Ibid.y p. 165 (20 septembre
3. Un dernier rêve a été publié intégralement dans TédiMon des Poésies de 1861-63. 11 comprend : I. une petite introduction ; // fut court,.. — 11. Sonnet, traduit d'Uhland. Deux jeunes filles... — 111 et IV. Sonnets a deux Sœurs : A M"' Frédérique. Pour qu'en paroles... et A if"" Eliza-Wilhelmine, Puisqu'à tout coup... — V. Sonnet. J'ai fait le tour... — YI. Paroles, vœux d'un cœur.., — VII. On parlait de la mort.., — VIII. A deux Sœuhs. Lire des
Mais ces scrupules passèrent. Malgré sa promesse, — promesse de poète, — il avait recommencé à (( se distribuer au public dans sa chair et dans son sang ». A voir ses vers imprimés, il avait éprouvé cette joie que connaissent bien tous les écrivains, — et plus encore ceux qui, comme lui, dédaignés de leurs contemporains, espèrent en la justice de l'avenir. Cet autre recueil, le vrai Livre d'amour, depuis si longtemps prêt, qui exprimait une passion si profonde et si durable, qui contenait des poèmes si soignés, si heureusement venus à son avis, ne pouvait-il, sinon le publier, au moins l'imprimer, de son vivant? Ne pouvait-il pas, par prudence ne devait-il pas, en assurer dès maintenant la survivance ?
Ainsi tenté, Sainte-Beuve hésita trois années ; mais enfin, en 1843, il fit le pas. M. Séché suppose qu'une des raisons qui le décidèrent fut qu'il était alors épris de M"^ d'Arbouville et qu'il espérait la
vers... — IX et X. Un joui' qu'on croyait avoir trouvé...^ suivi de Ne coulez plu^... — XI. Un Canevas.
Mais Sainte-Beuve l'avait déjà reproduit, presque tout entier, quoique dispersé, dans ses éditions antérieures. Dès 1840 (25 avril), le Sonnet d'Uhland et les deux Sonnets à deux sœurs avaient paru dans les Notes et sonnets faisant suite aux Pensées cVaoût ; et le sonnet Tai fait le tour... (sous le titre Sonnet-Épilogue), après les Romances finales. Dans l'édition de 1845, On parlait de la mort.,. avait été inséré parmi les Pensées d'août ; Paroles^ vœux d'un cœur... et Un jour qu'on croyait. ..^ suivi de iVe coulez plus.,., parmi les Notes et sonnets, 11 n'y manquait donc plus que l'introduction, le distique : A Deux Soeurs. Lire des vers..., et le Canevas en prose.
toucher, — l'éblouir peut-être, — en lui faisant lire son roman avec Adèle ^ Cette hypothèse ingénieuse paraît au moins probable.
Le Livre fT amour fut donc intégralement imprimé. Il en a été tiré un assez grand nombre d'exemplaires, puisque, après la mort de Sainte-Beuve et toutes les distributions faites, M. Troubat dit en avoir trouvé quatre-vingts, qu'il aurait brûlés à Compiègne^. Mais on ignore quel fut exactement ce nombre. M. Séché, d'après le testament de Sainte-Beuve, du 19 décembre 1843, parle d'un tirage de deux cent quatre^; d'autre part, Paul Chéron, le dernier confident de Sainte-Beuve, dans l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale dont nous parlerons plus loin, donne le chiffre rond de cinq cents'*.
{. Le Livre d'amour de Sainte-Beuve {Revue Bleue^ 21 mai 1904, p. 668, col. 2).
2. Lettres à M. Lemaître du 17 novembre 1883 et du 12 avril 1884 (E. Lemaître, Le Livre d'amour, Reims, Michaud, 1895, p. 54 et 56). — Voir Écho de Paris, ii décembre 1896.
3. Article cité, p. 669. — On lira plus loin ce Testament et Ton verra que M. Séché s'est trompé : 204 n'est pas le chiffre des exemplaires tirés, mais des exemplaires restants. Mais, si l'on admettait le chiffre de M. Chéron, il faudrait supposer que Sainte-Beuve, avant décembre 1843, avait déjà distribué 296 exemplaires : ce qui paraît bien invraisemblable. On serait alors tenté de croire que le livre a dû être tiré à environ 200 : les 4 exemplaires supplémentaires, plus les quelques exemplaires déjà distribués, représentant ce que les imprimeurs appellent « la passe ».
