Préface de 1840, non reproduite dans rédilion de
dit,,,, en appendice aux Consolations, Laissez-moi! Tout a fui,,, et Oh! que son jeune cœur,,, dans les Romances qui terminent le volume. Malgré la violence de son désir, une pudeur le retenait encore ; et il n*osait pas « se distribuer », — et en distribuer une autre, — « au public dans sa chair çt dans son sang ».
C'est pourtant cette mAme année 1840, que Sainte- Beuve commença précisément à suivre l'exemple de Guttinguer. Comme son ami, il célébra dans des poèmes un amour repoussé ; comme lui, il fit tirer le recueil à un nombre infime d'exemplaires ; comme lui enfin, il le destinait surtout, — presque exclusivement, — à celle qui l'avait rendu malheureux. C'est le Dernier Rêve, consacré à Frédérique Pelletier. Le 1" septembre 1840, Sainte-Beuve écrivait à Olivier :
Je vous aurais écrit ces jours précédents, si moi, mon cher ami, je ne me trouvais très malheureux. Un petit bout d'imprimé poétique (tiré à trois ou quatre exemplaires), et que vous ne montrerez à personne, vous apprendra avant peu le fii intérieur des sentiments auxquels je fais allusion : vous le recevrez par la poste et le mettrez dans les arcanaK Voici le fait prosaïque, cher ami : je me flattais depuis quelques mois d'un bonheur charmant, et enfin d'un bonheur permis. Je croyais avoir trouvé, il me semblait qu'on me répondait; il me semblait que mon plus grand ennemi était en moi-même, dans mon habitude incurable d'indépendance. J'ai lutté contre moi-même, contre mes idées, j'avais compris le ma-
1. La même idée et le même mot se trouvent, nous Tavon» vu, dans l'article des Portraits Contemporains sur les élégies de Guttinguer.
riage : cette place que j'ai prise [de bibliothécaire] n'était que pour avoir le droit de me présenter. Eh bien! j'ai été refusé, — avec grâce, mais, je le crains, sans retour. La douleur que j'en ai éprouvée et que j'en éprouve est inexprimable. Imaginez que j'y suis retourné malgré moi dès le surlendemain du refus. J'y retournerai, qui sait? ce soir même. L'objet est des plus purs, des plus dignes; mais mes vers vous diront cela. Ainsi, cher ami, au moment où vous êtes inquiet ou heureux, je ne suis plus ni l'un ni l'autre, mais abattu net. J'ai erré ces trois jours durant comme un chien sous le soleil. Hœret lateri arundo*.
Vingt jours après, il lui mandait :
Vous n'avez pas reçu par la poste cette feuille imprimée, parce que le remords d'indignation m'a pris : elle seule l'a eue entre les mains, c'est assez ^.
C'était un premier Livre d'amour^ mais innocent celui-là, puisqu'il ne célébrait qu'un rôve et qu'un espoir permis, puisque l'honneur de celle dont il y était parlé n'en pouvait recevoir la plus légère atteinte 3. Et encore Sainte-Beuve avait-il des scrupules.
1. Lettres à Olivier, publiées par M. Séché {Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1904, p. 163).