‹ Le livre d'HénochChapitre 33 sur 278 · LE PROBLEME LITTERAIRE LXV · texte numérisé non relu

LE PROBLEME LITTERAIRE LXV

J.-Chr.-K. Hofmann * ! 18o2) soutient que le Livre d'Hénoch est l'œuvre d'un chrétien du second siècle de notre ère.

Dillmann 'l8o3^ a changé plusieurs fois d'opinion. Dans l'introduction de sa belle traduction du Livre d'Hénoch -, s'appuyant sur l'unité de plan, il défend avec chaleur l'unité d'auteur pour la plus grande partie de l'ouvrage. Le sentiment opposé est basé, à son avis, sur une étude superficielle et sur une exégèse ultra -critique. Il admet d'ailleurs que nous ne possédons pas le livre primitif dans son entier, et que plusieurs parties placées originairement avant xvii et avant lxix, 26, en ont été perdues. Il croit encore que le livre , dans sa forme actuelle , contient trois sortes d'additions, quelques-unes assez considérables : lo des additions historiques, vi-xvi sur la chute des anges; xcm-f-xci, 12-17, ou V Apocalypse des semaines, et cvi-cvii, additions qu'il attribue toutes au même auteur ^ ; 2o des additions noachiques : liv, 7-lv, 2; lx; lxv-lxix, 2o; Lxx*; 3odes additions diverses : xx; lxxv, o,et lxxxii, 9-20, qui sont peut-être du même auteur que les additions noachiques^*; enfin cviii, la plus récente de toutes les additions, pénétrée des doctrines esséniennes*'.

Ces premières vues de Dillmann, sur les additions noachiques et cviii, sont restées à peu près définitives. II n'en a pas été de même de son opinion sur l'unité fondamentale du Livre d'Hénoch.

Lui-même y a fait une première brèche en 1860 ". Il a admis alors, à la suite, dit-il, d'Ewald et de Kostlin, que les

1 Zeilschrift der Deulschen Morgenl. Gesellschaft, t. vi 1832), p. 87-91 : Uher die Enlstehungszeit des Buchs Ilenoch. Nous reviendrons sur son opinion à propos de la date du livre.

' Dhs Buch Henoch, Leipzig, 1853, p. v, vi, etc.

" Ibidem, p. vi, vm, xxxiv-xxxviii, etc.

"• Ibidem, p. xxxvm sq.

^ Ibidem, p. ix, xxxiv et .vl.

** Ibidem, p. xl.

" Hei-zog, Realencycl., l^e édition, t. xii, p. 30S-310.

LXVi LIVRE D'HÉNOCH

Paraboles étaient d'un auteur différent, qu'elles étaient même antérieures au reste du livre, et que les fragments noachiques étaient les derniers de tous en date.

En 1883*, il est allé beaucoup plus loin : le Livre (l'Hcnoch ne lui apparaît plus que comme une combinaison des écrits attribués à Hénoch et à Noé, dans laquelle il reconnaît quatre parties : 1» i-xxxvi et lxxii-cv; si on met à part quelques interpolations, cette partie est la trame de l'ouvrage primitif, composé au temps de Jean Hyrcan; xc , 38 , serait une interpolation d'origine chrétienne ; 2° xxxvii-LXXi, partie incomplète par endroits, semble-t-il, et antérieure, ainsi que xvii-xix, à 64 av. J.-C, parce qu'il n'y est pas fait allusion aux Romains; 3° les fragments noachiques vi, 3-8; viii, 1-3; ix, 7; x, 1, il ; xx(?); xxxix, 1, 2^; Liv, 7-Lv, 2; lx; lxv-lxix, 25; cvi-cvii; 4°cviii, vraisemblablement, dit-il, d'origine essénienne.

Ewald-(18oo) n'a pas découvert le caractère composite du Livre cl' Hénoch, la découverte était déjà faite; mais il a le mérite d'avoir formulé avec précision le principe de la pluralité d'auteurs indépendants : ce livre est le précipité de la littérature qui s'est formée autour d'Hénoch. Il y reconnaît cinq œuvres distinctes, d'époques différentes, incomplètes et bouleversées dans leur état actuel. 1er livre ou livre primitif :xxxvii-lxxi, sauf quelques interpolations, de 144 av. J.-G. environ; 2* livre : i-xvi; lxxxi, 1-4; Lxxxiv; xci, 3-cv, de 135 av. J.-G. environ, dans les commencements de Jean Hyrcan; 3^ livre : xx-xxxvi; Lxxii-Lxxxii; Lxxxiii-xc; cvi-cvii, de 128 av. J.-G. environ, encore sous Jean Hyrcan ; cviii est postérieur ; 4° le livre de Noé : vi, 3-8; viii, 1-3; ix, 7; x, 1-3, 11, 22^; xviixix; Liv, 7-Lv, 2; lx , 1-10, 24,23; lxiv-lxix, 16, plus

' Ibidem, 2<> édition, t. xii, p. 350-352.

