‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 4 sur 166 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

9 au 10 octobre 1869, il fit exhumer le cercueil d'Elisabeth Siddal, et d'entre les ossements, il retira les chefs-d'œuvre donnés jadis à la morte. Il les publia Tannée suivante et ils lui valurent de la gloire.

C'est un fait arrivé; et c'est un symbole. Tel est l'amour des poètes pour leurs œuvres. « Plus fort que la mort», — mais dans un sens où l'on n'a pas coutume de prendre cette expression, — il surmonte les autres amours et il leur survit, ou il les tue.

Du moins, Elisabeth Siddal n'a pas vu livrer au public ces poèmes qu'elle seule avait dû connaître et seule posséder. Rien n'y pouvait atteindre et diminuer sa mémoire. Rossetti n'a troublé que des cendres insensibles. Il y a eu un poète, qui, lui aussi, — après sept années environ, — a exhumé des vers d'amour jadis offerts à la femme aimée. Mais ils avaient dû être écrits en isecret et secrètement acceptés. Mais ils révélaient, aux contemporains comme aux générations futures, des faiblesses (imaginaires ou réelles) de cette femme. Mais cette femme était

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