BiRÉ, Victor Hugo après 1852, p. 213, note
— Mais je préfère dîner avec vous, je ne veux pas vous laisser seule.
— Je dînerai avec ma sœur. El puis^tu me désobligerais... J'insiste pour que tu ailles chez M™»Drouet. Tu feras plaisirà mon mari. On n'a pas beaucoup de distractions ici ; je te répète qu'on compte sur toi. Vous rirez, vous vous amuserez.
Je regardai ma cousine dans l'ombre pâle que répandaient les grands rideaux aux plis épais. Son front était de marbre, ses lèvres décolorées, son regard presque éteint.
J'approchai mon fauteuil près du sien et nous nous oubliâmes dans des causeries sans fin... Le jour baissait, nous n'échangions que de la tristesse.
— Ah! bien! va-t-en, me dit-elle, tu me ferais pleurer. Je fis quelques pas vers la porte. Elle me rappela :
— Tu m'écriras ce beau vers que tu citais tout à Theure :
Le Temps, vieillard divin, honore et blanchit tout.
Maintenant, va vite retrouver tes cousins, ne te fais pas attendre ^.
« Le Temps, vieillard divin, honore et blanchit tout » : c'est le dernier vers du sonnet Si quelque blâme^ hélas!,,, d'un sonnet de Sainte-Beuve, d'un sonnet du Livre d'amour^ d'un sonnet adressé à M"' Hugo elle-même. Quel souvenir et à quel moment !
Mais il y eut encore d'autres scènes, — plus pénibles. Albert Lacroix, l'éditeur des Misérables^ avait eu l'idée de fêter le soixantième anniversaire de Victor Hugo ; mais il était gêné par une difficulté