‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 42 sur 166 · Pièce XXXIX · texte numérisé non relu

Pièce XXXIX

pas qu'on doit être aimé en exposant d'ordre les causes de l'amour. » — Quoi qu'il fasse, la passion languit. Ils en sont aux explications, sinon encore aux récriminations. Lui, il se plaint qu'elle n'ait point tenu une promesse spontanée : au bas de la pièce où il célébrait son refus du portrait, il ajoute maintenant cette note mélancolique : « Le portrait pourtant a été fait. » Elle, elle le trouve froid, morose, négligent ^

Ami, si vous sentiez le quart

Du mal de mon <lme contrainte,

Oh ! que vous verriez mieux ma part î

Que vous auriez douceur et plainte !

Que vous trouveriez aussitôt

Ces mots puissants et qu'il me faut,

Ces mots d'enivrante mémoire,

Qui d'un cœur jaloux d'être aimé

Vont au cœur soudain désarmé,

Et convainquent quand on veut croire î

Et lui, rejette le reproche :

Mon Amie, à regret ma nature est ainsi :

Mais elle, et puis le sort, si longtemps obscurci. M'ont fait de peu de joie et de peu d'espérance. Lorsque de votre cœur, qu'un doute a traversé, Un nuage glaçant dans vos yeux a passé, Je rentre en ma vieille souffrance î Tout mon vœu se retire, et ma parole a fui ; La source manque ; l'or qui par vous avait lui N'est plus que sable en moi ; je n'ai rien qui vous tente j Je le sais, et, plutôt qu'un transport où je mentej

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Comme orphelin soumis qui n'eût matin ni fleur. Je m>n remets à mon malheur !

— Oui, répond-elle, je le sens aussi ; je vous aime trop et je vous lasse; eh bien, je vais faire taire « ce trop d'amour qu'un autre bénirait ». — Oh non ! dit-il, ne restreignez rien de votre amour. — Mais si ! Vous désirez en secret une passion plus calme : « on s'aime presque autant, d'un cœur plus reposé, d'un feu moins agitant»; c'est cela qu'il vous faut et vous avez raison. — Et lui, il jure qu'il n'en est rien, il la supplie de l'aimer toujours de la même, de « l'unique et divine manière » : son seul mal est d'être loin d'elle, son seul bonheur d'en être près. Elle se laisse convaincre; mais l'heure inexorable sonne, qui les sépare. Alors elle le quitte sans vouloir accepter une lettre, pleine de ces débats : elle veut seulement un dernier mot de tendresse qu'elle emporte avec elle^ Sans doute, ils sont tombés d'accord; sans doute, s'il versifie cette querelle, c'est pour le plaisir d'y peindre leur réconciliation : qui ne sent néanmoins que l'ancien charme a disparu ?

Encore une fois il voulut se faire illusion ; encore une fois, il célèbre une de leurs promenades mystérieuses, ménagées parla bienveillante Martine,

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