Nommé au Livre d'amoin\ pièce XIII
tristes » reconnurent l'un dans Vautre un caractère semblable au leur et leurs atomes crochus s'accrochèrent bien vite. On sait par les articles de Sainte- Beuve, par Volupté^ et par le livre de M. de Spoelberchde hoyexi\o\x\^ Sainte-Beuve inconnu^ combien intime fut la liaison du critique et de V « ami de Normandie ». On sait moins avec quelle rapidité elle fut formée. J'ai pu lire dans les incomparables archives de M. de Lovenjoul bon nombre des lettres d'Ulric à Sainte-Beuve. Le 16 février 1829, suppliant Sainte-Beuve de lui communiquer ses poèmes en manuscrit, il l'appelait cérémonieusement « Monsieur » ; le 20 mars, c'est « Mon cher Monsieur » ; le 3 avril, c'est « Mon cher et bon Joseph » ; le 5 avril, c'est « Mon cher ami » ; le 9 avril, « Mon ami » ; et dès lors Ulric s'ouvre pleinement à lui de ses peines d'amour. Je ne sais pas si Sainte-Beuve lui rendit immédiatement confidence pour confidence; en tout cas, Ulric avait bien senti qu'il portait à la femme de son ami une affection plus tendre qu'à son ami lui-même et il prenait une sorte de plaisir à le charger de ses commissions auprès d'elle :
Victor Hugo, lui écrivait-il, le 3 juillet, aura lu son drame {Marion), Je regretterai celte soirée. J'aurais bien écouté. Donnez-lui la main pour moi bien amicalement, et vers trois heures, en ouvrant votre nuit, nommez-moi àM"*'' Hugo
que j'aime et que j'honore comme vous la chantez! Votre ami, votre malheureux ami^.
lin mois après cette lecture, séparé des Hugo, mari et femme, depuis deux jours seulement, sentant que loin d'eux son cœur n'est plus entier et vole à leur poursuite, Sainte-Beuve leur envoie un tendre appel. Usait bien qu'ils n'ont pu pensera lui comme il pensait à eux ; « ils vivent l'un dans l'autre et ils se suffisent » ; sans amis, « leur existence est pleine » : ils ont la famille, les enfants. Mais lui, hors d'eux, il n'a personne :
Vous dont j'embrasse en pleurs et le seuil et l'autel,
Êtres chers, objets purs de mon culte immortel ;
Oh 1 dussiez-vous de loin, si mon destin m'entraîne,
M'oublier, ou de près m'apercevoir à peine,
Ailleurs, ici, toujours, vous serez tout pour moi ;
— Couple, heureux et brillant, je ne vis plus qu'en toi 2,
Et de plus belle il se remet à célébrer son cher Victor Hugo, ce « jeune homme au chaste cœur ^ »,
1. « En ouvrant votre nuit? » Je pense que cela doit faire allusion à quelque fête chez les Hugo, peut-être à une réception annoncée chez eux pour la première de Marion, au sortir du théâtre. (C'est précisément en juillet 1829 que la pièce devait être jouée, quand la censure l'interdit.)