CHAPITRE XC
Suite de l'histoire des soixante -dix pasteurs et des derniers temps d'Israël. — Les temps messianiques et le jugement final.
1. Et je vis jusqu'au temps où trente-cinq pasteurs eurent ainsi ^ fait paitre ' les brebis ) , et chacun d'eux
i M , Q, U . T, et le 2^ groupe : • dans les maisons du Seigneur des brebis. > — M, Q, U ont l'accusatif aA^â^a sans préposition.
- T et le 2^ groupe : ' de leurs pasteurs. »
3 E : K devant eux. <>
i U omet (■ ainsi '.
77. Prenant son livre, il le déposa. C'est la fin de la seconde période. Cf. V. 71.
XC, 1-5. Troisième période, d'Alexandre le Grand jusqu'aux préludes du soulèvement des Machabées 333-200 av. J.-C. environ ,
1. Trente-cinq pasteurs. Les mss. donnent, les uns trente-six, les autres trente-sept : les deux chiffres sont erronés; il faut lire trentecinq, comme lavait déjà reconnu Ewald, et comme l'ont admis, après lui, Dillmann, p. 273; Charles, p. 247, et Schûrer, op. cit., p. 197. Le nombre trente -cinq représente le total des pasteurs des deux premières périodes : 12 -f- 23, comme le prouve le v. o où l'ensemble des trois premières périodes embrasse cinquante - huit temps : 12 -j- 23 -}- 23. Cf. LXXXIX, 72, et xc, 5. 17. — Comme les premiers, c'est-à-dire comme les douze pasteurs de la première période. Cf, LXXXIX, 72. — D'autres les reçurent : c'est le début de la troisième période.
224 LIVRE D'IIÉNOCII XC , 2-4
accomplit' (son mandat) en son temps, comme les premiers, et d'autres les reçurent dans leurs mains, afin de les faire paître en leur temps , chaque pasteur en son temps.
2. Après cela, dans une vision, je vis venir tous les oiseaux du ciel : les aigles, les vautours, les éperviers et les corbeaux; et les aigles guidaient tous les oiseaux, et ils se mirent à dévorer ces brebis et à leur crever les yeux et à dévorer leur chair. 3. Et les brebis crièrent parce que leur chair était dévorée par les oiseaux. Et moi je regardai 2 et je me lamentai dans mon sommeil ^ sur le pasteur qui ' paissait les brebis
4. Et je vis jusqu a ce que ces brebis eussent été dévorées par les chiens, par les aigles et par les éperviers qui ne leur laissèrent absolument ni chair, ni peau, ni muscle, jusqu'à ce qu'elles n'eussent plus que les os, et leurs os tombèrent sur la terre et les brebis diminuèrent.
1 D : " accomplit tout. ■>
2 M : «• Et moi, je vis. ■- — T et le :2'-' groupe : « Et moi, je criai. »
3 Y : « dans mon songe. »
4 M : « sur tous les pasteurs qui. »
2. Tous les oiseaux du ciel. Ce sont k-s nations qui composent Tenipire gréco-macédonien. Les aigles représentent les Grecs ou les Macédoniens, puisqu'ils sont à la tête des autres oiseaux. Les corbeaux, d'après les y. 8, 9 et 12, ne peuvent être que les Sêleucides. Les vautours et les éperviers doivent symboliser, par conséquent, les L-gyptiens et leurs monarques.
3-4. Allusion aux maux que les Juifs eurent à subir pendant les querelles des généraux d'Alexandre et leurs luttes pour la possession de la Palestine.
4. Les chiens, c'est-à-dire les Philistins. Cf. supra, lxxxix, 4, 46, 47, et Ecclésiastique, i., 25-26, témoignage décisif des maux que les Israélites avaient subis à cette époque, de la part des Philistins; les aiyles, Antigone et Démétrius, en compétition avec le roi d'Egypte; les éperviers, Ptolémée Soter,
XC, 5-8= LIVRE D'HÉNOGH 225
5. Et je vis jusqu'au temps où vingt-trois pasteurs ^ eurent fait paître ( les brebis ) et eurent accompli , chacun en son temps 2, cinquante-huit temps. 6. Et voici : des agneaux^ naquirent de ces brebis blanches, et ils commencèrent à ouvrir les yeux et à voh" , et à bêler auprès des brebis. 7. Et les brebis ne bêlèrent pas ^ vers eux et ne prêtèrent pas l'oreille à leur parole, mais elles furent tout à fait sourdes , et leurs yeux s'aveuglèrent extrêmement ■'' et de plus en plus.
