‹ Le livre d'HénochChapitre 44 sur 278 · DATES ET AUTEURS XCV · texte numérisé non relu

DATES ET AUTEURS XCV

même, l'auteur ne fait aucune allusion aux Machabées, pas même aux persécutions d'Antiochus Epiphane. Il habite au milieu d'une génération perverse, sans doute une génération qui pactise avec les coutumes helléniques, à une époque qui voit apparaître une littérature apocalyptique et haggadique, donc un peu avant 170.

Autant qu'on peut en juger par les très rares allusions historiques qu'ils renferment, les chapitres i-xxxvi auraient été composés peu après cette date. D'après xxv, 1, Israël ne jouit pas de son indépendance politique, car il y est comparé à un arbre abattu. D'autre part, i, 9, et surtout XXV. 6, semblent faire allusion aux persécutions d'Antiochus Epiphane. Ces chapitres remonteraient donc au début de ces persécutions, à 166 environ; ils seraient encore antérieurs aux Machabées. Pour i-v cependant, nous manquons d'éléments qui permettent de se prononcer avec certitude.

C'est dans xc, 6-17, qu'il faut chercher la date de lxxxiiixc; ce passage contient le récit allégorique des derniers événements connus de l'auteur. Toute la question est de savoir quel est le personnage qui y est symbolisé par une grande corne et qui domine toute cette époque. Dillmann, Schiirer et Béer croient que c'est Jean Hyrcan ; ils placent par conséquent la composition de cette section vers 135 av. J.-C, avant la rupture de Jean Hyrcan et des Pharisiens. Pour les motifs exposés dans les notes qui accompagnent la traduction de ce passage ', je crois avec Liicke, Schodde et Charles que c'est Judas Machabée, bien que cette hypothèse ne soit pas sans difficultés. Le Livre des Jubilés, écrit vers 13o av. J.-G^, compte cette section ou le Livre des songes parmi les œuvres d'Hénoch , iv-19 : « Et ce qui a été et ce qui sera, il vit dans une vision de son sommeil, comme il arrivera aux enfants des hommes à travers leurs générations jusqu'au jour du jugement , il

' Voir infra, p. 225-229.

2 D'après Charles, The Book of Jubilees , 1902, p. lix.

xcvi LIVRE D'HENOCM

vil et il comprit toute chose, et il écrivit son témoignage. » i.xxxiii-xc remonte donc probablement à l'époque comprise entre 166 et 161 , alors que les Assidéens étaient encore unis aux Machabées , pendant les triomphes de Judas Machabée et avant sa mort.

Les chapitres c, 7, et cm, 12-15, font allusion à une persécution terrible subie par les justes, non seulement de la part de leurs ennemis habituels, mais aussi de celle des princes qui auraient dû les protéger. A eux seuls pourtant ils ne suffiraient pas à fixer la date de xci-cv, car ils peuvent s'entendre des persécutions des Séleucides avant les Machabées comme de celles de Jannée '. Mais toute cette section n'est que la peinture d'une longue et âpre lutte* entre les justes d'une part, et de l'autre les impies, ou les pécheurs organisés en un parti riche et puissant^ soutenu par les princes. Les deux adversaires sont les Pharisiens, justes attachés à la loi*, et les Sadducéens, qui nient la résurrection et la récompense finale des justes-', altèrent l'Ecriture et composent des livres pernicieux •"'. L'apparition dos deux partis eut lieu sous les Machabées; de ces princes, Jean Hyrcan le premier, puis Jannée, se prononcèrent pour les Sadducéens. Jannée, 104-78 av. J.-G. , persécuta même violemment les Pharisiens. Après Jannée, Alexandra, 78-69, se réconcilia avec les Pharisiens. De 69-64, nouvelle période d'oppression et de désordres sous ses fils. Il faut donc choisir pour la date de xci-cv ou le règne de Jannée, 104-78, ou la période de 69-64. Plus tard, les Hérodes ne soutinrent pas les Sadducéens, qui les tenaient pour des intrus. Or l'auteur est sous l'impression dune persécution de longue durée, dans laquelle

' Voir iiifra, p. 265 cl 27 i , notes sur ces passages.

2 xci, 5.

^ xciv, 6-10; xcv, 3, 7; xcvi, 8; xcvii, 8-10; xcviii, 15; xr.ix, 2, etc.

■* xcviii, 11;xcix, 2, li.

■s c, 4, 5; cil, 6, 7; cm.