4. L' «ex-bouquiniste» qui parle du Livre d^amour dans Vlntei*médiaire des chercheurs du 10 février 1877, croit aussi (mais peutêtre d'après Chéron), à un tirage de 500. — A. Rarr, dans ses Guêpes, parle d'un tirage à 100 exemplaires; mais nous verrons que Karr était mal renseigné.
Sainte-Beuve offrit son livre à quelques amis des plus intimes, h M™'' d'Arbouville, à la duchesse de Rauzan, à Hortense Allart, à Olivier, à Arsène HoussayeS plus tard enfin à M. Paul Chéron^ et assurément à d'autres encore. Pour en mieux assurer l'existence, il avait légué tout ce qui lui en restait à Juste Olivier, et avec les plus méticuleuses recommandations. Le Livre d^amow\ pour qui lit son testament, parait être la chose qui lui tient le plus au cœur.
Paris, aujourd'hui 19 décembre 1843.
Ceci est ma dernière volonté.
Je donne et lègue à ma bonne mère, si je meurs avant elle, tout ce que je possède soit en petites rentes, soit en effets, tels qu'habits, linges. Si j'ai le malheur de mourir après elle, je donne et lègue tout ce que je possède et que je viens de désigner à mon ami M. Juste Olivier-Ruchet, de Lausanne. — Dans tous les cas, que je meure avant ou après ma bonne mère, je lègue à mon dit ami, le professeur Olivier-Ruchet, ma bibliothèque au complet et je le nomme mon exécuteur testamentaire.
Il voudrait bien, sur la nouvelle de ma mort, se transporter chez moi à Paris, et y exécuter ce que je lui recommande religieusement. Il trouverait une petite cassette de bois jaune ; en l'ouvrant, il y trouverait des paquets de lettres cachetées et autres pièces qu'il pourrait, ou détruire, ou
1. Cf. lettre du 14 juillet 1845 {Nouvelle Correspondance, p. 99).
2. L Intermédiaire des chercheurs et des curieux du 10 janvier 1881, et un Catalogue de la librairie Détaille assurent qu'il lui en fut remis trois exemplaires.
garder soigneusement en s'assurant que le secret absolu de ces papiers soit gardé. Je m'en remets là-dessus à lui *.
Il trouverait de plus dans une armoire (ou ailleurs, si je le déplace dans la suite) un ensemble de petits volumes imprimés ayant pour titre Livre d'amour. Il s'assurerait de bien recueillir la totalité de ces volumes qui se montent en tout à 20i (plus un petit paquet contenant les bons à tirer de ce volume retirés de Timprimerie). Ce chiffre de 204 est essentiel, afin que pas un exemplaire ne soit distrait. Parmi les 204, un exemplaire est à demi broché en jaune, tandis que les autres au nombre de 202 sont brochés en vert : il y a de plus, pour faire ce chiffre de 204, un exemplaire en bonnes feuilles non broché :
202 brochés en vert
1 exemplaire mal broché en jaune 1 exemplaire non broché, de bonnes feuilles plus 1 paquet de bons à tirer.
Mon ami Olivier s'emparerait de ces volumes et les conserverait jusqu'à la mort des deux personnes qui, ainsi que moi, n'en doivent pas voir la publication. Après quoi, il serait libre d'en user à sa volonté ; mon intention expresse est que ce livre ne périsse pas. S'il devait relarder lui-même cette publication, il la recommanderait, après lui, à quelque autre de fidèle et de sûr.
— Je voudrais que, parmi les livres de ma bibliothèque, deux ou trois volumes que je me réserve de désigner (tels, par exemple, qu'une Imitation de J,-C.^ dorée sur tranches, une Valérie de M™*' de Kriidner demi-reliée en deux volumes, une Ourika, un volume intitulé Poésies de ma Grand'tante) fussent offerts comme souvenir du plus respectueux et du plus profond attachement à M™« d'Arbouville (Paris, place Vendôme, n° 10). Elle sera bien bonne de les accepter, comme
li Tout semble indiquer que ce sont les lettres d'Adèle.
souvenir du plus dévoué et du plus humble de ses admirateurs et serviteurs.
