Correspondance, I
dant son séjour à Lausanne. Sans doute, l'éloignement, les relations nouvelles, Tabsorbant travail de son cours, la vie retirée qu'il menait dans un petit cercle intime endormirent sa douleur. Mais jamais elle ne cessa de se faire sentir, et parfois même la blessure à demi cicatrisée se rouvrait brusquement. Le 18 mai, — presque au moment de son retour et peut-être même en raison de ce retour imminent, — il épanchait son amertume dans une confidence à son ami Guttinguer :
En quittant Paris en octobre, j'élais sombre et trois fois sombre. J'avais tout lieu de Têtre ; et ce qui m'est arrivé depuis mon départ m'a montré queje n'exagérais rien. Littérairement, j'ai éprouvé ceconcert d'injures qui ne devient flatteur, comme j'ai fini par le trouver, que quand on s'est habitué au sourire d'une ironie doucement méprisante. Du côté de la Place-Uoyale, j'ai éprouvé ce que deux mots de conversation pourront seuls vous expliquer; d'une part une noire et grossière machination, qui sent son cyclope; de l'aulrc une inouïe et vraiment stupide crédulité, qui m'a donné la mesure d'une intelligence que l'amour n'éclaire plus. Quoique décidé à tout, en partant et quoique parti précisément pour en finir, j'ai souffert pourtant de tous ces retours amers et de ces dernières convulsions. Je n'en ai bâillonné la plainte qu'à force de travail et de travail encore^.
Cela reste bien obscur ; mais ce qui n*est point obscur, c'est sa colère, et sa résolution d'en finir de cet amour, — qui ne devait jamais finir.