les premiers maîtres des Arabes, dit-il, furent en
générai des médecins syriens. Ces hommes, chargés de faire passer dans la langue arabe les productions grecques, consultèrent souvent moins la valeur intrinsèque des ouvrages que leur propre inclination. Familiarisés, dès leur enfance, avec les livres des médecins, des philosophes, des dialecticiens grecs, dont la lecture faisait leurs délices, ce fut dans cette classe qu'ils allèrent chercher, en général, les ouvrages destinés à former le goût des Arabes. Or, des traités de ce genre sont, dans la langue originale, écrits trop souvent avec une concision désespérante; les raisonnements, quelquefois plus subtils que solides, présentent un enchaînement de périodes obscures dont le sens ne peut être saisi que par une attention soutenue et pénible. Que Ton se représente donc ces ouvrages traduits, pour la plupart, du grec en syriaque et du syriaque en arabe, par des hommes qui n'étaient peut-être pas également versés dans la connaissance de ces langues, et Ton sentira qu'ils devaient nécessairement offrir aux Arabes une image bien incomplète et souvent bien fausse des sciences des Grecs. On peut donc admettre, ce me semble, que ces nombreuses traductions ne furent pas toujours pour les Orientaux des acquisitions aussi précieuses que l'on serait tenté de le croire... Les écrivains musulmans remarquent avec l'expression d'une douleur amère que l'introduction des écrits des philosophes grecs dans la langue des Arabes, changea ces hommes grossiers en
esprits forts, et que de cette époque date la naissance de ces sectes si uombreuses dont les principes, souvent absurdes , portèrent le trouble et la discorde dans le sein du musulmanisme. » {Voir Du goût des licres chez les Orientaux^ Jourtt al asiatique y }ui\\el 1838, p. 36,37.)
Nous ne pouvons partager sur ces divers points les idées de M. Quatremère. Il nous semble que, pour bien apprécier ce mouvement scientifique chez les Arabes, il aurait pu s'entourer de renseignements plus complets et l'envisager sous un point de vue plus élevé. Ces hommes, dit-il en parlant des médecins syriens, consultèrent moins la valeur intrinsèque des ouvrages que leur propre inclination. Mais nVtaient-ce pas des œuvres de la plus haute valeur que les livres d'Hippocrate, de Galien, d'Euclide, de Ptolémée, d'Aristote, de Platon, cités par Abd-el-Kùder ? Et quels auteurs choisir dans l'antiquité qui fussent plus propres à favoriser la culture scientifique et philosophique d'une nation ?
M. Quatremère fait remarquer que ces livres, écrits avec une concision désespérante, pleins de périodes obscures, de raisonnements quelquefois plus subtils que solides, devaient être difficilement compris par des hommes qui n'éVMeni peut-être fitks également versés dans la connaissance des langues grecque, syriaque et arabe. Je reconnais (lue les livres de sciences, de philosophie, qui pivotent sur des abstractions, des raisonne -
meiUs serrés, algébriques, sont très difficiles ; mais ils ne sont pas impossibles à comprendre. Il doit y avoir eu des traductions inexactes ; mais, en général, les traducteurs arabes étaient des savants de premier ordre, versés dans la médecine, la philosophie, Tastronomie, etc., et c'est rhistoire qui vient attester leur habileté.
Ainsi, dans son Hialoire des médecins, Ibn abi Oçaïbyya, qui a consacré un chapitre aux traducteurs des livres grecs (le IX^ Foir Manuscrit arabe de la Bibliothèque impériale, sup. n" 673, f* 115, v"), fait la biographie de trente-neuf hommes de science qui s'étaient voués à la tache ingrate, m^iis féconde, de transmettre aux Arabes la science des Grecs. Ces savants étaient tous des hommes de valeur ; en voici quelques-uns dont nous connaissons plus particulièrement la vie :
Djourdjis était médecin du kalife El-Mauçour pour lequel il traduisit beaucoup de livres grecs, {f oir sa biographie dans Ibn abi Oçaïbyya, traduite par M. le docteur Sanguinetti, Journal asiatique^ août-septembre 1855, p. 131.)
Honaïn Ibn Ishàk , médecin du kalife El-Motewakkil, s'acquit, au rapport d'Ibn abi Oçaïbyya, une grande renommée comme traducteur de livres grecs. Il avait des connaissances linguistiques très-étendues ; il possédait parfaitement les langues syriaque, arabe, persane et grecque. C'était presque le Qualremère de son temps.
^foirstï biographie dans Ibn abî Oçaïbyya, f- 105, v% (1115, r.)
Kost*a Ibn Loukâ , qai vivait sous Moktadir Billah, le plus habile des traducteurs, était à la fois médecin, philosophe, astronome, mathématicien. Ibn abî Oçaïbyya dit qu'il traduisit beaucoup de livres grecs en arabe, qu'il était retnarquable par sa manière de traduire j éloquent en grec, en syriaque et en arabe. Il corrigea beaucoup de traductions. Il était d'origine grecque. {Foir Nos Études sur le traité de médecine arabe d'Âbou Djàfar Ahmed, Jourtial asiatique j avril-mai 1853, p. 336 et suiv., et p. 51 et 5^ du tirage à part, chez Baillière.)
C'était donc en général à des savants versés profondément dans la langue grecque que ces traductions furent confiées, et Abd-el-Kàder en fait la remarque.