— Des indications écrites de ma main apprendront à mon ami Olivier ce que je désire qui soit fait de divers papiers qu'il trouvera.
J'offre à lui et à sa chère femme, M™« Caroline Olivier- Ruchet mes remerciements pour leur tendre amitié et leur lègue ma mémoire.
Paris, ce 19 décembre 1843.
Cii.-AuG. SAINTE-BEUVE.
à rinslilut ^
Mais on sait que Tamitié d'Olivier et de Sainte- Beuve ne dura pas. Olivier, relevé de sa mission d'exécuteur testamentaire, ignora ce que devenait le Livre d'amour.
Sainte-Beuve, dit-il 2, me recommandait particulièrement un recueil de poésies plus intimes, presque secrètes, qu'il avait fait imprimer, mais non publiées. Au besoin, elles devaient être transportées en Suisse, chez mon frère, pour plus de sûreté. Il en a peut-être inséré quelques-unes dans la dernière édition de ses premières poésies, mais je ne sais ce qu'est devenu le recueil lui-même.
Ce qu'il était devenu, un autre ami de Sainte- Beuve qui, à la différence d'Olivier, est resté lié avec lui jusqu'à la fin de sa vie, va pouvoir nous l'apprendre. En 1879, M. Paul Chéron a donné à
1. Revue des Deux-MondéÈ, !•' août 1904, pp. 601-603. 2» Souvenirs [Bibliothèque Universelle et Revue Suisse^ août 1876, p» 573)»
22i LE LIVRE D'AMOUR DE SAINTE-BEUVE
la Bibliothèque Nationale un volume relié contenant les Poésies complètes (édition Charpentier 1840), et le Livre d'amour. A la dernière page, son père y avait, de sa main, écrit cette note :
Ce recueil a été tiré à 500 exemplaires, qui ont été détruits par Fauteur, sauf quatre ou cinq donnés lors de l'impression à différentes personnes (M™<'* d'Arbouville, de Kozan, Ilortense Allart, etc.), un paquet de 10 ou 12 trouvé chez Fauteur après sa mort ' et 7 qu'il a corrigés et annotés de sa main et fait relier avec différents ouvrages, savoir :
Deux avec Poésies complètes de Sainte-Beuve, Paris, Charpentier, 1840, i845, in-18 ;
Un avec Volupté^ 3» édition, Paris, Charpentier, 1845, in-18;
Un avec Portraits de femmes ^ Paris, Didier, 1845, in-18 ;
Un avec Œuvres de Louise Labbé, publiées par L. Boitel, Lyon et Paris, 1845, in-12 ;
Un avec Lettres de Af*'« Aïssé, édition Ravenel, Paris, Gerdès, 1846, in-18 ;
Un avec Calixte, par M™«de Charrière, Paris, Lalitte, 1845, in-18.
La pièce XXXVII, l®»" septembre^ p. 94, a été réimprimée dans la deuxième série du Parnasse contemporain de Leraerre, p. 289-290.
Cet exemplaire de la Bibliothèque Nationale est particulièrement précieux-, parce que Sainte-
1. Cela ne s'accorde pas avec ce que M. Troubat raconte de son auto-da-fé de 80 exemplaires.
2. M. Séché (article cité, p. 669) croit que cet exemplaire (Y", 4800-4801, Réserve) « était ignoré jusqu'en ces derniers temps à la Bibliothèque ». C'est une erreur. Les fiches du Catalogue manuscrit indiquent expressément que ce volume contient le
Beuve Ta annoté de sa main^ Et ces annotations, de nature très diverse, sont toutes très significatives.
