‹ Le livre d'HénochChapitre 48 sur 278 · DATES ET AUTEURS CIII · texte numérisé non relu

DATES ET AUTEURS CIII

nienne; la légende d'Hénoch assigne un tout autre but aux révélations faites au patriarche ^

Gomme on le voit par cette énumération, c'est dans les traditions du cycle de Noé et dans les chapitres sur les phénomènes physiques que. l'influence babylonienne est le plus sensible. Dans une mesure beaucoup plus restreinte, la religion égyptienne a influencé aussi certaines traditions du Livre d'Hénoch, par exemple la conception de l'au-delà de la première partie. En Egypte, le séjour des morts était à l'Occident, dans l'Amentit, la contrée de l'ouest*; c'est dans la même direction qu'Hénoch voit la demeure des âmes qui attendent le jugement ^. Le mort égyptien devait escalader une montagne aux pentes escarpées*; d'après le passage de notre apocryphe que je viens de citer, les âmes séjournent dans les cavités profondes et lisses d'une grande et haute montagne ■"'.

Par quelle voie ces importations sont- elles arri^^ées en Palestine? Est-ce par tradition orale ou par tradition écrite, par l'intermédiaire des Perses, des Juifs de la captivité, de ceux de la diaspora? Sur tous ces points, faute de documents, on ne peut que risquer de vagues conjectures.

Nous n'avons pas non plus de renseignements précis sur la part d'influence qui peut revenir dans notre livre à la religion des Perses. La date des livres sacrés du parsisme est trop discutée pour qu'on puisse s'appu^'er ici sur leur contenu; les partisans les plus décidés de l'influence de cette

1 Voir le texte d'Ennieduranki dans François Martin. Textes religieux assyriens et babyloniens, 1903, p. 232 sq.

*Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, t. i, 1895, p. 112, 250, etc.

3 XXII, 1. La mythologie babylonienne plaçait aussi l'entrée du monde des morts à l'ouest: cf. Jensen, Die Kosmologie der Babylonier, 1890, p. 225, mais non sur une montagne. De plus le monde des morts y était souterrain. Dans le Lirre d'Hénoch, il est situé dans les flancs d'une montagne et non pas précisément sous la terre.

*Maspero, ibidem, p. 1S2-18Î.

Civ LIVRE D'HENOCH

religion sur le judaïsme avant Jésus- Christ , y renoncent eux-mêmes'. Le témoignage de Plutarque (50-120 ap. J.-C), dans le De Iside et Osiride , ch. xlvii , est plus ancien sans doute , mais cependant très postérieur au Livre d'Hénoch-. Dans ces conditions, et bien qu'on puisse faire remonter avec assez de probabilité la réforme dite de Zoroastre au ii^ siècle avant notre ère ^, il est difficile de démêler ce qu'elle doit au judaïsme ou ce que le judaïsme lui doit dans les croyances où ils ont le plus de points de contact, comme celle du royaume de Dieu '.

Les emprunts à la mythologie grecque sont naturellement assez clairsemés dans un livre aux tendances aussi orthodoxes et nationalistes. Ils s'expliquent suffisamment par la difffusion de la culture grecque dans le milieu ambiant et par 1 empire inéluctable qu'elle devait exercer sur les esprits cultivés, même sur les plus hostiles aux mteurs du monde hellénique. L'auteur de xvii, 5 et suivants, a utilisé les données de la mythologie grecque; il est possible aussi que x, 12, contienne une allusion aux Titans. En matière scientifique, les données de lxxiv, 13-

> V. '^. Bousset, Die jùdische Apokalyptik, 1903, p. 39 et 40; Gunkcl, Zum religionsgeschichtlichen VersUindnis des Neuen Testaments, 1903, p. 8 ; cf. Ilarlcz, La Bible et l'Avesla. clans la lievue biblique, 1896, p. 161-172.

2 II est vrai que Plutarque y cite un texte de Théopompe , sur lequel quelques auteurs s'appuient pour soutenir que les Perses croyaient à la résurrection au iv<' siècle avant J.-C. Mais ce texte ne parle pas précisément de la résurrection ; il raconte seulement qu'à la lin, après la lutte et les victoires alternatives des deux divinités adverses, « les hommes seront heureux, » -/.al toÙç (xàv àvÔpiÔTtou; £-JSa{(j.a)va; à'ffeôai. Cf. Plutarque, De Iside et Osiride, cdiiion Didot, Paris, 1818, p. '152, c. 47; Lagrange, La Religion des Perses, dans XaRevue biblique, 1904, p. 192-193; Harlcz, op. cit., p. 169.

•* Lagrange, op. cit., p. 48, 204, etc.

* Cf. Lagrange, ibidem, p. 203-212. Sur certains points, l'inlluence du parsismc a pu et dû se produire, mais elle a été exagérée, notamment par Bousset, Religion des Judenthums , 1903, p. 457 sq., qui lui attribue des concepts consignés dans la Bible avant l'époque perse, comme le fait remarquer Gunkel, op. cit., p. 8, note 3. Cf. Harlez, op. cit., p. 169, contre la prétendue identification des sept archanges et des sept ameshas spentas zoroastriens, qui ne sont cjue six en réalité; Sclnvally, Das Leben nach dem Tode, 1892, p. 138; Hiihschmann, Die Parsische Lehre rou Jenseits und jiingsten Gericht dans Jahrb. fur prot. Théologie, v, 222, etc.

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