LE PROBLÈME LITTERAIRE LXXV
1-xci, 10, 18 etsuiv.C?); Q^xcii; xciii; xci, 12-17; xciv-cv; 10° cvi-cvii; Ho cvm ; 12» les fragments noachiques : Liv, 7-LV, 2; Lx; lxv, 1-lxix, 25. L'auteur a reçu certainement la neuvième , la onzième et la douzième , vraisemblablement la troisième et peut-être même la sixième de ces traditions par écrit. — Clemen attache, je crois, trop d'importance aux changements de personne. On les rencontre souvent dans les langues sémitiques dans des écrits très homogènes.
Schiirer ( ISOS"! maintient en partie au moins dans les termes, dans la troisième édition de son histoire du peuple juif *, la position qu'il avait prise dans ses premiers travaux*. Il distingue donc : 1" un écrit primitif composé de i-xxxvi et Lxxii-cv, mais avec la restriction qu'il contient de nombreuses interpolations, et sans affirmer que ses parties sont d'un seul auteur^; i-xxxvi lui paraît relativement ancien d'après son contenu doctrinal; 2" les Paraboles, probablement du règne d'Hérode le Grand; 3° les fragments noachiques : liv, 7-lv, 2; lx; lxv-lxix, 23, et sans doute aussi cvi-cvii. Le ch. cvm est une addition postérieure.
Béer ^ 1900), marchant sur les traces de Holtzmann, de Charles et de Clemen, décompose ainsi le Livre d'Hénoch :
1° i-v est un morceau complet, une introduction, de forme apologétique, à tout le livre.
2° VI -XI contient deux traditions différentes mélangées : dans la première, le centre du sujet est la révélation des mystères et le jugement par le déluge. Dans la deuxième, c'est la chute des anges , leur châtiment et l'impiété des géants. Elles ont pour fondement commun la séduction
' Geschichte des Jiidischen Volkes, 3« édition, t. m, 1898, p. 190-
^ Lehrbuch der neutestamentlichen Zeitgeschichte , l!S'/4, p. 521 sq. ; Geschichte des Jiidischen Volkes, l. ii . 1886, p. 621.
3 Geschichte des Jiidischen Volkes, t. ii, 1898, p. 621.
•* Die Apokri/phen und Pseudepigraphen des Alten Testaments (K&ulzsch), t. II, 1900 : Bas Buch Henoch, p. 22 4-230.
LXXVi LIVRE DHÉNOCII
des anges par les filles des hommes. Ce morceau, dont les deux éléments sont mutilés et incomplets, aurait été extrait d'un cycle plus considérable formé autour de Noé.
30 XII -xvT appartient au cycle d'Hénoch.
40 xvii-xxxvi fait également partie du cycle d'Hénoch. Cette section est composée de deux récits : xvii-xix et xx- XXXVI , qui racontent le même voyage en termes différents; il est même assez probable que xx a été composé après coup. Il ne paraît pas possible de la relier directement à xii-xvi ni à vi-xi.
50 xxxvii-Lxxi, le Livre des paraboles, n'est pas d'un seul jet dans sa forme actuelle. Il comprend des interpolations noachiques et d'autres documents distincts. Ainsi XL, 2, est distinct de xl, 8; le Messie porte le nom d'Elu dans XLV et xlix , 1-5; celui de Fils de l'homme dans xLVi et xLViii, 2-7. Aux deux titres correspondent deux anges chargés de l'expliquer : « l'ange qui marchait avec moi » explique celui de (( Fils de l'homme », xlvi, 2; (( l'ange de paix qui marchait avec moi, » celui d'Elu, LU, 5. Béer se demande si ces deux noms et ces deux anges ne permettent pas de voir deux textes différents dans les Paraboles. Même incertitude sur l'authenticité des morceaux de physique qui y sont insérés. Ils n'ont été composés par aucun des auteurs de i-v, vi-xi, xvii- XIX, xx-xxxvi.
60 Lxx et Lxxi appartiennent à une tradition indépendante, car Hénoch est identifié au Fils de 1 homme dans Lxxi, 14. Cette tradition est cependant en relation avec les Paraboles, puisque le Messie y est aussi nommé Fils de l'homme, lxx, 1, mais pas avec xii-xvi, car lxxi ne serait qu une répétition inutile de xiv.
