Lettres inédites
6. Ou la précédente; car elle se serait passée quand Victor Hugo habitait rue Jean-Goujon ; or il y a résidé dejuin 1830 à octobre 1832;
7. Intermédiaire des chercheurs et des curieux^ du 23 février 1881
légendes vulgaires comme il s'en forme toujours autour des histoires de ce genre ; mais je me demande si quelque démarche imprudente de Sainte- Beuve n'a pu y donner naissance ; et je le crains.
« Les nombreuses réponses qu'a amenées cette intéressante question au sujet du Livre tVamour me rappellent une anecdote très authentique^ qui m'a été contée un soir après dîner par le propriétaire même de Thôtel dans lequel la chose se passa, voilà bientôt près d'un demi-siècle. Ce propriétaire, un vieux gentilhomme très mondain, véritable modèle de la vie élégante à Paris et qui se piquait de littérature à ses heures, est mort à Nice, vers la fin de 1877 à quatre-vingt-dix ans sonnés. La belle dame pour qui fut composé le rare volume en question occupait alors avec sa famille, dans l'hôtel du baron, aux Champs-Elysées, un riche et vaste appartement. Le poète du Livre d'amour^ déguisé en « vieille tante >>, chapeau a la tsmte Aurore, voilette baissée, robe et mantelet de couleurs sombres, sac à tapisserie suspendu au côté, souliers de prunelle, etc., venait régulièrement et presque quotidiennement adorer sur place l'objet de son culte. Et, chose extraordinaire, bien que ce soit ainsi depuis que le monde est monde, ces visites avaient tout justement lieu aux heures où le mari de la dame avait l'habitude de s'absenter pour aller méthodiquement faire une promenade hygiénique au grand air. L'amour, dit-on, rend imprudent les plus habiles; elles devinrent, ces visites, tellement fréquentes, — mais tellement, — qu'à la fin, la concierge intriguée de voir toujours arriver la « vieille dame >> précisément quand le mari était sorti, puis s'esquiver ensuite discrètement avant qu'il fût de retour, la suivit un beau jour à son arrivée, et lui cria d'en bas, dans l'escalier où déjà l'autre était engagée : « Hé, Madame, où montez-vous donc comme ça? » Le poète du Livre d'amour (pour ne pas le nommer) perdit tout à fait la boule, et se précipitant sans rien répondre, grimpa fiévreusement les degrés quatre à quatre. Dans sa précipitation, par malheur, sous ses jupes d'emprunt, trop soulevées par une gymnastique aussi désordonnée, l'amoureux laissa voir d'en bas, à la mégère qui le guettait, ses jambes, ses infortunées jambes revêtues d'un affreux pantalon d'homme. Un pantalon d'homme ! et vu par une concierge encore! Vous pensez quel esclandre cela fit dans la loge et dans tout l'hôtel et quelles colères, quelles récriminations suivirent l'explosion de la découverte de cette satanée culotte. Et tout hélas I fut fini. Jamais onc l'hôtel ne vit revenir la pauvre « vieille tante ». — Truth.
Mais, en 1833, un événement nouveau vint compliquer encore cette situation troublée ; et cette fois par la faute de Victor Hugo.
Au mois de janvier de cette année, il fit représenter Lucrèce Borgia. Le rôle de la princesse Négroni fut confié à une actrice obscure, que peu de temps après Victor Hugo remerciait en ces termes :
Il y a dans Lucrèce Borgia certains personnages du socond ordre représentés à la Porte-Saint-Martin par des acteurs qui sont du premier ordre et qui se tiennent avec une grâce, une loyauté et un goût parfaits dans le demi-jour de leurs rôles. L'auteur. les en remercie ici. Parmi ceux-ci, le public a vivement distingué M"*' Juliette. On ne peut guère dire que la princesse Négroni soit un rôle C'est, en quelque sorte, une apparition ; c'est une figure belle, jeune et fatale qui passe, soulevant aussi son coin du voile sombre qui couvre l'Italie au x\ i^ siècle. M"« Juliette a jeté sur cette figure un éclat extraordinaire. Elle n'avait que quelques mots à dire, elle y a mis beaucoup de pensée. Il ne faut à cette jeune actrice qu'une occasion pour révéler au public un talent plein d'ûme, de passion et de vérité ^.