‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 153 sur 166 · Pons, p · texte numérisé non relu

Pons, p

avait dîné avec M"° Hugo : « Vous ne me dites pas tout, observa le critique : il paraît que vous vous êtes querellé avec M™' Colet. — Comment savezvous? — M°* Victor Hugo sort d'ici et elle m'a tout appris. » — Et, voyant la surprise de Troubat, Sainte-Beuve crut devoir ajouter d'un ton indifférent : «Nous nous voyons quelquefois ^ »

En 1864, pendant un voyage à Paris, M""® Victor Hugo écrivit plusieurs lettres à Sainte-Beuve :

9 Avril

... Pour occuper mon esprit, disait-elle dans la première que je connaisse, je voudrais écrire quelque chose sur Alfred de Vigny. Cette étude m'aiderait à compléter un petit livre dédié aux morts que j'ai commencé avant l'exil. Vous avez parlé, m'a- t-on raconté, d'Alfred de Vigny. Je voudrais savoir ce que vous en dites. La critique littéraire, à laquelle je n'entends rien et que vous avez tous les droits d'aborder, n'entre pas dans mon cadre; mais je trouverai, dans ce que vous avez écrit, des faits, des dates et une appréciation générale de l'homme, qui me serviront, — et puis je vous lirai. ...

Sainte-Beuve lui envoya alors son article do la Revue des Deux Mondes^ et elle lui répondit :

Dimanche, 31.

23,riie de l'Embarcadère, Auleuil.

J'ai lu et relu votre étude sur de Vigny. C'est profond, délicat et vrai. Toutefois, il me semble que vous n'avez pas

1. Brisson, les Amours de Sainte-Beuve (Visite à M. Troubat) {Temps du 22 décembre 1876).

rendu justice aux vertus de famille de M. Alfred de Vigny. Je sais de lui, à cet égard, des faits nobles et touchants. Ce que vous dites de la séance de réception, à laquelle j'ai assisté, est vivant et de la plus rigoureuse réalité, quoique, suivant mon impression, vous me sembliez un peu partial pour M. Mole, qui, de son côté, avait à cette séance, une attitude hautaine, sentant surtout un peu trop son grand seigneur. Cette légère réserve faite, je ne sais rien de plus admirablement raconté ; c'est fait à déconcerter les plus forts. Que vais-je devenir, dans mon insutïisance?

Merci des bonnes heures que vous m'avez fait passer et à vous de mon vieux cœur K

Bref, comme leditiVl.Troubat, « M"**' Hugo a été en relations suivies, amicales dans les derniers temps, avec Termite de la rue Montparnasse, qu'elle a vu jusqu'à sa mort. Elle ne venait guère à Paris, sans lui pousser une visite-, »

Ils étaient donc entre eux sur le pied de vieux amis; et c'était conforme à la devise de Sainte- Beuve : <( Avec les femmes amies qui nous ont souri, continuer de vivre dans un doux oubli reconnaissant 3. » Il parlait d'elle volontiers, et d'un ton affectueux. Le 5 janvier 1866, il écrivait à Baudelaire.

\. BiKÉ, Victor Hugo après 1852, Ho. Cette lettre est de mai 1864. — M. Biré rappelle que Sainte-Beuve avait publié quelques lignes de la dernière lettre {Nouveaux Lundis^ IV, 407) mais sans nommer M""» Hugo.

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