‹ Le livre d'HénochChapitre 41 sur 278 · LE PROBLEME LITTÉRAIRE LXXXV · texte numérisé non relu

LE PROBLEME LITTÉRAIRE LXXXV

La question d identité d'auteur ne peut se poser que pour xvii-xix et xx-xxxvi. Les autres parties du Livre d'Hénoch, même xLiii, xliv, lix et lx, ou traitent des sujets si différents, ou effleurent si légèrement celui des luminaires, qu'elles n'offrent pas de point d'appui à une comparaison quelconque.

Les auteurs mêmes de xvii-xix et xx-xxxvi n'ont guère abordé que deux des théories du Livre du changement des luminaires du ciel, celle des vents et celle des portes des astres, xviii, 1-3, ne compte que quatre vents, dont il fait les colonnes de la terre et du ciel ; il n'est donc pas de la même main que lxxyi, qui énumère douze vents et autant de portes , et qui voit dans ces vents les instruments de la prospérité ou de la ruine de la terre. Dans xxxiii-xxxvi , nous retrouvons les douze vents et leurs portes, mais leur ordre n'est pas le même que dans lxxvi, et seuls les vents du nord y sont décrits avec quelque développement.

Les portes des étoiles sont également mentionnées d'une façon très sommaire dans xxxiii, 3, et xxxvi, 2,3; encore dans ce dernier passage apparaissent-elles comme de petites portes distinctes des grandes par lesquelles sortent le soleil, la lune et les vents. Au contraire, d'après Lxxv, 6, il n'y a dans le ciel que douze portes par lesquelles sortent le soleil, la lune, les étoiles et toute œuvre du ciel.

Enfin dans la troisième partie, il n'est pas question du feu qui dans xxin alimente les luminaires. Il est donc au moins fort probable que les deux sections ont chacune un auteur distinct.

7° Lxxxin-xc, le Livre des songes. Cette section ne renferme qu un très petit nombre de passages interpolés : Lxxxix, 31, en partie, xc, lo et 16-18 (?), et quelques transpositions de versets*.

' Voir infra, p. 214, note sur lxxxix, i'J, et p. 22S, notes sur xr., 15 et 19

Lxxxvi LIVRE D'HÉNOCII

Malgré les analogies de doctrine, plus réelles à mon sens que les analogies d'expression qu'a cru découvrir Charles*, qu'elle présente avec i-xxxvi sur l'époque du jugement , la Géhenne, l'abîme de feu réservé aux anges déchus, la conversion des Gentils, ces deux sections ne dérivent pas de la même source. Charles l'a fort bien démontré, voici ses meilleurs arguments* : 1» dans xix, 1, et xxii , 4, le « grand jugement » est le jugement final; dans lxxxiv, k, c'est le déluge; 2° le récit de vi sur la chute des anges est différent de celui de lxxxvi, 1-3, sur le même sujet; 3o Dieu jugera les hommes sur le Sinaï d'après i, 4; en Palestine, d'après xc, 20-26; 4° le Messie, qui vient clore les temps messianiques dans xc , 37 , 38 , n'est même pas nommé dans i-xxxvi.

8o xci-cv. Le Livre de V exhortation et de la malédiction forme un tout dont il est assez aisé de séparer les éléments étrangers qui s'y sont glissés. Ce sont : V Apocalypse des semaines : xciii et xci, 12-17, et deux versets isolés : xci, 11, et cv, 2"^. Plusieurs passages paraissent déplacés, tel xciii, 11-14, dont l'état actuel du texte ne permet pas de retrouver la place primitive *. Il est possible aussi que xcu doive se lire en tête de la section, avant xci, car il débute par ces mots : « Ecrit composé par Hénoch. »

Le style et les procédés littéraires présentent des analogies frappantes avec i-xvi. Des deux côtés nous retrouvons les expressions : « vous n'aurez pas de paix, » « il n'y aura pas de paix pour vous, » ou « pour eux », xni, 1 ; XVI, 4; xciv, 6; xcviii, 11 ; xcix, 13; ci, 3; cii, 3; cm, 8; les mêmes titres donnés à Dieu : <( le Saint et le Grand, » la (( Grande gloire », xiv, 1 , 20 ; xcii, 2 ; xcvii, 6 ; en, 3 ; civ, 9 ; la même exaltation de la Loi et de ses préceptes, v, 4 ; vu,

' The Book of Enoch , J89:5, p. 220.

'^ Ibidem, 221.

•• Voir supra, p. xxxviii.

