Figaro du 28 décembre
Ainsi, Victor Hugo se solidarisait avec sa femme; il traitait dédaigneusement de calomnie le récit de Sainte-Beuve; il y voyait l'ignoble vengeance d'une (c laideur dédaignée ». S'il en est ainsi, il est clair qu'il ne pourra jamais plus y avoir le moindre rapport amical entre le diffamateur et le mari de la femme diffamée, bien moins encore entre le diffamateur et sa victime elle-même.
Entre Victor Hugo et Sainle-Beuvc, en effet, il n'y en eut plus; ils s'évitèrent, et quand parfois il n'avaient pu s'éviter, il se produisait une scène orageuse : le Journal inédit de Sainte-Beuve en mentionne une, le 16 juillet 1846, au sortir de l'Académie.
Mais^ entre M"^^ Victor Hugo et Sainte-Beuve, il y eut encore des relations affectueuses ; il y en eut toujours.
En juin 1848, elle courutde graves dangers : « Le 25, entre six et sept heures du matin, deux mille
insurgés s'étaientportcs sur la caserne des Minimes, située rue des Tournelles et sur diverses issues de de la Place-Royale. Malgré une vigoureuse défense, les troupes se virent bientôt cernées de toutes parts ; les cartouches manquaient, les issues étaient fermées, môme le cul-de-sac Guéménée; on apportait de la paille pour brûler les portes au fond du passage. Tout à coup, on apprend que la caserne des Minimes, qui commande Tune des portes de la place et qu'occupent 50 hommes de la garde républicaine, commandés par le sous-lieutenant Lebas, vient d'ouvrir ses portes aux insurgés. Ceux-ci se précipitent par la rue des Tournelles dans la Place- Royale; les gardesnationaux surpris se jettent sous les galeries; la mairie est évacuée et cinq compagnies du 18* léger rendent les armes. Il était huit heures et demie. La maison de Victor Hugo était vide. Depuis la veille M™'' Hugo et ses enfants s'étaient réfugiés chez un ouvrier fumiste et ils s'y tinrent cachés pendant plusieurs jours ^ » Dès que le calme fut un peu rétabli, Sainte-Beuve s'empressa de lui demander de ses nouvelles :
Le 27.
Chëre Madame,
Au milieu de cette horrible crise où vous venez de passer, comment êtes- vous, vous et les vôtres? J'ai bien pensé h vous
i. Bn<K, Viclor Uwjo après 1830, 11, 130.
dans ce cercle de fer où vous étiez enfermés. Gomment vont vos fils? Un mot, un simple mot : bien ou assez bien, jeté à la poste, me donnerait une vraie joie. Votre mari a-t-il pu être avec vous?
Je suis tout à vous, ciière Madame, avec mille respects ^
Quand il quitta Paris pour aller à Liège, il ne cessait point d'être tenu au courant de ce qui lui arrivait : « 0/ine demeure plus rue d'Isly, mais rue de La-Tour-d'Auvergne, 97 » 2, écrivait-il à Pavie, le l'^'' mai 1849.
Puis, vint le coup d'Etat et Texilde Victor Hugo. Réfugié à Bruxelles, — avec Juliette! — il avait laissé sa femme et sa fille à Paris. Ce furent elles qui présidèrent à la vente à Tencan qui fut faite de tout son mobilier. « Le lendemain, avant de quitter Paris, M™*' Victor Hugo se présentait au numéro 41 de la rue Montparnasse, chez Sainte-Beuve. Elle venait lui demander de ne rien écrire contre son mari, tant que celui-ci serait en exil. Cette demande fut faite en toute simplicité et toute noblesse, sans allusion au passé, sans un reproche et sans