LE PROBLEME LITTÉRAIRE LXIII
cerai de dégager la part de vérité qu'ils contiennent, et, en complétant leur apport par mes vues personnelles, je proposerai à mon tour une solution, à titre d'essai provisoire seulement.
Laurence (1821) ', le premier traducteur du Livre d'Hénoch, a reconnu que ses difîérentes parties (( pouvaient avoir été composées à différentes périodes », mais il n'a pas poussé plus loin cette hypothèse, et il s'est arrêté, avec quelque hésitation cependant, à celle d'un auteur unique, un Juif de la dispersion, peut-être un des descendants des Israélites déportés chez les Mèdes par Salmanasar, qui aurait écrit son œuvre peu d'années avant l'ère chrétienne. Il déclare interpolé lxv, 1-lxmii, 1.
De Sacy (1822j^, en rapportant l'opinion de Laurence sur l'interpolation de lxv, 1-lxviii, 1, ajoute que cette interpolation « pourrait bien n'être pas la seule ».
A. -G. Hoffmann (1833-38) ^ jiartage ces hésitations : le livre lui paraît composé de morceaux formant chacun un tout complet, qui ont même pu exister indépendants à l'origine ; mais on ne peut pas décider avec certitude « s'ils sont l'œuvre d'un ou de plusieurs hommes ». Toutefois il penche pour la première hypothèse.
Murray (1836) ^ est le premier qui se soit prononcé pour la multiplicité d'auteurs : il distingue un ouvrage primitif, celui qui est cité par saint Jude, et des additions
1 The Book of Enoch, Oxford, 1821, p. xx, xxiii, xxxiv; il écrit, p. xx : " If indeed it were the work of oiie and the same person. »
- Le Journal des Savants, 1822, p. 590.
^ Das Buch Henoch in vollsliindicfer ï'bersetzunij , etc., 2 vol., Kiia, 1833-1838, t. I, p. 32-33.
* Enoch restitutus, Londres, 1836. Cet ouvrajre et quelques autres, v. g. ceux de Kostlin, Wittichen, Thompson, etc., ne se trouvent dans aucune des grandes bibliothèques de Paris : Bibliothèque nationale. Bibliothèques de la Sorbonne (ancienne Faculté de théologie), de l'Institut catholique, de la Faculté de théologie protestante et de l'Institut. J'ai dû me contenter pour celui-ci de l'analyse qu'en donne A. -G. IIofTmann, op. cit., t. ii , p. 919 sq. ; pour les autres, des analyses de Charles, The Book of Enoch, 1893, p. 11 sq., et de Clemen, Theologische Studien und Kritiken, 1898. p. 212 sq.
LXIV LIVRE D'IIENOCII
postérieures dont les plus récentes remonteraient au temps d'Hérode. Mais dans la distinction des sources ses vues sont peu heureuses; ainsi il attribue l'ouvrage primitif au patriarche Hénoch lui-même.
Gfrcirer ' (1838) tient le Livre d' Hénoch, jusqu'à preuve du contraire, pour l'œuvre d'un seul auteur, qui l'a composé sous Hérode le Grand.
Wieseler * (1839) l'attribue aussi à un Juif, qui écrivait un peu avant la naissance du Christ et sous Hérode.
Bottcher (1846) entre résolument dans la voie entr'ouverte par Laurence, A. -G. Hoffmann et Murray. 11 voit dans le Livre d' Hénoch « alia ab aliis extra Palœstinam auctoribus aut, quo minus credam ab eodem alia alio tempore scripta » ^. Plus loin il est encore plus affirmatif : « Unus idemque homo, nisi insanierit, non potuit omnia ista edere *. » Ces divers auteurs sont, selon lui, partie des Juifs et partie des chrétiens.
Krieger ^ (1843) a le mérite de signaler le premier dans xxxvii-LXXi un livre distinct, de date plus récente que le reste de l'apocryphe.
Liicke ^ (1852) admet également le caractère comjDOsite de notre apocryphe, dans lequel il distingue deux parties : lo la plus ancienne, i-xxxvi et lxxii-cviii, écrite entre 166 et 160 av. J.-C; 2o lés Paraboles, des premières années d'Hérode le Grand ^ avec des interpolations lix, 7-14, et Lxiv-Lxvii , de date incertaine. Dans les Nachtr'àge ^, il modifie sa première opinion et place avec Ewald l'ancienne partie entre 135 et 105 av. J.-C.
1 Dus Jahrbunderl des Ileils , J838, t. i, p. 95, 101, etc.
2 Die 70 Wochen des Prophelen Daniel, 1839, p. 163; cf. du même, Beilràyen zur richligen Wûrdiyung dcr Evangelien, 1869, p. 298 sq.; Zeilschrifl d. Deulschen Morijenl. Gesellschuft, xxvi (1882), p. 185-193.
3 De inferis, 1839, § 501.
* Op. cit., % 505.
5 Beitràfje zur Krilik und Exégèse, 18i5.
*< Einleilung in die Offenbarung des Johannes , 2' édition, 1852, p. 89- T Op. cil., p. 1072.