Livre tVamouv; plusieurs fois les journaux ravaient signalé et en avaient même extrait les annotations les plus importantes. (Cf. Lamoignon, le Livre cVamow\ dans le Gil Blas du 3 décembre 1896, et Myrtil, les Amows de Sainte-Beuve dans VÊcho de Paris du 3 janvier 1897, cités dans mon Sainte-Beuve avant les Lundis, p. 716). Mais personne n'en avait reproduit les annotations complètes, comme M. Séché l'a fait le premier.
1. Un détail curieux, c'est qu'une feuille collée à la i" page du volume porte des corrections destinées à l'édition des Poésies complètes de 1843. Voici cette note :
« Dans la pièce à M"" Tastu, p. 325, il faut changer ainsi une stance :
Puis à toi, ta blessure est si simple et si belle,
Si dévouée au bien et pour un soin si pur,
Toi, chaque jour laissant quelque part de ton aile
Au fond du nid obscur, Que c'est, etc.
et dans la pièce à Turquety, p. 463, il faut changer ainsi la stance :
Pour qui donc fleurissent ces roses
vSi ce n'est pas pour les offrir?
Rayon de mai, pourquoi courir,
Sans un doux front où tu te poses? etc., etc. »
— La première version de la première strophe était :
...Si dévouée au bien et par un soin si pur, Toi, chaque jour brûlant quelque part de ton aile Au foyer trop obscur...
et celle de la seconde
...pour les offrir?
Charmant rayon, autant mourir Sans un doux front où tu poses I
La strophe de la pièce à M'"" Tastu a été encore modifiée dans l'édition définitive de 1861-63 ; et le dernier vers de la strophe à Turquety remplace lui-môme ici une autre variante manuscrite rayée. Mais dans l'édition de 1840, la pièce à M"" Tastu se trouve à la page 286, et la pièce à Turquety manque. 11 faut donc que Sainte- Beuve se soit trompé en collant ou en faisant coller dans l'édition de 1840 cette note destinée à l'édition de 1845.
226 LK LIVRE DAMOL'H DE SAINTE BECVE
11 en est qui révèlent Timportance que Sainle- Beuve attachait à son recueil, Tardent désir qu'il avait de le voir survivre et lui procurer de la gloire, Tobscur sentiment des reproches qu'il lui attirerait et de la nécessité d'y répondre.
En efiFet, au verso de la feuille de garde du volume, est inscrite cette dédicace, — qui est une prière à Tami qui le reçut :
Lege atquc tace et pdei tuas commissum secreto in posterum serva.
Et au dos du faux-titre du Livre dainour luimême, se lit ce plaidoyer manuscrit :
Ce sont ici des vers d'amour composés autrefois, en ce temps où l'on avait le bonheur de la jeunesse, des vrais plaisirs et des vrais tourments. On s'est décidé à en assurer l'existence, puisqu'ils ont été faits de l'aveu des deux êtres intéressés pour consacrer le souvenir de leur lien. Us portent avec eux d'ailleurs leur explication plus que suffisante et n'en souffrent pas d'autre ici. Fruit rare et mystérieux de plusieurs années d'étude, de contrainte et de tendresse, ils se rossentent par moments de ce manque de grand air et de soleil ; ils ont sans doute des parties difficiles et obscures, mais ils y gagnent du moins pour la vérité, la sincérité. Ceux qui, tôt ou tard, y jetteront les yeux, pourront y remarquer un mélange et comme un conflit de deux inspirations que le poète n'a pas fondues sans doute autant qu'il aurait fallu. L'amour antique, fatal, violent, y perce et revient déjouer par accès l'amour chrétien, mystique, idéal, qui se flattait de régner. Cette contradiction et ce combat étaient une
partie de Torage même que le poète agitait en son cœur et qu'il s'est borné à tâcher d'exprimer. S'il lui était permis de s'expliquer par ses propres exemples, il dirait que la manière de Joseph Delorme revient ici traverser et troubler celle des Consolations, qu'il y a mélange, hélas ! et obscurcissement. On trouvera peut-être qu'il y a chute. Du moins, encore une fois, la poésie en est sincère, et l'âme a coulé par la blessure ^.
Une autre annotation trahit la rancune que Sainte- Beuve avait conçue contre le mari d'Adèle. Il avait imprimé dans la pièce XVI :
Mon amitié peu franche eut bien droit aux rigueurs Et je plains l'offensé noble entre les grands cœurs.