8. Et je vis en vision les corbeaux s'abattre sur ces agneaux et saisir un de ces agneaux, et ils déchiquetèrent les brebis et les dévorèrent.
1 G, M, Q, U omettent « pasteurs ».
2 Q : « jusqu'à leurs temps. »
3 A, E, P, V, W : « Et de petits agneaux. »
^ Q : « Et ils bêlèrent vers elles. » — T : « Mais elles ne les écoutèrent pas et ne prêtèrent pas l'oreille... »
3 T et le 2^ groupe : « extrêmement et fortement. »
5. C'est la fin de la troisième période. — Cinquante-huit temps, en comptant ceux qui les avaient précédés. Cf. note sur y. 1.
6-17. Quatrième période, depuis les préludes du soulèvement des Machabées, vers 200, jusqu'au temps de l'auteur.
6. Des agneaux naquirent à ces brebis blanches. Comme l'a reconnu Dillmann, p. 276, les brebis blanches sont les Juifs restés fidèles; les agneaux qui leur naissent sont les Assidéens , parti qui se forma, parmi ces Juifs fidèles, pour lutter contre l'envahissement et les séductions de l'hellénisme , et pour en détourner le peuple. C'est de ce parti que sortirent les Pharisiens. Les Assidéens se constituèrent en parti un peu avant l'époque d'Antiochus ii,piphane et l'apparition de Mathathias, puisqu'ils se joignent à Mathathias quand il lève l'étendard de la révolte (I Mach., ii , 42). Ils ne restèrent d'ailleurs pas longtemps unis avec les Machabées, et ils se réconcilièrent avec Alcime , le prétendant au sacerdoce (I Mach., vu, 13). Cf. Charles, p. 249.
7. Les brebis ne bêlèrent pas vers eux. Les Assidéens firent vainement appel à la nation; les hellénisants devinrent de plus en plus nombreux.
8. Les corbeaux , c'est-à-dire les princes syriens. — Saisir un de ces agneaux. Il s'agit probablement du meurtre du grand -prêtre
226 LIVRE DIIÉNOCH XC, 9-11.
9. Kt je vis jusqu'à ce qu'il poussa des cornes à ces agneaux , et les corbeaux faisaient tomber leurs cornes. Et je vis jusqu'à ce qu'une grande i corne poussa à une de ces brebis, et leurs yeux s'ouvrirent 2. 10. Et elle (la brebis) les vit 3, et leurs yeux s'ouvrirent; et elle cria "^ vers les brebis, et les béliers la virent et ils accoururent tous auprès d'elle. 11. Et malgré cela, tous ces aigles, CCS vautours, ces corbeaux et ces éperviers ravissaient encore les brebis, fondaient sur elles et les dévoraient. Et
1 Q omet « grande ».
2 G, M, T ajoutent : « et leurs yeux virent. »
3 E : « Et elle vit leur cœur. »
4 G, U et J, N : « et elles crièrent. »
Onias III, par Andronicus, sous Antiochus IV Épiphane, en 171 av. J.-C. Cf. II Mach., iv, 30-38. Onias est figuré par un agneau, sans doute parce que l'auteur le compte parmi les Assidéens. Dillmann, p. 277, pense qu'il s'agit plutôt de Jonathas et de son meurtre par Tryphon , en 143; mais Jonathas aurait été représenté par un agneau pourvu de cornes. Cf. Charles, p. 251.
9. Des cornes. Ce sont les Machabées , les cinq fils de Mathathias, qui commencent la lutte contre les rois syriens (les corbeaux). — Une grande corne : Jean Ilyrcan, d'après Dillmann et Schiirer ; Judas Machabée, d'après Liicke, Schodde et Charles, dont l'interprétation nous semble plus solidement appuyée que la première. Lorsque Jean Hyrcan parut, il y avait longtemps que les Juifs avaient ouvert les yeux, et s'étaient rangés en foule aux côtés des Machabées. On comprendrait d'ailleurs difficilement que l'auteur eût passé sous silence le plus grand des Machabées, et qu'après avoir fait une simple allusion aux premiers champions de l'indépendance juive, il en arrivât immédiatement à Jean Hyrcan. Cependant cette hypothèse n'est pas sans difficultés.