* Voir infra, p. 243, note.

LE PROBLEME LITTERAIRE LXXXVil

o ; xcviii , 1 1 ; xcix . 2 ' ; la même opposition du désordre des pécheurs à Tordre de la nature, ii-v et ci.

Par contre , leurs doctrines renferment au moins une contradiction flag^rante sur le bonheur des élus : dans y, 9; X, 17; xxv, 6, ce bonheur paraît fini dans sa durée; d'après xcn, 4; cm, 4; civ, 6, il est éternel; dans v, 7, 9, et X, 16-22, il est d'une nature toute matérielle et terrestre; dans xcii, 3,4; cm, 3,4; civ, 2, 4. 6, et cv, il est tout spirituel, il est le bonheur même dont jouissent les anges au ciel.

Ces parties ne procèdent donc pas des mêmes traditions, mais l'auteur de xci-cv a connu i-xvi, surtout i-v, dont il semble s'être particulièrement inspiré dans ci et en, 1-3.

9o \J Apocalypse des semaines, xciii et xci, 12-17, est un tableau de l'histoire du monde. Le sujet est donc différent de celui du Livre de l'exhortation et de la malédiction. l'auteur aussi: tandis que Y Apocalypse des semaines^ xci, 14, condamne les impies seuls à la perdition, et quelle prédit la conversion des Gentils, xci, 9, réprouve tous les païens sans distinction.

Cette apocalypse n'émane pas davantage de la même source que lxxxiii-xc. Sans doute, -des deux côtés le sujet est identique, l'histoire du monde renfermée dans un cadre fourni par le nombre mystique de 70 (7 X 10 j^ Mais V Apocalypse des semaines ne connaît ni le symbolisme caractéristique, ni le Messie de lxxxiii-xc ; elle place après l'établissement des temps messianiques le jugement qui a lieu, dans xc, 21, au début de ces mêmes temps; l'érection du Temple de la nouvelle Jérusalem y précède le jugement iinal xci, 13, elle suit ce jugement dans xc, 29.

l^Apocalyse des semaines renferme aussi des contradictions avec i-xvi sur le jour du jugement dernier dans les temps messianiques et la durée du bonheur des élus.

' Cf. Charles, The Book of Enoch , 1893, p. 261. * Voir infra, p. 242, note.

Lwxviii LIVRE DHENOCH

finie dans i-xvi , éternelle dans notre apocalypse, xci , 13-17.

10° cvi-cvii appartiennent à une Apocalypse de Noé , dont ils formaient peut-être le début '.

llo cvni est une addition postérieure à la rédaction définitive de la cinquième partie, qui était déjà close par civ et cv. D'après Dillmann et Charles, elle reflète les doctrines des Esséniens -.

En résumé, le Livre d'Hénocli est une mosaïque^ dont le fond est formé par neuf ou dix œuvres ou traditions distinctes provenant du cycle d'Hénoch; plusieurs, comme i- XVI et les Paraboles, ont même combiné des traditions divergentes ou contradictoires; plusieurs aussi sont en partie fragmentaires et mutilées. Ces œuvres sont : l°i-v; 2° vi- XVI et xx-xxxvi; 3° xvii-xix; 4° xxxvii-lxix; 5° lxx-xxi; 6° Lxxii-Lxxxii; 7*i Lxxxiii-xc; 8° xci-cv; 9° xciir et xci, 12- 17; 10" cviii.

Un certain nombre d'éléments étrangers ont été introduits dans la plupart de ces œuvres ou de ces traditions sans être fondus avec elles. Ce sont: l^des fragments divers : xLi, 3-8; xLiii (sauf peut-être 3 et 4) ; xuv ; lix; lx, 7-10, 11-23, 24, 2o ; lxix, 23; lxxvii; lxxxi; lxxxix, SI**; xc, 15; xci, 11, et cv, 2='; peut-être aussi lu, 4, et lxviii, 1 : à l'exception de cv, 2^ , ces fragments appartiennent encore probablement au cycle d'Hénoch; 2° des fragments et traditions du cycle de Noé : x, 1-3; xxxix, 1-2^; liv, 7-lv, 2; LX, 1-6; Lxv-Lxix, 25; cvi et cvii.

' \'oii" infra, p. 278, note sur cv, 2.

- Cf. Dillmann, Das Buch Ilenorh, 181)3, p. i.iv; ("harles, The Book of Enoch, 1H93, p. 305, noie.

' Cf. Béer, Das Buch Henoch (IvautzsclO, p. 229-230.

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