‹ Le livre d'HénochChapitre 30 sur 278 · VERSIONS ET ORIGINAL LIX · texte numérisé non relu

VERSIONS ET ORIGINAL LIX

de traduction pour sa plus grande partie. Nous n'avons de lui, par conséquent, qu'un témoin indirect et très tardif, que quinze ou seize cents ans séparent de l'original, puisque, nous le verrons bientôt, cet original a été composé et édité du ne au i^r siècle av. J.-G, On peut se demander si , en passant successivement par les mains d'un traducteur grec, puis d'un traducteur éthiopien, et enfin par celles de nombreux copistes, il n'a pas subi de déformation essentielle, et si la version éthiopienne représente assez fidèlement le Livre d'Hénoch, au moins tel qu'il est sorti des mains de son dernier éditeur.

La comparaison de la Bible éthiopienne avec la Bible grecque, sur laquelle elle a été traduite, nous est un premier témoignage de sa fidélité.

Il est certain que le texte primitif a dû subir plusieurs séries d'altérations du fait seul des copistes, d'abord dans l'original hébreu jusqu'au moment où il a été traduit en grec, puis dans les manuscrits de la traduction grecque jusqu'à ce qu'il ait été rendu en éthiopien. A leur tour, les manuscrits éthiopiens n'ont pas échappé à la loi commune : sous la main de scribes ignorants, négligents ou peu respectueux de son intégrité, le texte a souffert par l'omission d' homoteleutons, par l'incorporation de gloses marginales, par la transcription défectueuse des noms propres. Avec le temps il a dû arriver que des caractères à demi elfacés ont été mal lus et mal copiés. Les anciens manuscrits n'étaient pas vocalises ; la vocalisation introduite plus tard a pu être défectueuse en quelques cas; des mots vieillis employés dans la traduction primitive ont pu être remplacés peu à peu par d'autres qui n'en étaient pas l'équivalent exact ' , etc.

Cette part faite aux corruptions inévitables dans un texte transmis par tant d'intermédiaires successifs, il faut reconnaître que la version éthiopienne de la Bible est en

* Dillmann, Das Buch Henoch, 1853, p. lix.

LX LIVRE D'IIENOCII

général une œuvre consciencieuse, bien qu'elle ne soit pas dénuée des imperfections inhérentes à ce genre de travaux, omissions ou gloses de peu d'importance, etc. « Nous ne trouvons pas d'exemple , dit Dillmann , que les Abyssins aient défiguré les livres de la Bible par de grandes additions ou interpolations ', »

Le Livre d'Hénoch faisait vraisemblablement partie de la Bible éthiopienne; tout au moins il figure dans beaucoup de manuscrits à côté des livres canoniques. Il n'y a donc pas de raison pour que sa traduction soit plus défectueuse que celle des livres inspirés , que nous pouvons comparer encore avec la Bible grecque.

La confrontation de l'éthiopien avec les chapitres conservés par le papyrus de Gizeh est tout en faveur de cette conclusion. La copie du grec a été faite entre le viii^ et le xiie siècle, d'après Bouriant ^. Elle est donc de trois à sept cents ans plus ancienne que les manuscrits éthiopiens. Malgré le laps de temps considérable qui sépare leurs témoins, les deux textes s'accordent assez généralement pour le fond. La version éthiopienne contient même un assez grand nombre de passages omis par le grec ^, et elle donne en plusieurs endroits une meilleure leçon ''. Partant de ces données, Charles va jusqu'à soutenir que l'éthiopien conserve une forme de texte plus ancienne et plus fidèle que le grec de Gizeh, qu'il a moins d'additions, moins d'omissions et des corruptions moins sérieuses^. Sans aller jusque-là, on peut admettre que la version éthiopienne représente assez exactement pour le fond l'original du Livre d'Hénoch^. C'est tout ce qu'on est en droit

' Op. cit., p. Lix.

2 Voir infra, p. cxxxvin.

3 Voir iafra les variantes du grec de i-xxxii. < V. g. X, 19; xn-, 15; xvii, .3, 8.

!- The Dook of Enoch, 1X9.3, p. .3'Ji.

c C'est lavis des auteurs les plus sévères pour la version éthiopienne, V. g. Lods, Le Livre d'Hénoch, 1892, p. lv : « Pour la teneur générale du texte et la suite des idées, on peut se fier à la version éthiopienne. » —

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