‹ Le livre d'HénochChapitre 38 sur 278 · LE PROBLÈME LITTÉRAIRE LXXIX · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME LITTÉRAIRE LXXIX

secrets. Dieu confie aux bons anges le soin de châtier les mauvais; les bons à leur tour chargent Hénoch, qui vivait avec eux, xii, 2, d'annoncer aux mauvais le sort qui les attend. Hénoch va remplir cette mission, mais sa narration se termine brusquement à la fin de xvi, et il n'est rien dit de la façon dont les bons anges exécutent les ordres de Dieu. Le récit est donc incomplet. De plus, il est formé du mélange de deux traditions sur la chute des anges, dont l'une fait d'Azazel le chef des veilleurs déchus, tandis que l'autre attribue ce rôle à Semyaza. Celle-ci apparaît dans vi, 3-8; ix, 7, et dans le grec de viii, 1-3 \ Béer, après Holtzmann, sépare vi-xi de xii-xvi, et voit dans le premier morceau un fragment de Y Apocalypse de Noé, parce que x, 1-3, introduit ce patriarche dans le récit ^. Charles s'est rangé depuis à cette opinion '\ En fait, ces versets sont trop isolés dans le contexte pour qu'on puisse en tirer cette conclusion : ils supposent Noé déjà connu, et ils ne sont que le début d'une narration dont la suite manque; ils sont donc sans lien avec ce qui précède et ce qui suit, et ils apparaissent dans le récit comme une véritable interpolation empruntée à une Apocalypse de Noé. On ne peut pas en inférer que le reste de la section a la même origine. Cette interpolation a dû remplacer le discours que Dieu avait sans doute adressé à Uriel comme aux autres anges. L'absence du nom d'Hénoch dans vi-xi constitue un argument plus sérieux en faveur de l'opinion de Holtzmann, Béer, etc. Mais cet argument a silentio est-il suffisant, surtout en présence d'un texte certainement incomplet? Le Livre des Jubilés, composé un peu après vers 135 av. J.-C*. attribue clairement, iv, 22, ce récit de la chute des veilleurs au cycle d'Hénoch. Un peu plus loin, il est vrai, v, 1 et suivant, il donne une tout autre

* Voir infra, p. 13 et 16, notes et variantes.

2 Béer, Das Buch Hénoch, 1900 (Kautzsch), p. 225. ' Charles, The Book of Jubilees , 1902, p. lxxi.

* Voir Charles, ibidem, p. lix.

Lxxx LIVRE DHÉNOCH

version de la chute des veilleurs, qui amène la corruption des hommes et leur châtiment par le déluge, au temps de Noé, qui est sauvé. Le Livre d'Hénoch porte même en quelques passages noachiques, v. g. cvi, 13-15, des traces de cette tradition. Cela prouve qu'il y avait au moins deux traditions de la chute des veilleurs : l'une formée autour d'Hénoch, l'autre formée autour de Noé ; à celle-ci appartient l'interpolation X, 1-3. On pourrait encore en ajouter une troisième, non plus à proprement parler sur la chute , mais sur la descente des veilleurs qui viennent sur la terre pour instruire les hommes et y faire le bien. Elle est brièvement consignée dans les Jubilés, iv, 15.

3o XVII -XIX est sans lien avec la section précédente. A la fin de xvi, Hénoch racontait encore sa vision aux anges tombés, vers lesquels les quatre archanges 1 avaient envoyé, lorsqu'il est emporté sans transition au séjour de la tempête, de la lumière, etc. xix, 1 , où il voit le théâtre du châtiment des mauvais anges , est même en contradiction avec X, 11-14, et xiv, 5'.

Ces chapitres ne sont pas davantage du même auteur, ou ne représentent pas la même tradition que xx-xxxvi. Les deux sections sont le récit d'un voyage cosmique d'Hénoch; souvent l'une n'est que la répétition ou le développement de l'autre : xvii, 4 = xxm; xvni, 1 = xxxiv-xxxvi ; x^^lI, 6-9 = XXIV, 1-3 et xxv, 3; xviii, ll=xxi, 7; xvni , 12- 16 = XXI, 1-6. Mais dans la première nous ne voyons aux côtés d'Hénoch qu'un ange anonyme, xviii, 14, et Uriel, XIX, 1. Dans la seconde, il est guidé par quatre anges qui répondent tour à tour à ses questions : Uriel, xxi, 5,9; XXVII, 2; xxxiii, 3: Raphaël, xxii, 3, 6, 7, 9; xxxn, 6; Raguel, XXIII, 4; Michaël, xxiv, 6; xxv, 3. Le second récit se termine par des doxologies caractéristiques, xxii, 14; xxv, 7; xxvii, 5; xxxvi, 4, qu'on ne retrouve pas dans le premier -.

' Voir infra, p. 45, note sur xvii, 1. - Cf. Béer, op. cit., p. 226.

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