‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 62 sur 166 · BiRÉ, Victor Hugo avant 1830, p · texte numérisé non relu

BiRÉ, Victor Hugo avant 1830, p

LE LIVRE D'AMOUR DE SALNTE-HKUVE 99

personne de grand air, avec les plus belles épaules du monde. La figure était pleine de bonté et cependant il y avait dans tout r ensemble de la femme une sorte de majesté espagnole^, » — M. Biré la représente ainsi : « Ses yeux éclatants^ ses épais cheveuxnoirs, son teint lumineux faisaient croire d abord à une femme fière et dominatrice. C'était au contraire une nature très douce, très tendre et très modeste. Il semblait que, dans cette maison où tout le monde était spirituel, elle mît de la coquetterie à être la seule qui n'eiit point d'esprit. Dans son salon de la Place Royale, elle prenait peu de part aux conversations; bien loin de chercher à y briller, elle s'en désintéressait complètement, au risque parfois, quand elle s'y mêlait, d'y intervenir à contre-temps comme quelqu'un qui tombe des nues... Hier encore, un des anciens hôtes de la Place Royale me disait: « W" Hugo? Mais elle était bête ! » La vérité est, — ses lettres nous l'ont bien fait voir, — qu'elle avait du sentiment, du cœur, de l'esprit môme au besoin. Elle avait par surcroît du talent... Elle ne parlait jamais de sa littérature. Elle était extrêmement simple et naturelle. Charitable et bonne, elle avait dcs^délica-

1. Lettre à M. Lemaitre, 20 avril 1881. (E. Lemaithe, le Livre d'amour^ Reims, Michaud, 189o, p. G3.)

tesses de cœur infinies^ » — M. Troubat enfin, répétant les éloges mitigés de Sainte-Beuve, confiait en 1896 à un journaliste : « M"*' Hugo était d'une distinction remarquable, d'une sensibilité exquise, mais elle n'était pas à la hauteur du rôle écrasant qui lui incombait. Elle n'avait rf'ime reine^ — d'une reine de lettres, — que le poi^t de tête. Elle avait vraiment grand air, quand elle faisait les honneurs du salon de son mari. Mais elle ne brillait pas crun bien vif éclat à d'autres points de viie"^. n

En 1828, Sainte-Beuve ne fit ni ces critiques, ni ces réserves ; il admira et fut séduit. Sans doute, il se promit d'abord de n'en rien laisser voir, pas même à elle, surtout à elle. Mais il voulut pourtant se donner la joie de la célébrer dans ses poèmes. Au mois de mai de 1829, il lui adressait la pièce qui ouvre les Consolations. Avertis maintenant, si nous la relisons, bien des mots nous y frappent. C'est le tableau d'un de ces chers instants consacrés^^ si amèrement regrettés plus tard :

Vers trois heures^ souvent, j aime à vous aller voil*; Et là vous trouvant seule, o mère et chaste épouse! Et vos enfants au loin épars sur la pelouse, Et votre époux absent et sorti pour rêver, J'entre pourtant ; et Vous, belle et sans vous lever,

(. Viclov Hugo après 18.')2, p. 20Î), sqq.

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