2 Abhandlunrj ûber des œthiopischen Bûches Ilenokh Entstehung, Sinu und Zusaminenselzunff , clans les Abhandlungeii der Knnigl. Gesellschaft der Wisscnsch. =u Gôltingen, l. vi , p. 107-178; Gcschichle des Volkes Israël, 3« édition, t. iv, Gœttingue, l86i, p. 451 sq.

LE PROBLEME LITTERAIRE LXVii

récent que le 3^ livre, sans qu'on puisse préciser sa date; 5° enfin l'œuvre du dernier rédacteur qui a réuni et combiné tous les livres précédents en un seul, vingt ou trente ans sans doute après la composition du livre de Noé. Le Livre d'Hénoch compterait donc , sans parler de ce dernier éditeur, quatre auteurs et même cinq avec celui de cviii \

Cette division ne répond pas à la réalité des faits , mais le principe qui l'inspirait est excellent. Il n'a pas été adopté cependant par les premiers critiques qui ont suivi Ev^-ald.

Weisse "■' (1856) tient, avec J. Chr. K. Hofmann , pour l'origine chrétienne du livre.

Kostlin ^ (1836) prétend, comme Liicke, que le Livre d'Hénoch n'était pas composé d'écrits indépendants , mais qu'il était pour le fond, i-xvi, xx-xxxvi, lxxii-cv, l'œuvre d'un seul auteur, œuvre enrichie plus tard par des additions successives, xxxvii-LXXi, et des fragments noachiques, qui lui ont donné sa forme actuelle.

L'auteur (18S6) de la traduction publiée par Migne ^ soutient, sans donner d'ailleurs de preuves à l'appui, que « ce livre, comme on ne saurait en douter », est l'œuvre d'une seule et même personne. Dans une addition publiée après l'œuvre d'Ev^'ald, il donne un aperçu de l'hypothèse du savant allemand, sans prendre clairement parti; il accuse seulement Ewald d'accorder trop d'importance à ses conjectures ^.

Hilgenfeld^ (1857) distingue, avec Lùcke et Kostlin, une œuvre fondamentale, Grundschrift , et des additions postérieures. L'œuvre fondamentale comprend : i-xvi ; xx-xxxvi ;

' Ahhandlunijen, etc., t. vi , p. 165.

- Die Evangelienfrage , 1856, p. 218.

3 Theol. Jahrh., 1856 : (iher die Enlstehumj des Buchs Ilenocli , p. 240- 279 et 370-386; d'après Charles, The Bookof Enoch, 1893, p. 11.

•* Dictionnaire des Apocryphes, t. i, 1856, coL 408. Cet auteur est, je crois, Gustave Brunel; la préface du t. ii, p. H, est signée G. B.

= Ibidiim, t. M, 1858, col. 223-226.

s Die Jûdische Apokalyplik , 1S57, p. 91-184.

LXViii LIVRE D'HENOCH

Lxxii-cv; elle a été écrite vers 98 av. J.-C, et elle est très apparentée à lessénisme*. Les additions postérieures sont : xvii-xix, xxxvii-LXXi, ou les Paraboles, et cvi-cviii; elles sont l'œuvre d'un chrétien «^nostique qui écrivit dans l'époque comprise entre Saturninus et Marcion, car elles ont pour base le dualisme gnostique. Rien ne sert, selon lui, de distinguer des fragments noachiques dans les Paraboles; ces fragments sont des morceaux plus anciens empruntés par l'auteur chrétien des Paraboles ou au Grundschrift ou à un remaniement plus ancien -. L'hypothèse de l'écrit fondamental a continué, jusqu'à Holtzmann, à obtenir un grand succès.

Volkmar (1860) se sépare complètement des autres critiques. A l'en croire, tout le Livre d'Hénoch est d'origine post - chrétienne ; il a été composé en partie vers 132 après J.-C, pour une grande part par un disciple de Rabbi Akiba , pour faire l'apologie de Bar Cocheba ; il est donc comme « l'apocalypse de la dernière révolte juive » ^ ; xviii-LXX et cvi et suivants sont d'origine chrétienne. Cette thèse, malgré l'acharnement que son auteur a apporté à la défendre , en particulier contre Hilgenfeld , n'a obtenu aucun succès.

Langen * (1866) tient le livre pour très composite, et il en fait remonter la dernière rédaction, qui lui a donné sa forme actuelle, à 160 av. J.-C, environ.

Sic'U'ert '" (1867) croit reconnaître, comme Liicke et Hilgenfeld, une source primitive et des additions postérieures, mais il s'écarte de ces auteurs dans l'application du principe. L'œuvre primitive : i-xvi; xx-xxxvi; lxxii-lxxxh ;

' Die Kelzeryescliichte des Urchrislenlliums, Leipzig, 1884, p. 130.

- Die Jûd. Apoli., p. 152, ]80, 181.

^ Zeilschrifl der Deulschen Morgenl. Gesellscliafl, t. xiv, 1860, p. 87- 134 et 296 ; Zeitschrift fur uissensch. Théologie, t. iv, 1861, p. 111-136, 422-136, t. V, 1862, p. 46-73.

* DasJudenlhuni in Paliistina, 1866, p. 35-64.

s De cipocryphi libri Enochi, origine cl iirgumenlo, Regimonti, 1867, p. 3-29, etc.

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