Latreille et Roustan, p
2i4 LE LIVRE D'AMOUR DE SAINTE-BEUVE
espèce de distractions dans les choses ou dans les pensées, j'ai fait beaucoup de vers: j'en ai fait surtout de deux sortes. Je me trouve avoir en ce moment, et sans trop y avoir visé deux recueils entièrement finis. Celui qu'aujourd'hui je donne, le seul des deux qui doive être de longtemps, de fort longtemps publié, n'est pas, s'il convient de le dire, celui même sur lequel mes prédilections secrètes se sont le plus arrêtées. Il n'exprime pas, en un mot, la partie que j'oserai appeler la plus directe et la plus sentante de mon âme en ces années. Mais on ne peut toujours se distribuer soi-même au public dans sa chair et dans son sang, et après l'indiscrétion naïve des premiers aveux, après Teffusion encore permise des seconds, il vient un âge où la pudeur redouble pour ce qu'on a, une troisième et dernière fois, exprimé : soit qu'on ait exprimé des sentiments qui bientôt eux-mêmes expirent, mais que rien ne remplacera désormais, soit qu'on ait préparé en silence le monument de ce qui durera en nous autant que nous, de ce qui ne changera plus*.
Enfin il y faisait encore une allusion dans la première préface de ses Poésies complètes :
On trouvera ici réunies toutes les poésies que j'ai publiées en volumes jusqu'à ce jour, augmentées du petit nombre de celles qui me restaient à recueillir. Elles forment un ensemble qui se complète assez bien et auquel f aurai désormais très peu à ajouter 2.
Il avait à y ajouter presque tout le Liv7*e d'amour. Ces Poésies complètes n'en contenaient, en effet, que très peu de morceaux : Un mot qu'on ine re-