rf., p. 306 (7 février 183i
comprends fort bien que les amitiés, même les plus éprouvées, renoncent et se délient. Adieu donc, mon ami. Enterrons, chacun de notre côté, en silence, ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre tue en moi. Adieu.
Que s'était-il donc passé ? Nous pouvons, me semble-t-il, rapprocher des lettres du poète ce récit fait par M. Troubat, qui le tenait assurément de Sainte-Beuve lui-même :
Victor Hugo se serait consolé de sa disgrâce, si tant est qu'il en ait souffert. Ce qu'il aurait aisément pardonné à Tami, il ne le passait pas au critique. Ce sont des blessures d'amour-propre, qu'il a ressenties : il ne se trouvait jamais suHisamment loué. Je ne vous citerai qu'un trait, qui peindra mieux Victor Hugo que toutes les publications de ses amis malencontreux.
Sainte-Beuve venait de faire paraître une étude sur l'un des ouvrages de Victor Hugo, dont le titre m'échappe en ce moment. — J'espère, dit le critique au poète, que vous avez été satisfait. — Personnellement, oui, répliqua Hugo, avec un accent qui ne trahissait pas une forte conviction; mais c'est M™« Hugo qui vous en veut... H mettait son mécontentement à lui sur le compte de sa femme, comptant que Sainte-Beuve y serait peut-être plus sensible. Eh bien ! ce qui prouve que tout cela n'était que de la comédie, c'est que ^me Hugo, interrogée par Sainte-Beuve à cet égard, reconnut sans le moindre embarras qu'elle n'y était pour rien et que son mari avait imaginé cette feinte pour servir ses propres intérêts 2.