Il y ajoute ce renvoi :
Non, il n'est pas un noble cœur: artificieux et fastueux, il est vain au fond ; tous ceux qui l'ont pratiqué de près ont lîni par le savoir ; mais j'ai longtemps été dupe. J'étais dans l'antre du Cyclope, et je me croyais dans la grotte d'un demi-Dieu.
— Cela complète le « je la hais » du Journal
inédit : après Tamie, le mari de Famie!
D'autres notes, — qu'on pourrait appeler les notes
historiques, — montrent ce souci de l'exactitude,
que les poèmes eux-mêmes, ou les explications
imprimées qui y sont jointes, révélaient déjà si
1. Rapprocher de cette dernière phrase le n" 1 du recueil sans titre consacré à M"* d'Arbouville. Voir plus loin.
curieusement. A la pièce XXXIV, Sainte-Beuve avait dit:
De Boussac, un mutin, deux manants m'arrivèrent, etc.
Il raye partout (môme à la table) le mot de Boussac, le remplace par Quimper et ajoute :
C'est Quimper au lieu de Boussac qu'il y avait primitivement dans cette pièce et qu'il y faut restituer.
A la pièce XLI, il avait parlé de
... la prochaine barrière, Bizarrement dressée en colonnes de pierre ;
il commente :
La barrière du Trône, qui pouvait alors sembler bizarre, parce qu'elle était inachevée.
Enfin, au sonnet final :
Insensé, qu'ai-je fait? . .
Je voulais la nuance, et j'ai gâté l'ardeur !
il donne cet intéressant détail :
C'est à ce moment et pour s'efforcer de la ramener, qu'a été écrite la petite nouvelle qui a pour titre Madame de Pontivy.
Puis, ce sont les notes du grammairien. A la pièce XXIX, au vers
La rosée à des cils où pointe le désir,
il s'excuse ainsi de sa hardiesse :
Pointer pris dans le sens de poindre comme dans celte locution : le verd (la verdure) commence h pointer. Le verbe poindre est impraticable dans la plupart de ses temps.
Ce sont les notes du pédant, heureux d'enrichir ses morceaux d'une épigraphe ingénieuse et bien appropriée, de signaler un rapprochement avec un texte ancien. A l'épigraphe Dantesque du Livre damoitr^ il ajoute à la main cette autre :
Si faut-il une fois brûler d'un feu durable
(La Fontaine, Élég, ii.)
A la peinture de la joie bondissante qu'éprouve Adèle, quand sa tante l'espagnole apporte les lettres de son ami, il rappelle Apollonius de Rhodes :
Ainsi Médée dans le poème des ArgonautiqueSy livre III,
vers 454.
La pièce XllI avait une épigraphe de Dante ; cela ne lui suffit plus et il en joint une autre :
Cantet, amat quod quisque : levant et carmina curas
(Galpurnius, Eclog, xi.)
et comme il y disait
Déjà j'avais en vers chanté ton Époux-roi
il renvoie à son modèle, Homère :
AvotÇ, au sens antique.
A la fin de la pièce XV, Qui stiis-je et qiiai-je fait,.., il écrit :
On pourrait mettre à la pièce précédente cette épigraphe : « Je vois que ce n'est pas moi que vous aimez, mais une idée qui vous appartient uniquement et que vous avez rendue digne de vous, et trop peu ressemblante à la chétive créature à qui vous en faites présent. Vous me réduirez enfin à ma juste valeur. J'espère cependant qu'accoutumée à m'aimer et touchée de mes sentiments, vous ne m'en aimerez pas moins. »
(Lettre de M-^^ de Staal à M"^*' Du DefTant.)
