‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 81 sur 166 · Lettres à la fiancée, 206j · texte numérisé non relu

Lettres à la fiancée, 206j

encore, ses actions les plus innocentes, torturé à ridée qu'un danseur la pouvait tenir dans ses bras ou qu'un inconnu avait pu lui lancer des « coups d'oeil impudents » quand elle relevait sa jupe dans les rues^ Que Ton se rappelle, une fois marié, quelles années de bonheur il avait vécu avec elle et par elle; quel piédestal il lui avait élevé dans son cœur, seul dans le Cénacle à ne point tolérer que leurs amis l'appelassent par son prénom, indigné que la seconde femme du général Hugo ne fût pas aux petits soins pour elle-; quel sacrilice c'était pour lui de quitter un instant « cet ange qui était sa femme ^ » ; quelles lettres débordantes de tendresses il lui adressait alors, quelle impatience il montrait de la rejoindre le plus tôt possible^. Que Ton se rappelle enfin, qu'il était resté jusque-là, aimant comme ait premier bel dge^ irréprochable '', au témoignage même de l'auteur du Lii^re d'amour. On comprendra alors quel écroulement dut se faire en lui, quand ses yeux furent dessillés. Certes, dans la suite, il eut ses torts. Mais, avant de les juger sévèrement, ne faut-il point se demander s'ils n'ont pas là leur excuse. Si

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