70 lxxii-lxxxii. Le chapitre lxxxi nous donne le lien assez artificiel par lequel « le narrateur » a rattaché ce traité sur les astres à un livre sur le royaume messianique : le bel ordre décrit dans lxxii-lxxxii s'altérera aux jours des pécheurs. Cette section ne nous est pas parvenue
LE PROBLÈME LITTÉRAIRE LXXVii
dans son état primitif, lxxm-lxxmi traitent des vents, des points cardinaux, etc., sujets qui n'ont pas été annoncés dans Lxxii, 1. De plus, lxxix . 1-6 et lxxxii, 1-6, forment lun et l'autre une conclusion ; lxxxii est incomplet , et il doit se placer avant lxxix. Malgré l'analogie partielle du sujet, lxxii- LXXXII n'est pas. au moins dans son état primitif, du même auteur que xxi-xxxvi.
8o Lxxxiii-cvm. Cette partie est tout à fait en harmonie avec le sujet proposé dans i , l . Béer y compte six morceaux plus ou moins distincts : 1° lxxxiii et lxxxiv; 2o lxxxvxc; ^0 Y Apocalypse des semaines, xcii; xciii, 1-14; xci, 12- 17; 4o les exhortations xci , 1-il, 17, 18; xciv-cv; o» cvi et CMi; 6o cviii. 11 est question d'un Messie dans xc, 37, 38, pas du tout dans i-xxxvi et lxxii-lxxxii. Ce Messie, rejeton d'Abraham, n'est pas celui des Paraboles , être céleste et préexistant *.
Les efforts de tous ces critiques, les travaux d'analyse pénétrante et de comparaison minutieuse auxquels ils se sont livrés successivement pendant près d'un siècle ne sont pas restés stériles. Sans doute, ils n'ont pas résolu toutes les difficultés, mais ils ont fait la lumière sur quelques points très importants; sur d'autres, ils ont apporté des solutions probables; sur tous ils ont posé et délimité le problème. C'est tout ce qu'on pouvait attendre dans l'état actuel de nos connaissances. Il me reste à exposer ces résultats et à faire le départ nécessaire entre les certitudes et les probabilités.
Tout d'abord il est hors de doute que le Livre d'Hénoch, malgré une certaine unité apparente , n'est pas 1 œuvre d'un seul auteur. Aujourd'hui tous les critiques - font de
1 Tout récemment Béer a exposé de nouveau ces vues sur la composition d'Hénoch dans Hencog, RealencyclopUdie, 3« édition, t. xvi. 1905, p. 239-240.
- Karppe. Etude sur les origines et la nature du Zohar, etc., 1901, parait connaître assez va^'uement la position actuelle de la critique sur la pluralité dauteurs ou au moins de traditions et sur leur antiquité. Ainsi il écrit, p. 101 : « L'auteur ne précise rien; il pille véritablement les parties
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ce fait la base de leurs systèmes, et ils reconnaissent au moins que non seulement les fragments noachiques et quelques autres interpolations, mais encore les Paraboles , xxxvii-Lxxi, ne sont pas du même auteur que i-xxxvi et
LXXIl-CV.
En étudiant le texte pas à pas, nous n'aurons pas de peine à nous convaincre de ce premier fait et à constater entre les différentes parties du livre des divergences et des contradictions qu'il est impossible d'attribuer à une source unique. Nous ne nous en tiendrons pas là; nous verrons qu'il faut aller plus loin dans la distinction des documents, qu'il faut reconnaître avec Ewald, Holtzmann, Charles, Clemen et Béer, dans notre apocryphe, le précipité de la littérature qui circulait aux ne et i^r siècles av. J.-G. sous les noms d'Hénoch et de Noé, ou plutôt le recueil et l'amalgame des traditions ou des débris de traditions qui s'étaient formées autour des deux patriarches, et qui étaient encore conservées à la même époque. Nous retrouverons cette variété de traditions jusque dans des parties composées par un seul écrivain. C'est là un autre fait capital,
lo i-v. Ces chapitres, comme l'a remarqué Béer, forment une introduction complète au Livre d'Hénoch, surtout à Lxxxiii-cviii. En particulier, i, 3-9, et v. 4-9, en résument fort bien tout le sujet : le jugement messianique dans lequel les anges déchus, les impies et les méchants seront punis et les justes récompensés , jugement que les anges ont appris à liénoch et qu'il doit annoncer à son tour aux générations futures.
2o vi-xvi est le récit du châtiment des anges qui ont péché avec les filles des hommes et leur ont dévoilé les
bibliques qui se prêtent le mieux à ses conceptions,... l'auteur est un mystique avant la lettre. » Selon Karppe, le Livre d'Hénoch a élé composé aux environs de l'ère chrétienne, mais remanié .-i différentes époques ; « tel que nous le possédons, » il a son berceau dans le mysticisme chrétien de l'époque patristiquc, ibidem, p. 103.