A la pièce XVII, Octobre, Elle est à Bièvre^ il avait joint une note imprimée « DU aiitem dedenint œrumnam qui nobis inviderunt tina manentes jiiventnte delectari^ senectiitis limeii attingere. »
(Odyssée, xxiii.)
ce n'est pas assez, et il la fait suivre de cette autre note :
Épigramme de Paul le Silentiaire (AnthoL Palat., v, 255) qui finit par ce distique :
« Tpiç [xàxap, oç TOioai, çtXr), Ôea[JLOÏaiv iXiyBri, Tpi; (Jiaxap, àXX' fjjxeiç avSixa xaid(x£0a^. »
A la pièce XXn, il lui faut une seconde épigraphe :
Quis mundumcapietlocus
(SÉNÈQUE, Hercule sur VCEta, act. III);
et une seconde également à la pièce XXV :
Jouis, jouis désormais Heureux pasteur, et tétais.
(Vauquelin de la Fresnaye.)
Et enfin ce sont les notes de l'homme de lettres, soucieux de parfaire son œuvre, soucieux surtout de. recueillir les éloges qu'elle lui a valus. Le son-
1. « Trois fois heureux, ô mon amie, qui fut lié de tels liens, trois fois heureux I Mais nous, nous brûlons séparés. »
2. La pièce XX, Un mot qu'on me redit... n'a aucune note manuscrite dans le Livre d'amour; mais elle se trouvait déjà à la suite des Consolations dans l'édition de 1840. Là, au vers
Nous n'aurions i)as le nôtre, avec nous plus d'accord,
Sainte-Beuve a collé une feuille qui porte : « Et dans la vérité, si les hommes me prennent par des endroits où je ne suis pas tel qu'ils me croyent, il y a en moi des maux et des iniquités presque infinies qui ne sont connues de personne et sur lesquelles on ne me dit mot. » (Rangé. Lettre au maréchal de Bellefonds.) — C'est dans cette édition de 1840 que parait également pour la première fois, et ajoutée à la main, la première épigraphe actuelle de l'épître à Ampère (Poésies, II, 255).
net de ramant antiquaire (pièce XXXIH) se terminait par :
Mais une veste en cuir, où vite il écrivait,
Sur les bords et partout, chaque trait qu'il rêvait,
Dicton cicéronien ou projet de canzone
Sainte-Beuve modifie :
sitôt qu'il le trouvait, Beau mot cicéronien ou beau vers de canzone.
Et à la dernière page du livre, il recopie orgueilleusement ces félicitations reçues de deux personnes auxquelles il avait communiqué son œuvre :
« Il y a des choses introuvables d'expression et de charme : la pièce Amour, où donc es-tu, etc., puis N'avoir qu'un seul désir..., puis le récit du portrait. — Il y a un vers sur la louange acceptée pour V absent qui est divin; puis encore celui qui finit ainsi : i7 est fête en son cœur.
(Lettre de la D. de R.).
[Duchesse de Rauzan],
«... C'est un amour enlevé, ravi; c'estune beauté invincible. Je ne crois pas que chez les Grecs, chez les Latins, ni chez nous, on ait jamais si bien peint les impressions, les sensations que la beauté cause, avec sesairs, ses cheveux, sa façon. Vous pouvez espérer, comme André Chénier, que là chaque homme pourra retrouver ce qu'il aura une fois senti, connu, parla femme et la beauté ! Il y a moins de subtilités que je n'attendais. »
(Lettre de M"» H[ortense] A[llart .)
Ainsi annoté, le Livj^e d'amour devient plus significatif encore, et il semble que Ton y retrouve tous les traits qui caractérisent le plus Sainte-Beuve comme homme et comme poète.
fe.
^Uk.w
La publicité donnée par Saint-Beuve au Livre d'amoîir, fut si discrète et le secret en resta alors si bien gardé, que Victor Hugo n'en apprit rien. La preuve en est que, quelques mois après, il consentit à revoir Sainte-Beuve et à lui rendre service.
La mort de Campenon et de Casimir Delavigne avait causé une double vacance à l'Académie française. Sainte-Beuve posa sa candidature au fauteuil de Delavigne. Il tenait passionnément à être reçu, et d'autant plus peut-être qu'on lui opposait la candidature de Vatout, « homme d'esprit et joyeux convive plutôt que littérateur^ », mais protégé de Louis- Philippe. Le double vote eut lieu le 8 février 1844 ~. Saint-Marc Girardin fut choisi d'emblée pour succéder à Campenon ; mais personne ne fut nommé à la