‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 77 sur 166 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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bien) et les dates mêmes (quatre ans depuis la première entrevue : 1826-1830).

A cette lecture, une hypothèse surgit, me semblet-il, tout naturellement. Victor Hugo aurait-il vers ce temps-là connu les sentiments que Sainte-Beuve éprouvait pour Adèle? Aurait-il alors interrompu toutes relations entre eux? Le critique aurait-il en conséquence usé de ce moyen détourné pour rappeler à son amie la constance de son affection, pour Tencourager à y faire toujours le môme accueil favorable, en lui en attestant l'innocence une fois de plus? Je ne le crois pas. Le premier des deux articles, en effet, a dû être écrit au plus tard le dimanche, jour du baptême, plus probablement pendant les quelques jours qui l'ont précédé. Si, à cette date, les communications eussent été interceptées entre M™^ Hugo et Sainte-Beuve, c'est que Victor Hugo aurait antérieurement connu la vérité. Alors sans doute il n'eût point permis que Sainte- Beuve fût le parrain de son enfant; il ne lui eût pas donné cette occasion nouvelle de s'introduire dans le cercle de sa famille. Admettons même qu'il ne l'eût appris que le vendredi, après avoir écrit sa lettre à Pavie, il aurait encore eu le temps d'exclure Sainte-Beuve : un parrain, pour un homme comme lui, est vite trouvé, et les prétextes pour le public ne sont point difficiles à imaginer. D'autre part, nous

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verrons que Victor Hugo, quand il sut, ne montra point cl(» colère à son ami ; il ne le chassa point, il s'ensc^para doucement. Si le critique eût voulu par un subterfuge continuer avec son amie des relations qu'on l'avait prié d'interrompre en faisant appel à son honnêteté ; si à la face du mari, — auquel l'article du Globe ne pouvait échapper, — il eût etfrontément renouvelé des déclarations maintenant claires pour celui qu'elles offensaient; ce dernier n'y eût-il pas vu à bon droit un outrage immérité et une déloyauté coupable : n'eût-il pas des lors pris une attitude plus sévère? 11 devait donc, à cette date, ne rien savoir encore et ne pas pouvoir interpréter le message, du moins d'une manière sûre. En tout cas, il ne tarda point à apprendre la vérité, ou une partie de la vérité. Et je me der mande si cet article même, avec son ton significatif, ses allusions précises, n'auraient point ou confirmé ses soupçons antérieurs, ou tout d'un coup ouvert ses yeux. Ce qu'il y a de certain, c'est que, le 4 novembre, Hugo n'ignorait plus les sentiments de Sainte-Beuve pour sa femme, tout en continuant, semble-t-il, d'ignorer comment elle les avait encouragés et comment elle y avait répondu. En effet, ce jour-là, il écrivait à son ami :

Je viens Je lire votre article sur vous-même et j'en ai pleuré. De grâce, mon ami, je vous en conjure, ne vous

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abandonnez pas ainsi. Songez aux amis que vous avez, à un surtout, à celui qui vous écrit ici. Vous savez ce que vous êtes pour lui, quelle confiance il a en vous pour le passé comme pour V avenir. Vous savez que votre bonheur empoisonné empoisonne à jamais le sien, parce qu'il a besoin de vous savoir heureux. Ne vous découragez donc pas. Ne faites pas fi de ce qui vous fait grand, de votre génie, de votre vie, de votre vertu. Songez que vous nous appartenez et qu'il y a ici deux cœurs dont vous êtes toujours le plus constant et le plus cher entretien.

Votre meilleur ami.

Venez nous voir ^.

L'article dont il s'agit, intitulé Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme, deifxième édition, avait paru le matin même dans le Globe, Sans doute Sainte-Beuve y parlait de lui-môme, sous le nom de Joseph Delorme, avec tristesse; il prenait un acre plaisir à y étaler, à y justifier la mélancolie dont ses poèmes sont comme imprégnés ; sans doute, il rappelait en termes émus ce qu'il devait « au plus grand, au plus cher » de ses amis poètes, à sa « sympathie bienveillante » et à ses « regards consolants »; sans doute, pressentant un bel avenir littéraire, il ajoutait amèrement : « Quant à ce pauvre Joseph, il ne verra rien de tout cela, il n'était pas de force d'ailleurs à traverser ces diverses crises ; il s'était trop amolli dans ses propres larmes-. »

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