8 xcviii, 15; xcix, 2; civ, 10.

DATES ET AUTEURS XCVii

les justes n'ont joui d'aucune accalmie. Il n'a donc pas connu le règne d'Alexandra , et il écrit probablement un peu plus tôt, vers la fin du règne de Jannée, entre 95, l'année où ce prince lit périr les Pharisiens, et 78 *.

Le Livre des paraboles ^ xxxvii-lxix, reflète une situation analogue. Les justes sont en butte à l'hostilité des « rois et des puissants », ils sont opprimés et immolés-. Les rois les persécutent violemment, eux et leurs assemblées '. Ces rois ne sont pas des princes étrangers, mais des rois nationaux, car ils ont adoré le vrai Dieu, puisque l'auteur les accuse maintenant de renier le nom du Seigneur des esprits^. Les (( puissants » ■% les « forts », les (( élevés » ^, représentent les autres ennemis des justes. Ils appartiennent, par conséquent, à un parti riche et bien organisé, un parti qui se recrute dans le sein d'Israël, car les « puissants » sont des renégats, tout comme les rois^. Les « rois » sont donc les Hasmonéens, et les <( puissants » sont les Sadducéens, et c'est leur lutte contre les Pharisiens que l'auteur des Paraboles a retracée , comme celui de la section xci-cv. Son œuvre remonte donc sans doute à la même époque, à la fin du règne de Jannée, 93-78. xLvi, 7. soulève une difficulté : ce passage accuse les rois de mettre leur confiance dans leurs idoles, et les Hasmonéens n'ont pas adoré les idoles. Mais l'auteur a pu exagérer leur perversité pour mieux flétrir les rois hellénisants ; il est difficile d'appliquer les autres traits de sa peinture à des rois païens.

> Cf. Charles, The Book of Enoch , 1893, p. 263-264; The Book of Jubilees, 1902, p. lxix-lxxi, où il essaye de prouver par la comparaison des deux textes que cette section est postérieure au Livre des Jubilés; Béer, Das Bach Henoch, 1900, p. 231

- XLvii, 1-4 ; LXii , 15.

3 xLvi, 4-8; Lxii, 3,4, etc.

< XLvm, 8-10.

* Passim.

8 xxxviii, 4.

' XLV, 2; xLviii, 10.

XCViii LIVRE DMIÉNOCM

Le Livre du changement des luminaires du ciel, lxxii- Lxxxii, est mentionné dans les Jubilés, iv-17 : Hénoch est le premier des hommes « qui écrivit les signes du ciel selon l'ordre de leurs mois dans un livre », etc. Il serait donc antérieur à 13o av. J.-C. Par lui-même, il ne fournit aucune indication historique qui permette de le dater.

Il en est de même de lxx-lxxi. des interpolations diverses, des chapitres sur les phénomènes physiques, et des fragments empruntés à une Apocalypse de Noé * ou aux traditions formées autour de la personne de ce patriarche. Charles - pense que le Livre de Noé, cité dans les Jubilés, x, 13, et xxi, 10, a été écrit avant 166 av. J.-C, que vi-xi du Livre d' Hénoch fait partie de ce livre, et que les autres fragments noachiques en sont aussi dérivés, mais non dans leur forme actuelle.

Quoi qu'il en soit, l'éditeur du Livre d' Hénoch , tel que nous le possédons aujourd'hui, en a groupé et combiné tous les éléments, traditions d'Hénoch et traditions de Noé, non seulement avanc lère chrétienne, mais encore fort probablement avant l'intervention des Romains en Judée, c'est-à-dire avant 64 av. J.-C. Son œuvre ne renferme, en elTet, aucune allusion à cet événement, qui apporta un trouble si considérable dans l'organisation et dans la vie de la nation juive.

Le chapitre cvni est sans doute aussi antérieur à 64 av. J.-C. pour la même raison. Cependant il doit être un pou postérieur à l'édition de notre livre : il lui est ajouté comme un « second livre » ; l'auteur semble vouloir rassurer les justes, qui commencent à trouver que le royaume messianique est lent à venir : « Attendez ces jours..., attendez que le péché passe ^. »

Les diverses sections ou traditions du Livre d'Hénoch, sauf peut-être xvii-xix, ont été rédigées par des Juifs pales-

' Voir supra, p. i.x.xxviii, rénunicralion de tous ces passages.

2 The Book of Jubilees, 1902, p. iaxi-lxxii.

3 cviii, 2, 3.

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