M. Quatremèreditqueces nombreuses traductions ne furent pas toujours^i^oxxv les Orientaux, des acquisitions aussi précieuses que Ton serait tenté de le croire. Mais comment ne pas reconnaître que les études des livres grecs furent la cause première des admirables ouvrages que nous ont laissés El-Faràbi, Avicenne, Averroès, El- Gâzali, Rhazès et tant d'autres? Sous les grands kalifes abbassides, le peuple arabe était devenu le gardien des sciences qu'il était presque seul à cultiver, comme le fait observer Abd-el-Kàder, et, lorsqu'il transmit ce dépôt à d'autres, il ne le rendit pas sans l'avoir accru. Cette
question a été longuement traitée dans YHisloire dèHi Jrahes^ par M. Sédiiiot (p. 332 et suiv. ; voir aussi Y Orientalisme rendu classique^ 3* édition, dans les Fleurs de l'Inde, p. 227 et suiv.)-
Plus loin, M. Quatremère, adoptant les idées de quelques écrivains musulmans, dit que Tintroduction des écrits des philosophes grecs dans la langue des Arabes changea ces hommes grossiers en esprits forts, et que de celte époque date la naissance de ces secles si nombreuses dont les princi[3es souvent absurdes portèrent le trouble et la discorde dans le sein du musulmanisme. Mais Abd-el-Kâder remarque avec beaucoup de raison qu'en interdisant les livres grecs au commencement de rislamisme, on avait eu l'intention de laisser se fixer les règles de la loi divine, et de faire prendre racine aux vrais articles de la foi (1). L'islamisme, le mono-
(1) L*Éinir aura puisé ce renseignement dans les Prolégomènes de H'adji K'alfa, où on lit ce qui suit : u Dans les premiers temps do l'islamisme, les Arabes ne cultivaient aucune autre science que leur langue, l'étude des décisions légales contenues dans leur code, el la médecine ; car quelques particuliers parmi eux possédaient la médecine, parce qu'elle est d'une indispensable nécessité pour tous les hommes en général. Leur éloignement pour les sciences avait pour but de conserver la pureté de leur croyance et des dogmes fondamentaux de l'islamisme, et d'empêcher que l'étude des connaissances cultivées par les anciens peuples n'y introduisît quelque affaiblissement et n'y portât quelque atteinte, avant que cette religion fût solidement affermie. » [Voir la Belation de VÉgypte d'Abd-el-Latif, trad. de S. de Sacy, p. 241.)
ibéismey remplaçant ridol.Atrîe, était un progrès dans la vie religieuse du peuple arabe. Lorsque celte religion fut bien assise, qu'elle fut devenue la croyance générale de la nation, le moment de la discuter devait arriver; mais il eut été peu sage de devancer ce moment. Ce furent les kalifes abbassides El-Manrour, Er-Rachid, El- Mamoun surtout, qui provoquèrent le mouvement scientifique, philosophique et |de libre examen. A cette époque, on enseignait, concurremment avec le texte et les commentaires du Korân, les livres d'Aristote. On vit alors un gouvernement despotique et religieux s'allier à la philosophie. La religion musulmane, qui était établie depuis plus de deux siècles, n'avait pas à craindre d'être renvei-sée ; elle était forte ; elle pouvait supporter la discussion, et de nombreuses sectes naquirent : Kadarites, Djabarites, Sifatiten, Motazélites, Baténiens, Taiimites, Ascharites, etc.
L'apparition des sectes dans une religion n'est pas un mauvais symptôme, c'est le signe du réveil de l'esprit humain, de son émancipation rationnelle; et l'on devrait, ce me semble, applaudir à ce mouvement intellectuel, au lieu de le blâmer comme le fait M. Quatremère à l'oc- , casion des sectes musulmanes ; car la vérité ne s'illumine, ne se complète que par la discussion. Les sectaires sont les analystes de la pensée religieuse ; malheureusement, et c'est là leur tort, il leur arrive d'abandonner trop tôt leur rôle d'analystes pour celui de synlhétistes ;
ils proclamciU comme la vérité unique, universelle, la vérité partielle qui les a séduits. Puis quand une secte domine, et devieut la religion officielle, elle se montre aussi intolérante contre les sectes nouvelles qu^elle Tavait été elle-même contre les fondateurs de' la religion antérieure.
Les sectes ont donc leur bon et leur mauvais côté. Quoi qu*ilen soit, nous ne pouvons mieux terminer cette note que par une pensée que nous trouvons précisément dans ime notice biographique consacrée à la mémoire de M. Quatremère (Journal des Débats^ 20 octobre 1857), par M. E. Renan qui dit, en parlant de la société où a vécu cet orientaliste : c< En religion, on devenait facilement sectaire, afin de pouvoir regarder la vérité comme sa propriété ou comme un privilège qu'on partageait avec un petit nombre. »
leurs livret célèbres sont : le traité (VEssend handai dahr Edddhir, le traité d*El-Àrdjhiry et le traité d^El-Arkand (p. 162).
M. Reinaud, dans son Mémoire sur Vlnde^ a parlé de ces trois ouvrages astronomiques d'après plusieurs écrivains arabes, entre autres l'auteur du Tarik' el- ITokama, qui réduit à trois les méthodes indiennes
arrivées à la connaissance des musulmans : i^ le êindhind (altération du sanscrit siddhània [voie droite], d'après Colebrooke), méthode relative aux mouvements des astres et aux équations calculées au moyen de sinus, de quart en quart de degré. Ce traité fut traduit en arabe par Moh'ammed el-Fazary, d'après les ordres du calife £l-Mançour, en 77S de J.-C. ; 2* Varyabhatta ou aryahhaza (il faut voir ici Yardjkir d'Abd-el-Kàder); S"" Varkand (rattaché par Colebrooke aujterme sanscrit arka, soleil;) suivant El-Byrouny, c'est une altération du sanscrit ahargana [somme des jours], (^f^oir le Mémoire sur l'Inde, p. 312, S22 etsuiv.)