VERSIONS ET ORIGINAL LIX
de traduction pour sa plus grande partie. Nous n'avons de lui, par consequent, qu'un temoin indirect et tres tardif, que quinze ou seize cents ans separent de 1'original, puisque, nous le verrons bientot, cet original a ete compose" et edite" du n e au i er siecle av. J.-G. Onpeut se demander si , en passant successivement par les mains d'un traducteur grec, puis d'un traducteur ethiopien, et enfin par celles de nombreux copistes, il n'a pas subi de deformation essentielle, et si la version ethiopienne represente assez fidelement le Livre d'Henoch, au moins tel qu'il est sorti des mains de son dernier editeur.
La comparaison de la Bible ethiopienne avec la Bible grecque, sur laquelle elle a e'te' traduite, nous est un premier temoignage de sa fidelite.
II est certain que le texte primitif a du subir plusieurs series d'alterations du fait seul des copistes, d'abord dans 1'original hebreu jusqu'au moment ou il a ete traduit en grec, puis dans les manuscrits de la traduction grecque jusqu'a ce qu'il ait ete rendu en ethiopien. A leur tour, les manuscrits ethiopiens n'ont pas echappe a la loi commune : sous la main de scribes ignorants, negligents ou peu respectueux de son integrite, le texte a souffert par 1'omission di homoteleutons , par 1'incorporation de gloses marginales, par la transcription defectueuse des noms propres. Avec le temps il a du arriver que des caracteres a demi effaces ont ete mal lus et mal copies. Les anciens manuscrits n'etaient pas vocalises ; la vocalisation introduite plus tard a pu etre defectueuse en quelques cas; des mots vieillis employes dans la traduction primitive ont pu etre remplaces peu a peu par d'autres qui n'en etaient pas 1' equivalent exact 1 , etc.
Cette part faite aux corruptions inevitables dans un texte transmis par tant d'intermediaires successifs , il faut reconnaitre que la version ethiopienne de la Bible est en
1 Dillmann, Das Buck Henoch, 1853, p. LIX.
LX LIVRE D'HfiNOCII
general une ceuvre consciencieuse, bien qu'elle ne soit pas denuee des imperfections inherentes a ce genre de travaux, omissions ou gloses de pen d'importance, etc. Nous ne trouvons pas d'exemple, dit Dillmann, que les Abyssins aient defigure les livres de la Bible par de grandes additions ou interpolations *.
Le Livre d'Henoch faisait vraisemblablement partie de la Bible ethiopienne ; tout au moins il figure dans beaucoup de manuscrits a cote des livres canoniques. II n'y a done pas de raison pour que sa traduction soit plus defectueuse que celle des livres inspires , que nous pouvons comparer encore avec la Bible grecque.
La confrontation de 1'ethiopien avec les chapitres conserves par le papyrus de Gizeh est tout en faveur de cette conclusion. La copie du grec a ete faite entre le vm e et le xn c siecle, d'apres Bouriant 2 . Elle est done de trois a sept cents ans plus ancienne que les manuscrits ethiopiens. Malgre le laps de temps considerable qui separe leurs temoins, les deux textes s'accordent assez generalement pour le fond. La version ethiopienne contient meme un assez grand nombre de passages omis par le grec 3 , et elle donne en plusieurs endroits une meilleure lecon 4 . Partant de ces donnees, Charles va jusqu'a soutenir que 1'ethiopien conserve une forme de texte plus ancienne et plus fidele que le grec de Gizeh, qu'il a moins d'additions, moins d'omissions et des corruptions moins serieuses a . Sans aller jusque-lk, on peut admettre que la version ethiopienne represente assez exactement pour le fond 1'original du Livre d'Henoch*. G'est tout ce qu'on est en droit
1 Op. cit., p. LIX.
2 Voir infra, p. cxxxvnr.
3 Voir infra les variantes du grcc dc i-xxxn.
4 V. g. x, 19; xiv, 15; xvn, 3, 8.
a The Book of Enoch, 1893, p. 324.
G C'cst 1'avis des au leurs les plus severcs pour la version dlhiopienne, v. g. Lods, Le Livre d'Henoch, 1892, p. LV : Pour la teneur gendrale du texle et la suite des idees, on peut se fier a la version ethiopienne.