10. C'est la période d'enthousiasme religieux qui atteignit son apogée sous Judas Machabée. Les béliers sont peut-être les chefs du peuple établis par Judas : I Mach., m, ijii.
11. A if/ les , vautours, corbeaux, éperviers. D'après Dillmann, fauteur désigne par ces mots les mercenaires enrôlés chez tous les peuples qui composaient les armées syriennes. Cf. I Mach., vi, 29 : « II lui vint aussi (au roi Antiochus V Eupalor) des troupes mercenaires d'autres royaumes, et des îles de la mer. » Cf. encore II Mach., x, li et s.; Josèphe, Ant.Jud., XIII, iv, 3-9.
les brebis se taisaient, et les béliers se lamentaient et criaient.
12. Puis ces corbeaux entrèrent en lutte ^ et combattirent avec elle 2 (la brebis), et ils voulurent lui enlever sa corne ^. mais ils ne le purent pas. 13. Et je les vis jus-
i G : « furent chassés. »
2 G, V, E : « avec elles. >>
3 Q : « leur corne. »
12. Si la grande corne est Judas, comme nous le croyons, il faut admettre que l'auteur a écrit avant la mort du héros, et qu'il a en vue ici les victoires successives de Judas Machabée contre les généraux syriens : Apollonius, Séron, Gorgias, Lysias, Bachide, Alcime et Nicanor (I Mach., iii-vii). Si elle désigne Jean Hyrcan, l'auteur fait allusion à la lutte qu'il soutint victorieusement contre Antiochus VIII Sidètes. Cf. I Mach., xvi, 18-24, et Josèphe, Ant. jud., XIII, viii, 2. Mais c'est pendant sa première année que Jean Hyrcan déjoua les tentatives d' Antiochus Sidètes; donc tout ce qui précède ne pourrait s'appliquer à lui.
13-14. Ici, comme au j. H , si la grande corne est Judas Machabée, les aigles, les vautours et les éperviers sont les mercenaires des armées syriennes, ou les peuples voisins qui excitent les Séleucides et leur prêtent main forte dans leur lutte contre les Juifs. Cf. I Mach., V, et II Mach., x, 14-15 : « Or Gorgias, devenu chef militaire de ces provinces, levait des troupes étrangères, et saisissait toutes les occasions de faire la guerre aux Juifs. En même temps que lui, les Iduméens, maîtres de bonnes forteresses, molestaient les Juifs; ils accueillaient ceux qui étaient chassés de Jérusalem, et tentaient d'entretenir la guerre. » Mais on ne voit pas pourquoi et comment les pasteurs interviennent contre le héros juif.
L'ange qui avait inscrit les noms {f. 14) et les méfaits des pasteurs, peut-être Michaël , serait le cavalier vêtu de blanc et revêtu d'une armure d'or qui apparaît à la tête de l'armée de Machabée dans la bataille qu'il livra à Lysias. Avant la bataille, le héros et ses soldats avaient demandé à Dieu de leur envoyer un bon ange pour la délivrance d'Israël (II Mach., xr, 6-12).
Dillmann continue à appliquer ce symbolisme à Jean Hyrcan. Il voit dans ces deux versets le résumé des luttes du pontife, ou plutôt de ses fils, contre Antiochus IX dit de Cyziqiie, Ptolémée VIII dit Lathyre , roi d'Egypte, et les Samaritains Josèphe, Ant. Jud., XIII, IX et x). L'apparition de l'ange Michaël est celle que raconte Josèphe {ibid.). D'après cet historien, un jour où Jean Hyrcan offrait l'encens dans le Temple, tandis que ses fils se battaient avec Antiochus. il
228 LIVRE DHÉNOGH XC , 14-16.
qu'à ce que survinrent les pasteurs, les aigles, les vautours et les éperviers ; ils crièrent aux corbeaux de briser la corne de ce bélier ' , et ils combattirent et ils luttèrent avec lui, et lui combattit avec eux, et il cria pour qu'on vînt à son secours.
14. Et je vis arriver l'homme qui avait inscrit les noms des pasteurs et qui avait apporté (le livre) devant le Seigneur des brebis, et il le secourut et le sauva 2, et il lui montra tout ^ 11 descendit au secours de ce bélier. 15. Et je vis venir auprès d'elle^ le Seigneur des brebis en fureur , et ceux qui le virent s'enfuirent tous , et ils tombèrent tous dans les ténèbres^ (en fuyant) devant sa face.