Inédite (Des archives Lovenjoul — naturellement
2. BiKÉ, Victor Hugo après 1830, II, 155. — Hugo après juin 1848 était allé demeurer rue d'Isly, n* 5 : Ses enfants avaient eu une si affreuse impression des quatre journées de batailles livrées à la Place-Royale qu'ils n'avaient plus voulu y rester (Lettre de M"" Hugo à Pavie, 20 juillet 1848, Cf. Birk, Victor Hugo après 1830, 11, p. 131).
une plainte, Sainte-Beuve fut ému, il promit et il a tenu sa promesse ^ »
1. BiHÉ, Victor Hugo après 1852, p. 32. M. Biré n'indique pas la source de son récit; — Cf. la lettre de Sainte-Beuve à quelqu'un qui lui écrivait qu'on attribuait à la crainte de déplaire aux Tuileries son silence sur les Contefnplations de Victor Hugo :
Ce 17 mai ISôG.
Monsieur,
Puisque vous voulez bien prendre intérêt à ce qu'on dit de moi (ce que depuis déjà longtemps je ne fais guère pt»ur mon compte) voici ce que vous lK)uvez répondre à ceux qui attribuent mon silence sur M. Victor Hugo à quelque motif plus digne d'eux que de moi.
J'ai été nussi lié avec M. Victor Hugo quon peut l'être, ainsi que l'attestent mes Poésies. Celle liaison a cessé, il y a plus de vingt ans, par des raisons qui sont restées entre nous. Je n'ai donc pas à écrire sur lui depuis ce temps-là, et je ne saurais le faire comme il convient à un critique indépendant, sans paraître méconnaître et violer une ancienne amitié, ou sans avoir l'air d'y vouloir remonter et de m'y reprendre.
Depuis son exil, il est devenu encore un sujet d'examen plus impossible pour moi. Non pas que je sois embarrassé pour le fond même de la politique. J'ai connu M. Victor Hugo en 1827, encore royaliste d'un royalisme très pur; puis libéral, comme il convenait à un hommedesa génération. En 1848, il est devenu républicain, mais modéré, ambitieux cependant. En I84î», il était bien avec le président Louis-NaiK)Ié(m. A l'Assemblée seulement, il s'est fait rowje. Au 2 décembre et depuis, il a jugé à propos de se signaler de plus en plus de ce côté, mais avec une violence qui lui a rendu sa rentrée en France plus difficile qu'à aucun autre. Depuis ce temps-là, je le considère mo?ns comme un exilé que comme un combattant, et je ne crois pas que cette attitude lui déplaise. Il fait la guerre dans son lie et à sa manière. Vous avez pu lire les poésies politiques qu'il a lancées à plus d'une reprise.
Maintenant, il lui plaît de se présenter par un côté tout serein et contemplatif, comme un pur poète ; mais ce sont là des divisions qu'on ne peut accepter dans un examen véritable où l'on cnil)rasserait tout le talent. II faudrait donc en revenir aux parties où la critique ne doit pas toucher. C'est là un inconvénient.
Si on veut le louer, sans doute on le peut faire, et beaucoup de gens le fout et le feront. Je me garderai de rien dire qui y soit contraire. Pour moi je ne le ferai pas, parce que ma louange serait accompagnée de trop de restrictions qui paraîtraient des offenses à un homme de grand talent dans le malheur, — ou parce que, en supprimant toutes les critiques sérieuses, je serais réduit à faire, ce que vous paraissez désirer, acte de générosité !
Or, je n'ai pas à prendre ce rôle, —je ne tiens qu'à être équitable; ~ quant à l'idée des Tuileries et aux autres ])areilles, veuillez savoir, Monsieur, ce qui vous étonnera peut-être, que je n'y suis jamais allé sous aucun
M™° Hugo rejoignit son mari et le suivit en Belgique, à Jersey, à Guernesey. On sait qu'elle vie elle y mena. M"* Drouet accompagnait partout Victor Hugo, s'installait à chaque fois non loin de lui, le recevait à dîner lui et ses invités, protégeait ses enfants contre les sévérités de leur père, avaitla bonté ^ parfois, de songer à M"' Hugo, et, quand elle traitait un de ses parents de « boire à sa santé^ ». Que devait penser la pauvre femme délaissée? Quels souvenirs du passé revivaient en sa mémoire? Nous pouvons le deviner par la scène que raconte Alfred Asseline :
Il y a dans la vie des heures marquées pour le chagrin. J'entrai un jour d'automne dans le salon de M™« Victor Hugo à Hauteville et je la trouvai seule, songeuse, un peu affaissée. Ses yeux étaient déjà bien affaiblis et ne pouvaient s'apercevoir de l'émotion qui me causait son état maladif.
— Tu ne dînes pas avec moi aujourd'hui, me dit-elle.
— Pourquoi donc?
— Ces messieurs ont arrangé une petite fête chez M"»« Drouet et ils comptent sur toi.
régime et pas plus sous celui-ci que sous un autre; qu'à l'heure qu'il est,
je n'ai jamais vu le chef de l'État et n'ai jamais eu l'honneur de lui parler.
Cela répond à tout. Ce qui ne m'empêche pas de penser (et j'en ai le
droit, à cause même de mon indépendance) qu'il est peu convenable à un
homme qui, comme moi, approuve fort l'ordre actuel, le régime actuel, et
qui estime que la société en a grandement besoin, de venir exalter sans
nécessité un poète de grand talent sans doute, mais qui a fait en Horte que
son nom fût désormais un nom de guerre. — Vous voyez que j'ai plus d'une
raison à l'appui de mon silence.
{Correspondance, I, 212).